‹ Figures littérairesChapitre 7 sur 48 · MAURICE UAMES |., LA LORRAINE · texte numérisé non relu

MAURICE UAMES |., LA LORRAINE

lette en eût fait un quasi-Français. Maurice lianes compare certains villages de sa province à des gaufaers Est-elle donc si puiss»nte,cette terre, quelle transfora,:, les hommes? A-t-elle donc la vertu, non seulement de modifier leurs cœurs, mais de leur refaire ■ne .une et un esprit? Ou bien faut-il croire que Vûàme est moins grand qu'on ne le peu. entre Allemand. -"'<• Prussiens, el Français? Il faudra l,ieil ,,„,. quelque jour Mour.ee Barrés s'en explique davantage Lh»lo.re ,1,. Colette Baudocbe naurail pas besoin dune plus ample justification si l'on y devait découvrir «annonce ,1 un nouveau développement de. doctrines le Maurice Barrés.

1 a Lorrain m'a dit :

Maurice Barrés peut hua, présider - avec quelle

tonnante cord.alitô! - les réunions des groupements

«werguats de Paris : ,1 es» notre; ,1 l'est par tout,

"» œuvre; notre gratitude enthousiaste lui est assu-

Bparcequila magnifiquement chanté la heaulé ,1e

•'t- l'elUc pairie ,1 pare dune dlustn.t,,,,, neuve nos - chers Lires d'honneur. Mais ,| ne suffit pas »»• «es ..«prescriptibles puissances du pj£ us prétendons que de ce somptueu, romantisme ,1 t temps de tuer des conclusions nouvelles ; avanl obil.se les morts, nous attendons que Maurice Barrés ;'""lViU,;îl''" souci *<* avants; nous attendons * Lhos'; (et "ous donc, qui avons grand besoin de jeuns glone de Barrés pour soutenir l'éclat de, ttre.sfranca.ses! notre Lorraine nesl pas unique-

ment le pays des tombes et des rêveries de novembre : nous vivons, nous, avec ardeur et espoir! nous attendons que Maurice Barrés nous découvre, car il semble encore nous ignorer : puisse-t-il découvrir nos vallées qu'enfièvre une prodigieuse activité, nos villes qui cessent de sommeiller, nos paysages que transforme un acharné labeur. Il est bien d'envoyé! un Frédéric Asmus prendre à Nancy une leçon d€ goût français; mais, soyez-en assuré, ce jeune Prussien n'est pas si exclusivement esthète qu'il n'y ail découvert l'épanouissement d'une force jeune et hardie : ce n'est pas seulement l'éloquence du pasJ qui pénètre et étonne l'étranger au pied des palan fameux de notre Stanislas, mais un concert merveil leux où la voix du présent éclate avec une singulière vigueur; parcourez nos trois places, et dites si er aucun lieu de France fut jamais réalisé plus émou vant mariage de la beauté d'hier et de la vie d'où jourd'hui ! et nous sommes fiers aussi de nos quartier! neufs, de nos usines, de nos écoles, qui déjà nou: valent quelque renom. Nous attendons que Mau rice Barrés témoigne enfin de notre effort. Que si un< tache aussi belle ne le tente point encore, nous atten dons de lui de prestigieuses visions, de nouveau: rêves: Du sang, de la Volupté cl de la Mort....

Ce Lorrain était intarissable : quelle n'était pas s ferveur envers Maurice Barrés î

M. Romain Rolland, ancien élève de l'Ecole normale supérieure et de l'Ecole française de Rome, est professeur à la Sorbonne; il est l'auteur dune thèse Imposante, mieux, considérable, et de mémoires et "études qui font autorité. Il enseigne l'histoire delà busique; il est l'un des fondateurs et l'un des maîtres ; une science nouvelle, la dernière née de celles que -connaissent nos Facultés des lettres; il fait des ours, il forme à la critique, à la méthode sévère et rudente, les jeunes générations; il est un érudit >lide, un maître écouté.

Romain Rolland est écrivain; il est artiste; il a it, il refera du théâtre; je ne connais de lui qu'un •man, mais qui en contient plusieurs, et qui, achevé, I renfermera quelques autres. Jean-Christophe audit d'année en année, œuvre inégale, sans doute, aïs vigoureuse, d'une originalité patiente : l'effort

Romain Rolland est l'un des plus notables —

ôtant l'un des plus volontaires, l'un des pins dédaigneux des habiletés connues, et l'un des plus vraiment féconds — de tous ceux par où Ton tenta de renouveler notre littérature romanesque.

Tels sont les titres de Romain Rolland; il convient de n'en oublier aucun; d'abord parce qu'il n'en est point qui ne méritent une juste louange; ensuit, parce que l'on ne saurait pénétrer une œuvre ou un fragment d'œuvre, ni en rendre témoignage avecprécision, si l'on néglige une seule des activités auxquelles s'appliqua l'auteur — et le lecteur le moins attentif remarquera à certains endroits des plus savants livres de Romain Rolland une liberté, un élan qui ne sont point le fait de L'érudition pure, de même qu'il faudrait être bien ignorant de l'histoire d< la musique et des musiciens pour ne point soupçonner on Jean-Christophe le concours de la science; — enfin, parce que la diversité même des travaux accomplis nous est le plus précieux des indices sur la véritable nature de celui qui les conçut.

Ce «l'est point la première fois qu'un professeur fait preuve d'imagination littéraire; pourtant, les qualités, proprement littéraires de Romain Rolland ne sont point de celles où atteignent le plus aisément les esprits entraînés aux méthodes de l'enseignement et de la recherche scientifique; nul normalien plus affranchi de la fameuse tradition normalienne; nul érudit plus éloigné de la tournure d'esprit, des façons de juger et d'écrire que favorise la pratique de 1 érudition ; nul écrivain plus émancipé de l'influence de l'école, de toutes les écoles : en sorte que si même nous étions disposés à juger toute naturelle cette

double vocation, Romain Rolland nous contraindrait d'abord d'apercevoir ce qu'elle a d'insolite et de paradoxal.

VA voici que nous apparaît le trait essentiel de sa personnalité : nous découvrons que jamais Romain Boïland n'eût affirmé un tel détachement des doctrines consacrées, un si tranquille mépris pour les Recettes apprises et les secrets du « talent », si doctrincs: recettes, secrets, il n'en eût été comme saturé... il a tout rejeté; Romain Rolland dénonce quel. pie part le mensonge national; il y a un mensonge allemand, un mensonge français : « Chaque peuple a son mensonge, qu'il nomme son idéalisme; >• lertes, il n'est point de discipline qui ne soit une paîtresse d'erreur; le mensonge universitaire est bienfaisant à la débilité du plus grand nombre; Romain Rolland le rejette; il a résolu d'être sincère: d Test; rien de plus étonnant, ni qui déconcerte davantage nos habitudes de rapide généralisation; résignons-nous a constater le phénomène le plus rare; a travers une œuvre déjà touffue, érudite, fantaisiste, parfois choquante, voyons s'affirmer et grandir un homme.

Son indépendance d'esprit, Romain Rolland la manifeste de mille manières; nous en saisissons en son style l'un des plus discutables effets ; voici un écrivain (pii non seulement n'a pas le culte de la phi, mais qui semble se soucier infiniment peu de ce que I an est convenu d'appeler la perfection de la forme :

reconnaissez là non point une impuissance, mais, jV insiste, une prouve d'extraordinaire sincérité : Romain Rolland entend èlre sincère ; le mensonge de la forme, dont vivent tant d'écrivains sans âme ni originalité propre, ne saurait non plus qu'aucun autre lui imposer; Romain Rolland, qui condamne l'excessif développement du décor au théâtre, sait bien que nous sommes jusque dons les livres les dupes complaisantes des assembleurs d'oripeaux ; il méprise des moyens aussi grossiers; il ne veut point nous duper, ni même nous convaincre, mais s'exprimer soi-même, en toute vérité, et nous échauffer au contact de sa flamme. Le langage le plus familier sera le sien; ce n'est point assez de dire qu'il évite toute recherche — tous les mots lui sont bons, et sa syntaxe est sans préméditation — il fuit l'élégance; et l'on soutiendrait que c'est un bon moyen de ne point rencontrer la banalité, si l'on pouvait croire que Romain Rolland fût accessible à un souci aussi vain Au fait, la question du style semble ne pas exister pour Romain Rolland ; Romain Rolland n'a, pour ainsi dire, pas de style.

Peut-être une conception aussi délibérément ascétique du métier littéraire mérite-t-elle qu'on s'y arrête, quand elle est mise en pratique par un écrivain instruit de toutes les finesses de la langue. L'exemple de Romain Rolland sera-t-il suivi? Il n'est pas douteux que la subtilité, la constante recherche, la passion du rare et de l'excessif n'aient abouti à doter notre temps de stvles — si on ose dire! — d'une invraisemblable cocasserie : une phraséologie savante peut-être, mais sûrement ridicule, encombre les livres de notoires

contemporains : une réaction de simplicité rencontrerait des sympathies nombreuses; et Ton n'oublie pas que la langue écrite ne saun.it être rajeunie sans le secours de la langue parlée! celle-ci seule est vivante et le français populaire demeure l'inépuisable réservoir de nos richesses verbales.... Sans doute, mais si l'on discerne dans l'oeuvre de Romain Rolland le principe d une heureuse impulsion, je ne crois guère qu'on v pmsse découvrir les éléments d'une méthode; encor'c une fois. Romain Rolland est trop indifférent à la forme; il a trop la haine des vocables et des rythmes qui excitent l'admiration et détournent de l'émotion t de la pensée; nous aimerions une simplicité très diverse et qui n'excluerait pas l'opulence : Romain Rolland semble épris dune simplicité monotone et presque de pauvreté. Maintenant, le dénuement de la orme ne nous est point toujours insupportable, quand n affaiblit pas l'intensité du sentiment; telle est • ardeur profonde, telle la générosité d'âme, et pour eut dire d'un vieux mot plein de sens, la magnanime d un Romain Rolland, que nous consentons knivent à oublier avec lui, comme lui, la figure et asquau son des mots qu'il emploie; il arrive mémo jue notre oubli soit total : c'est le triomphe de notre ,uteur ; nous sommes en un monde où l'ordinaire hichement des èlres humains devient inutile, où les pes communient.... Mais il n'est pas rare non plus lue nous nous rebellions : trop de pages de Jeanhnstophe sont insuffisamment écrites; quel que !>ive être, l'œuvre achevée, notre jugement d'enmble, nous voyons bien déjà quelles réserves nous iront imposées.

1$ i if;rr,K> LITTtBAIRRS

Ces réserves esquissées, comment ne pas reconnaître en fean-Christophe une œuvre très belle — un jour peut-être il faudra dire une œuvre vraiment puissante — très belle parce que noble, généreuse, lout entière animée d'un souffle de foi. que ne connaît plus guère notre littérature contemporaine? Audace, originalité de cet intellectuel patenté, qui ne s'attarde point aux vaines idéologies, qui ne nous propose ni formules sonores, ni théories subtiles, qui glorifie l'instinct, les suggestions du cœur et de la conscience, qui subordonne, eussent dit nos pères, le beau au vrai, le vrai au bien, exalte en nous les meilleures puissances — nos facultés d'admirer et d'aimer — et ne craint pas de se vouer, parmi nos platitudes et nos désespérances, àun magnifique apostolat d'idéalisme! .Jean-Christophe est la biographie d'un musicien de génie, biographie d'un personnage imaginaire, œuvre immense — au huitième volume Jean-Christophe atteint à peine la maturité — fresque gigantesque, où se meuvent autour du héros une multitude de personnages secondaires ; qui donc, parmi nos contemporains, n'eût d'abord été séduit en un pareil sujet par l'abondance des contrastes, par les couleurs, les idées, les aspects extérieurs, ou purement intellectuels? Ce n'est point ainsi que l'entend Romain Rolland : uu être humain n'existe vraiment aux yeux de Romain Rolland que par sa vie intérieure, si humble, si rudimentaire soit-elle ; là est l'unique raison de l'intérêt

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que Je romancier porte à ses personnages, le critérium auquel il les juge, et d'après lequel il leur accorde une place plus ou moins éminente dans la hiérarchie ■ le ses plans successifs.

Qu'un tel «ri atteigne à une profonde Tenté, rien de moins contestable, qu'il acquière par là une portée aerale d.scernable aux yeux même des moins exerces nen de plus évident; voilà, n'en doute/, point de 1 art social, si Ton entend par là qu'il s'adresse à Unis; devant des émotions d'un certain ordre tous les hommes sont égaux; ce sont celles dont avec une admirable simplicité de cœur, Romain Rolland s efforce inlassablement d'enrichir son œuvre Je I" trahirais si je n'ajoutais pas que Jean Christophe vaul aussi par l'évocation de la réalité concrète ■ c'est surtout à nous faire pénétrer la signification et l'influence d'un milieu qu'excelle Romain Rolland ■ nul signalement, nulle description qui no révèlent' une préoccupation morale, et si certaine petite cité allemande, si telle petile cour princier*, tel salon, tel intérieur germanique, ou tel coin de Paris ou de la province, et tant de modestes ou opulents foyers -!-■ France nous demeurent inoubliables, c'est que me» plutôt que la vision, Romain Rolland nous en » donne, s, j ose dire, la sensation, en nous en découvrant la vie secrète. Enfin Jean-Christophe retentit lui, assez joli fracas d'idées.... Mérites secondaires mpres de ee fa, qui en vivifie toules les parties de ■o souille héroïque, de cet ;„nour des humbles cl de "lie glorification de la vraie grandeur humaine, qui ont que l'on hésite à définir ,e livre l'épopée du génie «1 évangile de la moyenne et douloureuse humanité

Mais peut-être les œuvres critiques de Romain Rolland sont-elles encore plus significatives ; a travers ses livres, cherchons sa personnalité : elle est prodigieusement une; certes on ne saurait en Romain Rolland découvrir deux personnages : le critique et l'artiste ne font qu'un. Romain Rolland ne joue point un rôle, celui-ci aujourd'hui, demain celui-là; ici et là ce sont les mêmes vérités qu'il affirme, presque dans les mêmes termes, avec la même fougueuse gravité; il écrit : « Qui dit grand homme, dit grondeur d'âme, hauteur de caractère, puissance de volonté, et surtout unité morale; » et c'est pourquoi, si Ton définit le génie, la puissance créatrice, Berlioz eut plus de génie, mais Gluck et César Franck furent de bien plus grands hommes [Les Musiciens d'aujourd'hui — Berlioz); il écrit : « Quand un artiste a quelque valeur, ce n'est pas seulement dans son ouvrage, c'est dans son être qu'elle réside. Il faut donc essayer de pénétrer sa personnalité. » Certes l'art lui est de bien peu de prix, quand il ne révèle point l'homme, un homme audacieux, et qui parle librement ; il l'affirme ; il y revient sans cesse ; il écrit : « J'ai toujours pensé que les opinions étaient de peu de prix dans la vie et que seul importait l'homme. La liberté d'esprit est le plus grand des bonheurs; il faut plaindre ceux qui ne la connaissent point. Il y a une douceur secrète à rendre hommage à de belles croyances, qui ne sont pas les nôtres. »

Ainsi apparaît jusque dans ses essais critiques cette religion de l'héroïsme moral dont il se fera l'apôtre au théâtre, et dans ses « Vies des hommes illustres; » au théâtre il apporte avec ses grandioses ambitions

scs éternelles préoccupations : fait-il revivre dans le 14 Juillet, Danton, les Loups, le Triomphe de la Raison, les grandes scènes révolutionnaires, il écrit : J'aurais voulu donner, dans l'ensemble de cette œuvre, comme le spectacle d une convulsion de la nature, d'une tempête sociale, depuis l'instant ou les premières vagues se soulèvent du fond de l'Océan, jusqu'au moment ou elles semblent de nouveau y rentrer, et où le calme retombe lentement sur la mer. > Il écrit : « L'auteur a cherché ici la vérité morale plus que la vérité anecdotique. >, Il est choqué par « la place disproportionnée qu'ont prise aujourd'hui 1 anecdote, le fait-divers, la menue poussière de l'histoire aux dépens de l'Ame vivante. » Ce qu'il veut, c'est « ressuscite)- les forces du passé... rallumer l'héroïsme et la foi de la nation aux flammes de 1 épopée républicaine. , Car vous entendez bien qu'un tel culte serait une ridicule duperie s'il n'était instigateur d'action : « La fin de l'art n'est pas le rêve mais la vie. L'action doit surgir du spectacle de l'action. » Toutes ces tendances, ces affirmations, ,1 Jes reprend et les développe avec la plus émouvante éloquence en la préface qu'il écrit pour sa Vie de Beethoven.

1 -air est lourd autour de nous. La vieille Europe s'engourdit dans une atmosphère pesante et viciée. Un matérialisme sans grandeur pèse sur la pensée et entrave I action des gouvernements et des individus. Le monde meurt d asphyxie dans son égoïsme prudent et vil Le monde étouffe. Rouvrons les fenêtres. Faisons rentrer air libre. Respirons le souille des héros

La vie est dure. Kilo est un combat de chaque jour fQur ceux qui ne se résignent pas à la médiocrité de l'âme

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et un triste combat le plus souvent, sans grandeur, sans bonheur, livré dans la solitude et le silence... il y a des moments où les plue forts Qéchissenl -nn< leur peine. Ils appellent un secours, un ami.

C'est pour leur venir en aide que j'entreprends de grouper autour d'eux les Amis héroïques, les grandes âmes qui souffrirent pour le bien

Je n'appelle pas héros ceux qui ont triomphé par \u pensée ou par la force. J'appelle héros seuls ceux qui furent grands par le cœur. Comme la dit un des plus grands d'entre eux. celui dont nous racontons ici même la vie : je ne reconnais pas d'autre signe de supériorité que la bonté.

Un tel langage, chaleureux et noblement, viril, n es! point si fréquent de nos jours, que nous n'en soyons étonnés et profondément remués : l'œuvre toul entière de Romain Rolland est une proclamation d'énergie, un appel aux sources profondes de joie et d'espérance que notre temps s'acharne à refouler; Romain Rolland sera entendu, parce qu'il a la voix puissante d'un prophète et d'un libérateur.

Nous sommes loin du lernpi où Voltaire, surpris et narquois, disait à Grétry : a Vous êtes musicien et vous avez de l'esprit ! ; » nous avons appris à chérir la musique et à ne point mépriser les musiciens : nous aimons la musique, nous ne refusons point aux musiciens une estime admira tive : à vrai dire, ni ceux-ci ni celle-là n'obtiennent notre respect; c'est un des signes les plus désolants de notre faiblesse

ROMAIN ROLLAM1 ;{ |

|ue la frivolité de nos passions et la légèreté de nos amitiés; nous aimons la musique, hélas! une sotte nuée d'indiscrets mélomanes surgi! et se répand : la dote musique n'est plus que le plus odieux des snobismes.... Puisse l'œuvre de Romain Rolland inspirer à nos pianistes amateurs et à nos eonlrapontisles de salon un sérieux examen de conscience ! Ali ! voici comme il convient de parier de la musique el des musiciens, avec science, avec recueillement, avec' enthousiasme et gratitude: Romain Rolland a voue s,i vie à Pétude du rôle de la musique et des musiciens ; il a de la musique la conception !.. plus humaine; une froide érudition ne le satisfait point ; les questions de technique musicale ne le retiennent que juste ce qu'il faut; en vérité la musique l'intéresse peu, si ellenesl d'abord le langage dune âme, h plus spontané, le plus expressif : « Si la musique nous est si chère. c'est qu'elle est la parole la plus profonde de l'âme. te cri harmonieux de sa joie et de sa douleur. » Parcourez ses vies de musiciens: c'est l'homme qu'il ambitionne de nous révéler: la musique est son guide; il l'abandonne s'il rencontre ailleurs un cri plus expressif; il commentera longuement les pages des V 'moires de Grétry où le musicien raconte la mort de ses trois filles; il conciliera : Les pages de Grêlrj que je viens de résumer, sont les plus belles qu'il il jamais écrites, plus belles que toute sa musique : "ai le malheureux homme s'y est mis lui-même, » La musiqne est un signe : la profonde réalité qui émeul I iascine, c'est le génie grandiose et douloureux doù die émane: que nous importe Je musicien, quand ions contemplons l'homm I [uck est, comm,

Al F1GUHES LITTÉRAIRES

Beethoven, bien plus qu'un grand musicien : un grand homme au cœur pur. »

Que vient-on après cela nous parler d'un progrès de la musique ? celle d'un saint Grégoire ou d'un Palestrina vaut la nôtre : V Alléluia jaillit d'un cloître en plein ive siècle barbare. L'art et la musique sont inépuisables comme l'humanité, comme la vie : « Rien ne le fait mieux sentir que cette musique intarissable, cet océan de musique qui remplit les siècles. »

Cette conception de la musique, cet enthousiasme, cette foi dominent ce Jean-Christophe auquel il faut bien revenir, puisqu'aussi bien c'est l'œuvre de Romain Rolland la plus compréhensive, l'œuvre centrale que toutes les autres semblent annoncer et étayer : car Jean-Christophe paraît n'être parfois qu'une transposition romanesque des érudites recherches de Romain Rolland; certes Romain Rolland n'a pas créé de toute pièce le personnage de ce génial compositeur : Jean- Christophe, c'est Beethoven et c'est Wagner, et c'est aussi Mozart et parfois Bach, et je serais tenté de le reconnaître en ce portrait de Gluck :

Dans la société, il prenait d'abord un ton guindé et solennel. Mais tout de suite il s'emportait. Burney, qui vit Haendel et Gluck, les rapproche pour le caractère : « Gluck, dit-il. eU d'une humeur aussi sauvage que l'était Haendel, dont on sait que tout le monde avait peur. » Il était libre et irritable, et ne pouvait s'habituer aux règles de la société. Il appelait crûment les choses par leur nom,... il scandalisait vingt fois par jour ceux qui l'approchaient. Il était insensible aux flatteries, mais il admirait ses propres œuvres avec enthousiasme. Cela ne l'empêchait pas de se juger exactement. Il aimait un petit nombre de gens....

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Jean-Christophe est le Musicien, il est le «renié de a musique, et Ton ne peut que savoir gré à Romain Rolland d avoir mis tant de science à établir la psychologie d'un héros aussi exceptionnel. L'admirable est que ce héros composite soit vivant; il l'est • il lest prod.g.eusement; il est un Allemand d'aujoùrdhu., en qui se reflète limage de notre monde troudé : son histoire est celle de notre temps; Jean- Christophe naît au bord du Rhin ; c'est une peinture étrangement pénétrante de la vie et de la société allemandes que le récit de son enfance et de son adolescence ; le tumultueux génie de l'enfant se révolte contre le mensonge germanique. Ah! voici de la culture allemande une âpre critique ! Mais Jean-Christophe se réfugie en France; ce sera donc le mensonge français que nous apprendrons à haïr. Ici et là Jean- < -hnstophea des amours aussi violentes que ses haines ■ autant d épisodes où parfois le narrateur s'attarde s attarde au point de composer des volumes entiers' qui semblent ne tenir que par m, fil au sujet principal - tel 1 épisode d'Antoinette, qui est un petit roman •part, un merveilleux petit roman: nul ne refusera à auteur d Antoinette le don des larmes.

Cette biographie gigantesque embrasse tout; elle 'lad aux esprits les plus divers; elle soulève des oicres; un hvre de pure satire comme la Foire sur h 'lace, volcnte, injuste, impitoyable, touche à trop de l'oses, d institutions et de gens pour séduire les

mssançesde réclame Vucunc réclame ne s'agit,

«lourde Romain Rolland; il a son public qui gran- «; Ha ses fanatiques; je ne sais rien de plus récon- >Hant qu un tel succès qui s'affirme.

;; 1 rira !;r.s LITTÉRAIRES

Et certes je suis loin de partager toutes l<> opinions de Humain Rolland: Jean-Christophe est une œuvre hop pleine, pour qu'on tente à la hâte d'y faire un choix; ce qui importe, c'est d'abord d'en marquer fortement les traits essentiels: une personnalité vigoureuse s'y manifeste : œuvre, personnalité, je n'en sais guère qui soient plus dignes d'une respectueusesympathie.

In homme pour qui |e monde extérieur existe existe vraiment !

Un contemporain, un homme d„ xx- siècle in. •tant cultivé, sur qui pèse l'atavisme de la race la I *» lettrée et le faix écrasant dos souvenirs d's idées, des théories par où l'éducation moderne dompte »esP«ts les plus indisciplinés et réduit à une éternelle rumination leur activité; un contemporain qui • subi notre effroyable culture livresque et qui sVu «tevadele jugement intact, lesyeux sains, sauve la

-o.hte; qui de toute sa sensibilité, de toutes ses «e» a aune le monde vivant, la aimé d'abord pour "-même, pour la magnificence variée des spectacles •«•très, puis peu à peu en a découvert la fécondité «rricere, si parfaitement méconnue des hvperci- "**s, en a tiré la substance dont il ., voulu vivre e< mat.ere don, œuvre abondanlc, diverse e» nui* """c,,"""e '••' IVatured'où cil,, est issue

Une semblable aventure devrait être celle de tous les artistes qui aspirent à s'affirmer originaux par le développement indépendant de leur personnalité; combien cependant ont ce courage, cette audace, cette suprême habileté de ne se lier qu'à eux-mêmes et à l'épanouissement de leur propre expérience? Combien se sentent cette réceptivité, cette spontanéité d'émotion et d'imagination qui seules légitiment une telle vaillance... et semblent indispensables au romancier? Et parmi ceux qui possèdent le don de sentir, et d'exprimer la vie, combien n'en est-il pas qu'un bagage délicat et fragile, ou encore pesant et encombrant, embarrasse et préoccupe jusqu'à les détourner du véritable objet de leur art? 0 temps des pastiches jolis, oiseux! et des romans historiques estimables et secondaires, et des copies de copies et du plagiat universel et quasi inconscient ! littérature où s'étaient la stérilité de nos esthètes, et l'impersonnalité prodigieuse des âmes façonnées parla scolastique moderne, l'érudition, la science, une certaine science... littérature de reflets et d'échos, distinguée, médiocre, surtout médiocre, où ne dédaigne point de s'employer — pour quelle gloire éphémère — le zèle même de romanciers fatigués de sentir, d'inventer, de vivre !

Le cas de Louis Bertrand est infiniment rare, d'autant plus rare qu'il est plus caractérisé, plus coinplet, j'oserais dire plus parfait en son heureuse évidence : Louis Bertrand est un lettré nourri de culture classique, grecque, latine, française; on sait de lui des pages qui témoignent d'un goût critique averti et sur, et de la plus séduisante aisance dans l'analyse des oeuvres et la discussion des idées.... J'affirme pourtant

que cette culture universitaire est comme extérieure à son œuvre, et qu'il ne lui doit presque aucun des éléments essentiels de sa conception de la vie et de 1 art. J entrevois la formation de son talent : il n'emprunte aux maîtres glorieux que quelques habiletés de métier; ce sont d'autres leçons qu'il recherche avidement, dont il se remplit les oreilles, les veux, l'être tout entier sans jamais éprouver un instant de satiété; les vrais professeurs de Louis Bertrand, ce sont : le roulier Rafaël, Pepète le Bien-Aimé, Carmelo, Poublanc, Pascualeto le Borgne, Mme Cougourde et Mme Mangiavaechi,et la maestra de VInvasion,el tous les Emmanuel, les Attilio, lesCosmo, les Coupon, les Escartefigue, les Mares... les pêcheurs, les marins, les charretiers, les débardeurs, les ouvriers des ports et leurs compagnes, les vagabonds, le peuple divers de langage — et encore! — mais un par les instincts profonds, les usages, la notion du plaisir, de l'amour, la compréhension de la vie et de la mort, qui s'agite dans tous les golfes et sur tous les promontoires des côtes d'Espagne, de France, d'Italie et d'Afrique, le peuple méditerranéen. Et comme ce peuple fut modelé par les impérieuses conditions du sol et du climat, ce sont en fin de compte ces mêmes influences du ciel, de la terre ■ des eaux que Louis Bertrand sollicita. Ce Lorrain ftt un vivant démenti aux théories de Maurice Bar- Is ; plante vigoureuse, qui dut à son déracinement un •mdigieux afflux de sève; artiste original, qui. dédaignant l'héritage de sa terre et de ses morts, rêva d'un lus généreux soleil, d'une race plus ardente, au total I un foyer nouveau, mal exploré, extraordinaire, de M-ces naturelles et d'humaine énergie.

• s FIGURES LTTTÉRAIRES

Louis Bertrand démontrerait, tel ce Suédois <lu Jardin de la Mort, que seuls les artistes des pays septentrionaux comprennent profondément les peuples H les régions du Midi. Certes, nul n'a mieux que lui compris le Midi méditerranéen: nul ne fut sans doute plus libéralement récompensé d'un tel élan d'intelligente passion; Louis Bertrand doit à ce Midi flamboyant le meilleur de soi-même et le plus précieux de son art, cette couleur, eette force allègre et partout épandue, cette sincérité, cette crudité de la notation, ce pétulant désordre, cet accent de jeunesse qui semble d'un triomphant barbare, et enfin, et par-dessus tout, et c'est par là que la portée de son œuvre dépasse celle d'une simple réussite littéraire, ce sens de la vie, cet amouj de la vie, cette foi confiante en la fécondité de l'éternelle Maïa, que nos faibles contemporains semblent avoir perdue, et dont il est trop certain qu'aucune œuvre de ce temps ne nous apporte une aussi frénétique affirmation.

Prestige d'une œuvre tout entière consacrée à glorifier la vie!

Certes notre temps chérit le passé d'un amour singulier; l'humanité vieillie éprouve une douceur a fouiller, à ressasser d'immuables souvenirs ; ceux mêmes de nos écrivains qui ambitionnent de peindre le train des existences contemporaines se font des âmes d'antiquaires; ils ont des pudeurs, des délicatesses dont se moque bien la vie injuste, brutale, splendide : ces timides, ces savants, ces raffinés ont

LOUIS BEHTRAKD 3«J

pour de la vie, ou font les dégoûtés; leurs œuvres exhalent un parfum de mort : elles nous plaisent ainsi.... Quelle n'est point toutefois la supériorité de celui qui nous arrache à nos nostalgies, à nos rêves familiers, a la convention de nos goûts et de nos théories, et nous met faee à face avec la pure actualité! Emerveillement de voir cet homme fort n'envisager que la réalité accessible, s'y installer, s'y développer, SB l'aire jaillir intarissablement des éléments de drame, de lyrisme, d'épopée; nous l'écouterons avant tous les autres, car nous sommes en droit d'attendre de lui des frissons inédits, et peut-être des paroles essentielles.

Louis Bertrand se fixe en Algérie : il entend et >l voit; que lui importent les commentaires, les £oses accumulées de la science officielle et de la psyîkologie officieuse? Il écoute, il regarde, il fait son nétier d artiste consciencieux et indépendant, qui i"l<' nés types, des aspects de nature, sans 'autre unbition que d'enregistrer des parcelles de vérité «Moresque el de se satisfaire soi-même en précisant es raisons de ses enthousiasmes; il décrit l'Algérie, ce [u'il voit de l'Algérie, Alger, les faubourgs d'Alger, a cote ei les splendeurs marines, les routes qui conimisent vers le sud et le désert hallucinant : les hommes 1,1 "nl "«tenu s<,o attention sont les plus frusti » plus étroitement soumis aux suggestions élémenures, 1rs plus misérables, les plus naïvement violets el passionnés, humanité primitive et comlexe' riche de contrastes, car (die accueille des limitants accourus de France. d'Italie. d'Espagne <!<■ tous les pays méditerranéens, Louis Bertrand

explore avec admiration ce monde de la canaille algérienne ; par lui il est initié à de nouvelles découvertes : à Marseille, à Barcelone, à Gènes, à Naples... il rencontre d'identiques éléments de population : il sait à n'en pas douter qu'une secrète parenté unit les Languedociens, les Provençaux, les Catalans, les Italiens, les Mahonnais, les Corses, les Siciliens et les Maltais; il compatit à leurs souffrances, il ne dissimule pas leurs vices, il exalte infatigablement leurs vertus, leur force de résignation, leur puissance de révolte, la beauté, la violence de leurs amours, leur indomptable vitalité.... Telle est l'œuvre à laquelle Louis Bertrand se voue tout entier : un jour, le sens de cette œuvre se précise de soi-même ; une grandiose vision surgit aux yeux du romancier qui proclame son ferme propos de célébrer la « renaissance des races latines dans l'Afrique française. » Loin de nous la pensée de contester qu'il n'ait point réalisé son dessein et prouvé son idée ! Voici ce qu'il nous importe d'abord de constater : nul depuis Zola n'avait su rassembler et animer une pareille collection d'humbles et caractéristiques héros, nul, depuis l'auteur de Germinal, n'avait aussi heureusement évoqué les foules, et en des œuvres débordantes de mouvement, de vérité brutale et poétique, n'avait au même degré haussé la forme romanesque au rôle de moderne épopée.

Voit-on maintenant assez nettement d'où l'art de Louis Bertrand est sorti, et qu'il s'agit en somme d'une floraison superbe et spontanée du terroir africain?

Si spontanée que soit cette œuvre, si étroitement liée qu'elle soit à la réalité contemporaine, on devine

IIMIS HERTItAND 4j

que l'auteur devait (enter de la compléter et de l'enrichir de quelque idéologie : parti de la sensation et de la jouissance esthétique, Louis Bertrand aboutissait « des tentatives de généralisation, et à une conception historique du rôle de ses héros; alors, alors seulement 1 s inquiéta du passé: il ne se fia point aux ratiocinations des érudits ; il parcourut les ruines de l'Afrique du Nord; elles seules firent sa conviction, et le persuadèrent qu'une heureuse fatalité prédestinait l'Algérie à accueillir les races latines et à favoriser par la vertu des rapprochements et des croisements le renouvellement de leur génie.... Fidélité d'un artiste à sa véritable nature ! Louis Bertrand est conduit par la logique de son sujet à se souvenir de l'antiquité • il est guidé par Rafaël et Pépète le Bien-Aimé aux nécropoles et aux cites romaines; il ne consent à les -onsidererque dans la mesure où ces ruines demeurent ssoc.ees à la vie contemporaine, qu'elles encadrent -arlois d une somptuosité mélancolique, et dont elles ndent à comprendre le sens caché.

Au reste, Louis Bertrand ne serait point un Latin lève de Latins, s'il ne s'éprenait çà et là de séduiantes théories; on soutiendrait qu'il tient de ses hers méridionaux le goût des rapides généralisations, >Bt-il dire, quelquefois, des élégantes galéjades intelictuelles?... il écrit des préfaces avec une verve aiséeébaucha naguère une sorte déprogramme de renaisse du classicisme, et peut-être le surprendrait-on «jourd hui encore en découvrant une divergence fonere entre les tendances de l'art classique et les ..'aclères les plus fortement accusés de son œuvre n lui reprocherait quelques autres contradictions : en

42 FIGrt MES 11 II Kit AIRES

vériké, on mirait tort; c'est son art qu'il importe d'é-i

tudier et de louer : le reste est littérature : Louis Bertrand lui-même nous rappellerait qu'une logique excessive est révélatrice de sécheresse, et qu'en somme la vie ne s'accommode point d'une régularité géométrique; il est un vivant singulièrement tumultueux ; il est l'heureux poète de la vie incohérente, source de toute puissance et de toute beauté.

Louis Bertrand venait de publier Y Invasion, qui n'est point inférieur au Sang des races, ni à La Cinu, non plus qu'au Rival de Don Juan ou à Pépète-le-bieM aimé; il y avait montré les magnificences et les ignominies de Marseille, avait donné des ports, des usines, des quartiers ouvriers, des descriptions émouvantes, conté mainte aventure, amours, rixes, grèves, ivressebrutales, misères, famines infligées aux femmes et aux enfants — ah! voici ces foules prodigieusement animées que Ton distingue autour des héros de Louii- Bertrand, et voici des héros prévus, mais si intensivement individuels, l'Italien jaloux, sournois et meurtrier, le charretier insouciant et ivrogne, les débardeurs, les marchands des halles, les cabaretiers... de* héros d'une psychologie moins sommaire, un ouviiei théosophe, hystérique, illuminé, des intellectuel déchus, tombés à l'anarchie, des « militants » m divers partis, un terrassier chevaleresque, héroïque — au total un beau livre, un peu long et désordonné, ui beau livre où demeurent fixées avec un inoubliabh

LOUIS I1K1ITHAND ^3

ftlief les péripéties de 1' » invasion» italienne Louis Bertrand partit pour la Grèce : qu'allait faire au pays des grands morts ce peintre de la vie exubérante'

Non point, on le devine, se joindre à quelque dévot pèlerinage. En Grèce, Louis Bertrand rencontra des archéologues; c'est peut-être l'espèce d'hommes qu'il

' le moins apte à juger avec indulgence; il vit des ™nes fort propreS; j^ étiquetéeSj ,,s (is(,os

Jmblement mortes; il vit enfin un très beau pava «alta la lumière et les paysages helléniques, médit

* ruines dauba sur les archéologues : son livre sera blasphématoire et infiniment salutaire, bourré de s bonnes à dire et tout entier édifié sur un parafe dont la gageure, habilement soutenue jusqu'au «mer chapitre, se trouve tout à coup démentie a antépénultième page. On soutiendra que Louis Ber- •••"»l n a point signé d'ouvrage plus éloquent: qu'on " '»' connmssait pas ce ton -l'impertinent badina*eue cette Grèce du Soleil est un livre bonne foi, de «oureuse franchise, un livre néfaste, superficiel napressons-nous de féliciter Louis Bertrand.

Nul doute que notre culte de la Grèce antique ne 'ère parfois en fétichisme : s'il fallait un exemple aterau ; le livre - d'ailleurs graeienx et spirituelle- «t idolâtre ^ de M. Georges Ance^ Athènes coudée de violettes. Par quel chemin détourné le dra- 'turge de Ces Messieurs en est-il venu à composer gowe du touriste Lettré au pays grec?

•• Ce petit peuple, qui véc, e période historique de

... '.;■!;■;■•■'•'■'•'" *> «» dieu* i„ ,•„,■;»,. mJ, „

|".' «asc < es avibsat.ons f, es, de véritables éta-

«"w»l~en ''es vertu, que des défaillances humaines

44 F1GUBKS UTTÉBA1BES

Tous les Restes principaux qui furent depuis ceux de l'hu- «Tnité v furent fait» mieux qu'ailleurs, et parUren. sous leur forme la plus générale de cet étroit espace.... 3 a. impression qu'un cataclysme universel eût pu survenir, Z Z la bâta lie de Chéronée, où la Grèce trouva sa fin 3C avait été dit, et après la Grèce, rien n'eût manque . l'œuvre humaine....

Qu'en savez-vous? riposterait Louis Bertrand. Que savons-nous de la Grèce antique? Les modernes s'en firent au gré de la mode des images fort diverses : Grèce de la Renaissance chantée par les Ronsard et les du Bellay ; Grèce Louis-Quatorze de nos tragédie» classiques, de nos ballets, de nos opéras ; Grèce fade de Fénelon, sensible et éloquente de Chémer; Grèce marmoréenne de Leconte de Lisle ; Grèce moins solennelle dont les statuettes de Myrrhina et de Tanagra, les Mimes d'Hérondas, et toute une littérature hellénisante firent la vogue :

Désormais on s'imagina celte terre bénie de l'HelUdi non plus comme un temple austère, ma.s comme un lupa „a vaguement sacré, un jardin mi- voluptueux, m.-devj Des joueuses de flûte, des danseuses et des court, ane dévêtues et coiffées comme nos dames de lettres en tenu, Je sLe littéraire (fourreaux de gaze ou *•»-£*£ de soie grosses touffes de fleurs sur les oreilles et banc g ££*•«*. dans les cheveux) y prirent la p a* , d Canéphores et des Hélène aux bras b flancs. De ,jgM débauchés couronnés de roses et drapes d étoiles Liberty J

Et voici qu'une Grèce inédite surgit des fouilles d Crète- les savants de demain s'apprêtent a noi recrée'.- une Hellade aussi fantaisiste et non mon éphémère que toutes celles dont notre docilité moi

tonnière s'émerveilla. Car la Grèce de Périclès est fiien morte; il n'appartient pas à la science d'en ressusciter l'image abolie; tontes les « restaurations» sont condamnables, pitoyables les essais de restitution de la vie antique.... Cela est le bon sens même.

Avant condamné « les gentillesses d'anthologie chères à M. Anatole France, » répudié avec indignation « la Grèce intellectuelle et rationaliste de Taine et de Renan, » Louis Bertrand ne commet point l'erreur qu'il reproche à tant d'artistes et de penseurs. Il ,se borne à peindre la Grèce d'aujourd'hui, ses gracieux paysages, sa lumineuse atmosphère. Cette Grèce ensoleillée ne lui parut ni moins ensoleillée ni moins harmonieuse, parce qu'il y retrouva à chaque pas le lointain souvenir de gloires quasi fabuleuses.... Il ne méprisa point, à Athènes, le très moderne Café du Philosophe Socrate; il lui plut de retrouver au pied de

Acropole la pouillerie nauséabonde d'une venelle Marseillaise ou napolitaine. J'ajoute que si, fermant •e livre, vous ne soupçonnez pas les Bacchanales 1 avoir annoncé assez exactement la danse du ventre, .ous aurez mal lu....

Louis Bertrand est un magicien prestigieux ; il est ID romancier magnifique, et justement le romancier ju il faut pour réhabiliter parmi nous le sens de la

ie. l'amour de l'activité, la foi en l'inépuisable énerve de la race et la fécondité de son effort.

J.-H. ROSNY JEUNE

Il en est des divorces littéraires comme de tous les autres; qui eut tort? qui eut raison ? lequel des « associés » fut cause du naufrage? Faiblesses et vertus mises en commun semblaient indivises ; ni préférences ni antipathies ne paraissaient pleinement justifiées qui distinguaient entre les deux conjoints. . .. Après la séparation, chacun reprend sa vraie physionomie; les personnalités s'affirment: Madame s'avère une âme d'élite, Monsieur un être méprisable, à moins que ce ne soit le contraire, ou qu'une égale platitude, ou un pareil mérite

Deux frères, qu'une longue collaboration avait unis et quasi confondus dans l'attention des hommes, se séparent; pour imprévu qu'on le déclare, le fait n'est pas sans précédent; les divorces littéraires sont fréquents depuis quelques années : divorces à l'amiable, ou brouilles retentissantes ; en conclurons-nous que de moins en moins l'association favorise le labeur litté-

•l.-ll. HOS.W .ILTM; 47

raire, que des sympathies, même fraternelles, ne sauraient résister à la sollicitation de cette foreecenirifuje f»ar où 1rs esprits ,1c noire temps sont disséminés dans le vaste champ des idées, et condamnés à ne plus se rejoindre? Plus simplement, ne conslatons-nous point <>" I res normal phénomène de croissance ? Deux artistes grandissent ensemble, l'un pour l'autre, etcn quelque sorte Un par l'autre: d'elle-même la nature disjoint un jour ces frères siamois: ils sont aptes à vivre iso- Pment un,, vie plus riche et plus active.

Diversité des cas, multiplicité des « espèces, ,, oui ne souffrent point la simplification d'une généralisation péremptoiro. Deux frères, après vingt années de collaboration féconde, s'aperçoivent soudain que ni leurs humeurs ne s'accordent, ni leurs idéesne se confient : incompatibilité absolue, contradiction perpé- ■«Ue.... Peut-être bien: les jeunes ménages ne sont m les plus fragiles, et Ion en voit d'anciens que ~h,re '" ^^if aveu dune double cl lamentable «wur.... Deux frères se séparent : la malignité de ertains confrères et d'une partie du publ.c est enfin ■d.sl.ute : lequel n'a pas de tafent'car les médisants admettent point laparité des dons; ils pronostiquent' ; vonl savon-: ils savent.... 0 Wlenies, douleurs,' ««ères, qu, suivent en navrant cortège les humaines quidations!

Car les médisants non! point nécessairement tort et ■"un des plus affligeante privilèges de la vie qu'elle

P1;use l'op fréquen ni à leur donner raison • les

vorces littéraires son I donc actualité brûlante ; 'mé- »*n la leçon, puisquaussi bien la ne littéraire de temps n offre guère de pins tragiques aventures

Je m'empresse d'ajouter que dans le cas des Rosny les médisants seront déçus : J.-H. Rosny aîné est un vigoureux esprit dont nul ne sera seulement tenté de nier l'écrasant labeur, non plus que le curieux, et actif, et souvent étrange génie; J.-H. Rosny jeune, à qui un long exil volontaire en une lointaine province paraissait conférer je ne sais quel prestige quasi mythique, semblera d'autant mieux mériter sa part d'une gloire commune, qu'il s'empresse de manifester les plus rares qualités en ce poignant récit de l'Affaire Dérive.

Avouons toutefois notre embarras : ce livre est un début, le début d'un homme qui a beaucoup écrit; jugerons-nous J.-H. Rosny jeune sur ce livre unique? Lui-même nous y invite, et nous interdirait sans doute de prétendre démêler ce qui lui appartient dans l'œuvre| considérable qu'il ne signa point seul; certes, nom n'approfondirons point le mystère de cette collaboration : toute collaboration est mystérieuse ; on ne sau rait guère en concevoir de possible sans un constan effort d'abnégation réciproque ; quelles actions et réac tions fécondent deux cerveaux appariés? La conceptioi de l'œuvre d'art nous semble si bien le fait d'un géni< unique, que nous inclinerions à déclarer monstrueusune parenté double ; l'obscure gésine d'un livre nou échappe — et je ne dis rien de cette soi-disant littéra ture que l'on se met à deux pour fabriquer et lancer et qui n'atteste que les aptitudes industrielles et com merciales de ses auteurs. — Posons donc ce fait \ J.-H. Rosny fut naguère un remarquable romancier nousavons désormais J.-H. Rosny aîné et J.-H. Rosn

J--II. ROS.W JEUNE 4a

jeune; total, trois écrivains, que nous sommes invités «considérer «clément. Le pcuvons-ncns cependant' Cro,t-on que nous serons aussi prompts à oublier tant ■■ -es ? L ombre de J.-1L lîosn.v l'ancien. s'étend sur -II Rosny aîné et J.-H. Itosnv jeune; effort para- Icxal de ces romanciers en lutte contre leur propre «nçmrnée, et qui ne parviendront à la gloire Jen >ecl.psant eux-mêmes; car la condamnation de cette «archiquetnnité serait qu'on fût contraint d'en exnli- !«er trop aisément le prodige, en reconnaissant un envam en trot-, personnes.

A parler franc, il semble bien qu'un lecteur non "-"»> attnbuerait indifféremment l'Affaire Dérive à •nc.en, «l'aîné ou au cadet : l'étendue et la profon- '«r des fondions, l'élan puissant dune massive eb.tecture, 1,, multiplicité des plans, la noblesse de

ta'nes ligne., la poignante perfection de certains a.ls e„ contr;,ste avec ,.évWenl ^ ^

eess,ve mdmsit fréquemment les constructeurs à ">-n de hvres des Rosnv ne s'appliquent point 'les mes d une sommaire encore qu'assez ,,récise délini-

car nul de nos jours ne construit plus ainsi • •sseurscjclopéens, les liosn.v prétendirent toujours « étonner p.„ l'assemblage hétéroclite de blocs mal

». Par l entassement de prodigieux moellons,

'' l'»"K I L .ardeur, la masse démesurée de leurs

oncertants édifices. Les Allemands diraient de cette

''• qu elle es> colossale ; elle l'est ; elle étonne, elle

choque, clic écrase; clic est grossière et voisine du sublime; nous en éprouvons jusqu'à la nausée la barbarie dans l'instant où elle nous exaltait presque à l'enthousiasme.... Quant aux ailleurs, le publie les récompense mal de leur effort, c'est-à-dire très insuffisamment : je pense à ces athlètes dont la foule admire l'étonnante vigueur, qu'elle considère toutefois avec une défiante inquiétude, qu'elle s'avise rarement de chérir ou seulement d'entourer d'une active sympathie.

Les Rosuy sont des athlètes de lettres, les plus musclés que Ton ait vus depuis Zola; J.-H. Rosny jeune démontre qu'il est à lui seul capable de mener à bien une titanesque entreprise; et c'est d'abord ce qu'il importe de mettre en lumière; nous possédons trois Rosny; le plus jeune n'est pas le moins surprenant de la troupe; peut-être l'eût-on plus sûrement distingué des deux autres, s'il nous eût moins brutalement signifié l'audace de son défi.

De l'observation, de la plus sincère, de la plus pénétrante; du lyrisme, du plus spontané, du plus irrésistible, puisqu'il nous associe au balancement prof on r de je ne sais quelle marée invisible, à je ne sais que rythme des forces naturelles; des idées, une âpre e hautaine critique des hommes, des mœurs et des idées des pages brillantes, des pages fortes; un mouvan océan dont on ne sait si Ton admirera devantage 1 monotone immensité, les aubes étincelantes ou I colères dévastatrices.

Un tel livre est un monde : vous y retrouver* jusqu'aux habituels défauts dont s'affligèrent les ph

■'■-II. ItOS.W ,n;i ME

«trépides partisans de l'ancien J.-H. l!o.snV -des,,,. ace»... est-ce bien de négligences qu'il convie*) de

!''""'' i«, cl mu, pus dune sorte de tranquille mépris * !■' forme? plate ou sublime, qu'importe! elle est quelle peut être; on extrairait de ce livre de» écftan- «ons des pires sortes de styles; on en tirerait des l'^vs el presque des chapitres .lune fermeté, d'un, ':"i<- -1 «»« justesse d'expression dignes des plus sévères anthologies. Et cette veulerie nous serait ;"""IS °dleuse' S| »ous jutions moins vivement cette «««reuse el vivante énergie. J..H. RoBBv jeune ne re«once Poinl avec une suffisante résolution à certain W« sm-disant philosophique ou scientifique dont K»s gnnhons depuis quelques autres livres un ass,v méchant souvenir.

L* science ! devant la science peut-être ne manige-t-.l pius ee s(upk,e ehahisseineat

?" .'';;" el'? ,e contraire de la compréhension: -"• »osnv I anc,en nousen fournit un spectacle elfa- '"" »« temp, où il déversa dans la li.lerature la

;""•■•• fûtes les sciences, jusqu'à saturation, el nous "■'"•"r,,,, souvent l'impression dune posante mvs.i-

''; ■'•'•'"'«'•J-II. Hosnv jeune toutefois denture

T "' « «»Pe»tiUoM qui l'entraînent à des allir-

*»t">ns.j allais dire a des ges.es où nous saluons des - I"-» connus : quelle n'est point la foi de ce peintre

*«* <* psychologue aux dogme» incertain» dé lan-

"1-^,.-. .on vacillantes lumières ,le lethnogra-

".e. Aucun .1, 8es personnages dont il ne dresse

"'"--^dcment.-e, c'est fort bien, tout le

' ' '•'-'- ceHe précisions, .jusqu'à . VI. Hortilion- ""■"«.Mcu.... étudie ses personnages au point de

leur consacrer des fiches anthropométriques; M. Bertillon toutefois approuverait-il ces classifications de races? la race? qu'est-ce donc, en vérité? et n'est-ce point nous vouer à d'étranges incertitudes que de prétendre déduire de la qualité de Celte ou de Celte-Ibère de vivantes psychologies? L'Affaire Dérive se déroule en une préfecture qu'il faut situer aux enviions du pays béarnais ; tout le monde y est plus ou moins Celte- Ibère : <( Les jeunes filles ne lui déplurent pas moins que les parents, jolies Ibères ou Celtes-Ibères à la tête ronde, aux yeux bleus ou noirs, faites pour les esclavages de la chair comme les moutons Durham sont faits pour donner des gigots. » L'avocat Grain a « des yeux bruns, naïfs, charmants, et sans la ruse habituelle au regard des Ibères. » Admirateur éperdu de MmeCalde, Dérive « ne pouvait s'empêcher de se figurer le corps entier sorti de cette gaine délicieuse et montrant le contour d'une hanche, la ligne suave d'un ventre et toute cette beauté des Ligures aux attaches fermes à la fois et assouplies. » Dans les rues, Dérive rencontre des femmes dont « la plupart avaient le type ligure, brunes élégantes, aux beaux yeux, à la bouche sensuelle. D'autres étaient des Celtes-Ibères avec des cheveux noirs et des yeux bleus. » Lucette elle-même, cette jolie Lucette, induit J.-H. Rosny jeune en de mirifiques divagations. Lucette a un petit nez tout droit, des sourcils noirs, une bouche « à ravir. >

Mais surtout, elle avait une finesse de traits comme oj en voit chez certaines Américaines, quelque chose de s;uu. de robuste et de sensitif. Ses yeux, très grands, remontaient un peu vers les tempes, et ils étaient d'un blei délicat avec de petits triangles noirs disséminés. San:

J.-H. ROSNY JEUNE 53

nie quelque Franc-Salien revivait-il en elle, mais le iront était rond et large comme celui des Celtes, la pommette lorte comme celle des Ibères. Ses jolies épaules sa poitrine petite et ferme, sa hanche tombante l'accusaient ! race noble et déliée, en opposition avec ce type fréquent chez les Ibères qui ont la hanche en saillie et le dandinement canaille.

De tels jeux, un peu lourds, ne répugnaient pas à J.-II. Rosny l'ancien; de quelles lectures mal assimilées ne témoignaient-ils pas? de quel fatras pseudoscientifique, puisé en de multiples manuels lus à la hâte, ne s'encombraient-ils pas, ces romanciers si dignes, d'ailleurs, d'échapper à l'admiration des ignorants et des sots ! J .-H. Rosny jeune ne renie point ces jeux ; il se souvient encore d'avoir collaboré à des œuvres que caractérisait d'abord l'abondance de ce fatras; il nous contraint de ne point oublier sa part de responsabilité; il ébranle en nous trop de réminiscences- il nous impose des rapprochements, des comparaisons... Xous conclurons que l'un au moins des membres de la trinité Rosny nous demeure encore peu reconnaissante. Souhaitons qu'il abandonne plus résolument une importune défroque; souhaitons que Affaire Dérive marque le point de départ d'un progressif et définitif affranchissement.

Que ce miracle soit possible, et même probable, je 5 crois volontiers; nous devrons à une féconde palin- •om-sie un romancier original. Il y a dans ce livre ant de germes, une si luxuriante poussée de sève et

51 l-ICl 1'. I S LITTÉRAIBES

d'espoir, tant de jeunesse et de force vitale! Quelle marâtre nature nous priverait de la Floraison qui s'an-

nonce

A peine voit-on ce qui reste à acquérir à ,1 .-II. Rosnv jeune, hormis quelque sévérité dégoût, et le courage

d'ébrancher ses trop abondantes frondaisons : il \ dans Y Affaire Dérive un chef-d'œuvre que jugulent et étouffent de voraces parasites. Certes, on ne voit guère ce qui reste à acquérir à J.-II. Rosnv jeune... s'il consent à maîtriser ses monstres.

Lisez V Affaire Dérive: où rencontrcre/.-vous. je vous prie, une psychologie plus aiguë, plus cruellement aiguë et véridique de la vie provinciale? U petite ville « faiseuse de petites âmes. » il fallait cette patience, ce long effort, cette flamme, cet art souple et puissant, pour dresser contre tes crimes, sans peur et sans haine, ce formidable réquisitoire.

La petite ville.... Peut-être est-elle une anomalie dangereuse? Tout y croupit; rien n'y germe. On y conserve le néant : un idéal mort, des survivances enlaidies, des vices honteux, de bas appétits! Lourde main que le cerveau n'électrisc pas encore et qui a perdu l'habitude du travail. On ne s'y affine qu'en maladies transmises, en hérédité d'alcoolisme et de dyspepsie. Les indigènes de petite ville sont un produit de désassimilation. Dans la solitude morne de leurs heures, sans presque de lectures, surnourris de mangeailles, continuellement le sens voluptueux s éveille et se satisfait. C'est la vie de singes cyniques. Ton- les sadismes, le cercle vicieux d'une volupté qui ne se spiri- Il Inalise pas, les livrent aux lassantes et mornes débauches dont la femme sort méprisée et l'homme abruti.

Que r-i cette verve vengeresse vous épouvante lisez Y Affaire Dérive, suivez du regard toutes cJ

J.-H. ROSNY JEUNE

silhouettes, préfet, trésorier général, juges, avocats, militaires, rentiers petits et gros, marchands et boutiquiers, ouvriers, paysans, politiciens de haut et bas Itages; applaudissez la justesse, la vivante diversité le cette grouillante et gigantesque fresque et concluez.

Nullité dos âmes, splendeur du décor. Qui donc l plus éloquemment célébré la province, le luxe des jardins, l'opulence des ciels, des forêts et des eaux, l'inépuisable réserve d'enthousiasmes, de rêves et de mélancolies, parmi laquelle s'étale et se vautre, inerte et aveugle, la petite ville0

Certes lisez, lisez jusqu'au bout l'histoire de cet infortuné Dérive; à quarante ans ce voluptueux et savant bohème hérite dune fortune ; il s'installe à Pont de Luz, en ce domaine des Peupliers, où tous les Pontois n lendront saluer l'heureux possesseur de cinq millions ; un quadragénaire parisien affiné, raffiné, vibrant et passionné a Pont de Lu/! intrigues et jalousies, flirts et passionnelles; Dérive découvre enfin de vrais amis, le docteur Tincliand, le naturaliste Teyrère, le chirurgien Gassaigne et surtout Lacave, qui est un merveilleux instituteur, et le professeur Yitruve qui est un raisonneur plein d'audace et enfin, et enfin, les Calde, délicieux ménage. Dérive aimera Mme Calde; pour lepouser Mme Calde empoisonnera mère, tante et mari; Dérive et Mme Calde iront en Cour d'assises; et je vous lais grâce du procès, mais jusqu'à la Cour d'assises ce livre est vrai, poignant, ce livre est presque un chef-d'œuvre : citez-m'e» dans Tannée deux ou dois qui lui soient seulement comparables.

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