I. Colette Baadoekt
sera-t-il interdit à un écrivain de rompre la prescription du silence? d'approfondir une psychologie qui mérite sans doute de retenir notre attention passionnée? de rappeler même à nos rêveurs humanitaires et à nos aimables sceptiques la permanente réalité du conflit des races et des cultures? Témoignons notre gratitude à Maurice Barrés s'il nous offre une conception ample et pénétrante de l'un des plus angoissants problèmes de ce temps.
A parler franc Ah! je voudrais être sincère!
puisse-t-on trouver ici l'exactitude et les nuances convenables à un jugement que semble imposer l'évidence. Ce livre-ci, parbleu, est d'un maître ouvrier; cet art est prestigieux ; cette sécheresse qu'un miracle empêche de tourner à la stérilité, cette apparente simplicité qui n'est que le comble de l'artifice — Maurice Barrés est bien toujours le paradoxal artiste dont on aurait également tort de prédire avec une certitude confiante l'évolution prochaine... ou de désespérer trop vite. Cet art est si séduisant, d'une grâce frêle qui n'exclut pas la force, si sobre en sa perpétuelle affectation, si capable d'élan en dépit d'une naturelle froideur, qu'on ne se défend pas d'admirer une si subtile réussite ; et de même, l'on ne formule pas sans d'expresses réticences quelques très nettes réserves.
Franchement, ce livre est d'un virtuose; et peutêtre s'il n'avait point été écrit, ignorerions-nous jusqu'où peut aller l'habileté d'un art qui se suffit à soi-même, mais rien n'eût été perdu pour nous de la pensée de Maurice Barrés. Colette Baudoche, écritil, est la sœur de l'Alsacien Ehrman ; il fallait un