MAURICE BARRÉS ET LA LORRAINE
pendant à Au service de V Allemagne; Maurice Barrés a voulu contenter les amateurs de symétrie : j'avoue Épie cette complaisance me louche peu, et qu'une perfection moins prévue, un sujet plus librement traité m'eussent paru d'un plus grand prix: certes, nous sommes tentés de moins admirer les chefsl'œuvre, quand c'est par paires qu'on nous les offre.
L'audace de Maurice Barres fait frémir : audace calculée : Maurice Barrés ne laisse rien au hasard; nul auteur dont l'œuvre et la carrière fournissent un plus magnifique exemple d'énergie volontaire et triomphatrice.... Délibérément, n'en doutez pas, Maurice Barrés court les risques d'une esthétique qui tout droit conduit au poncif : son ardeur en face du péril et son impassibilité n'en sont que plus impressionnantes. En écrivant Colette Baudoche, Maurice Barrés soutint une gageure : je crains — certes je redoute pour l'avenir une semblable victoire — je crains qu'il n'en paraisse trop aisément l'heureux gagnant.
<:ar la maigreur de ce petit roman n'est pas sans un singulier charme; et si trop constamment j'v aperçois le dessein de l'auteur - qui est de se repéter sans se copier - si ce dessein s'aflirme avec une insolence de défi, je ne suis pas insensible aux furtives nonchalances, aux abandons concertés, aux ingéniosités souples d'un impérieux écrivain' Mais enfin n'est-il pas évident que Maurice Barrés
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s'il nous convainc de sa maîtrise ensorceleuse, ne nous laisse tout à fait satisfaits ni <Ie lui ni de nous?
Colette est une petite Lorraine délicieuse; en Mme Baudoche nous admirons le bon sens clairvoyant, L'intelligence nette et rapide, l'esprit d'ordre et de discipline des grand'mères lorraines. Le docteur Frédéric Asmus est un jeune savant lourdaud — et je ne vous cacherai pas que son tailleur habite Kœnigsberg — au reste bon garçon, très bon garçon ma foi.... Deux Françaises, un Allemand immigré, perpétuelle confrontation de deux traditions, de deux cultures, de deux races de tempéraments distincts et de tendances antagonistes.... Certes un auteur a bien le droit de réduire au minimum le nombre de ses personnages, de restreindre, comme on disait naguère, le champ de son observation, d'intégrer, comme on dira demain, les données d'un vaste problème dans la psychologie de quelques héros types : « Pas n'est besoin de grandes machines. A ceux qui liront le drame sans gloire dont une heureuse fortune m'a fait le confident, je crois que je rendrai sensible la position pathétique de la France, battue par la vague allemande sur les fonds de Lorraine. » Certes, mais qu'alors la tentation sera forte, sinon de grandir les humbles protagonistes de ce drame sans gloire, du moins d'exagérer leurs gestes et de prêter à leurs moin 1res démarches une signification élargie jusqu'à la fausseté et à l'erreur!
Colette et Mme Baudoche, seules en ce livre, représentent les mœurs, la culture, l'esprit français : le
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moyen, je vous prie, que leur supériorité n'éclate pas sans défaillance, d'un bout à l'autre du récit? Le docleur Frédéric Asmus incarne la lourdeur et la lenteur prussiennes; par quel prodige échapperait-il aux conséquences dune aussi pesante fatalité? Cependant le lecteur s'arme d'une instinctive défiance; de la défiance, soyez assuré qu'il passera aisément à la contradiction; fuyant le parti pris qu'il soupçonne, il s en créera un autre; je serais assez étonné que finalement ,1 ne témoignât pas quelques égards à Frédéric Asmus, d'autant que Maurice Barres s'est attaché à i-en Ire cet Asmus fort digne d'intérêt.... Au total une (elle œuvre, écrite ad probandum, ne prouvera rien du tout : au lieu de convictions, ce sont plutôt des doutes qu'elle suggérerait : telle est l'ordinaire faiblesse des neuvres édifiantes.
On se doute bien qu'un livre de Maurice Barrés a est pas si simple et que pour schématique qu'en apparaisse la conception, on ne remarque nulle raideur dans le détail : la grâce spirituelle de Colette, la raison de Mme Baudoche nous émerveillent, encore que nous ayons dès le début du livre la notion très oette qu'elles ne sauraient avoir jusqu'à la fin d'autre onction; ce n'est que le roman fermé que l'on se isit, que l'on éprouve des scrupules, et l'oseraie dire, connue un léger malaise : on se rebelle contre artifice; pour un peu on en voudrait à cette chaînante Colette, a cette aimable Mme Baudoche, on eur en veut, à ces humbles femmes, de leur excessive mporlance, de leur perpétuel et trop facile triomphe, î songerai! presque à les incriminer de pédan-
lti FIGURES LITTÉRAIRES
Usine... . Et voilà un singulier blasphème : soyez-en responsable, o Barres!...
Quant à Frédéric Asmus. si Maurice Barres a redouté la partialité, et qu'on lui reprochât de simplifier et de ridiculiser à l'excès la figure de ce naïf vainqueur, vous m'en voyez ravi : visiblement, ayant doté Frédéric Asmus des travers et des prodigieuses lacunes de sensibilité et d'éducation par où se distinguent entre tous les peuples de la terre les compatriotes de ce jeune professeur, Maurice Barrés l'a voulu gratifier des plus belles qualités de la race germanique ; et voici ce qui arrive : nous rions bien un peu aux dépens de ce Prussien — et cela peut-être n'a pas grande importance puisqu'il serait le dernier à s'en formaliser — bientôt, nous rions moins, nous ne rions plus du tout : Frédéric Asmus est très intelligent; il a l'intelligence bienveillante; et comme dans la plupart des personnages de Maurice Barrés, ce qui demeure le plus attachant, c'est, en somme, leur idéologie, comme c'est avant tout l'activité de leur cerveau que Maurice Barrés s'efforce de suivre et de nous restituer, on ne sera pas surpris que Frédéric Asmus soit le personnage le plus attachant de ce roman et qu'il en paraisse la figure la plus vivante, sinon la plus sympathique....
Lui refuserons-nous même quelque sympathie? Il vient du fond de sa Prusse pour enseigner aux petits Lorrains la gloire, la vertu, la force prussiennes; ni son pharisaïsme natif, ni ses préjugés, ni toute sa science nationaliste et agressive ne le détournent d'étudier et de considérer avec une croissante bienveillance la Lorraine, les Lorrains, tout ce qui, en
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Lorraine, dément les ambitions de sa race et humilie es espous germaniques. Et sans doute l'influence do Colette et de Mme Baudoche y est pou, quelque chose; mais Frédéric Asmus ne résiste guère à la douce persuasmn de leur bavardage discret et surtout -le eur exemple ; et certes il est à bonne école chez ces logeuses en qui survivent les plus solides qualités dune race très anciennement affinée; admis à leur lover, Frédéric Asmus y découvre „ une certaine "Pnorile d hygiène et de goût... effet modeste dune
nedlec.vfl.safon.-, Ce lovai fiancé ne manque pas ^ semer la première fois qu'il observe parmi aes
-lut . „ Gela, cest une scène digne dune jeune «e allemande. „ H est intelligent ; non qu'il „" «e tout d'abord les nuances et discerne a,! pren" r" ';;' u- -i'ene un peu rapide : ,. es. . un animal e la grosse espèce; ,, le soir sous la lampe „ ,1 faisait "»™« "•• prodigieux bibelot. , Ce bibelot grossie
:.nentequam„estpointsourdauxsuggestronsdu •■u, ' 'es solhcte, et «mt par les très bien cornât dès I aCCept! qU'°n IUi i,1CUU'UL' """ P'- siéent des leçons de grammaire, mais encore „ de.
.cq>esdecn.Isatr;,,tr:.svHeoce.leunecolos> W a on msu 1 enchantement, la douceur d'une poli- -e naturelle et constante;,, vous devine, que bien. I. - .1 compare Colette aux jeunes filles allemande ne se,a plus seulement pour la juger diirne d'un "*> parallèle : Frédéric Asmus .accorde a" Co,e„ e smguhere estime; auprès d'elle ,1 oublie, il oublie --t.ven.ent sa lianeée, la forte Walkvne de K.Z
rsberg
l# i LGUBJES Ll! ] ÈMA
Et nous n'aurions là qu'une banale aventure, si Frédéric Asraus n'était, je Le répète, très LnteUigentj et si son expérience sentimentale ne se doublait <l un itès lucide roman intellectuel : il nd de la Lor-
raine; son cas semble une illustration du lied fameux :
Au Rhin, au Rhin, ne va pas au Rhin
Mon Iris, mon conseil est bon.
La vie t'y paraîtra trop douce.
Ton humeur y deviendra trop joyeuse.
Tu y verras des filles si vives et des hommes si assurés : Comme s'ils étaient de race noble!
Ton âme, ardemment, y prendra goût.
Et il te sembler;! que ce soit jiute et bien.
bit dans le Meuve, la nymphe surgira des profondeurs,
VA quand tu auras vu son sourire.
Quand la Loreîei aura chanté pour toi de ses lèvres pâle^
Mon fils tu seras perdu.
Le son t'ensorcellera, l'apparence te trempera. Tu sera pris d'enchantement et de terreur. Tu ne cesseras plus de chanter : au Rhin ! au Rhin! HT tu ne retourneras plus chez les tiens.
Frédéric- Asmus est fort tenté de ne plus retourne
chez les siens : étranger, il a entendu cet appel de
terre et des morts dont Maurice Barres n'a pas ces*
de se faire l'interprète; et quand son rêve secrou
parce que Colette, ayant fort hésite, finit par 1
refuser sa main, quand cette jeune fille héroïque,
Cornélienne à sa façon, qui n'est pas déclamatoii
choisit « ia voie que lui assigne l'honneur à la ira
caise, » nous accordons à Frédéric Asmus quelq
commisération sympathique.... Songe/, qui! éti
presque devenu Lorrain, et qu'avec peu d'effort C