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Brantôme

2 ; Théophile Folengo .

3. Cf. les arts et l'architecture, même religieuse, du temrjs ou la bouffonnerie se mêle si souvent à l'èiégance. '

matière, telle est l'étrange complexion de la société du seizième siècle. On va voir que tels sont aussi les caractères du livre de Rabelais, d'abord dans les idées, ensuite dans la forme.

Alors que, dans l'ardeur des querelles religieuses, les partis luttent de cruauté; que la Réforme exaspérée brûle non seulement ses adversaires, mais encore ses propres enfants, et que , de son côté , le fanatisme orthodoxe, entraîné jusqu'à la démagogie, se laisse parfois emporter à d'égales fureurs; entre ces excès contraires et semblables, on voit se former dans notre pays, sous l'influence favorable de la Renaissance et du bon sens français, un milieu de sérénité, de lumière, de raison pacifique, où règne la

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science sans la passion , l'érudition sans la scolaslique, l'esprit chrétien sans l'esprit de secte: et c'est là qu'on voit déjà poindre l'aurore de ce beau jour qui. deux siècles après, s'appellera la tolérance.

Quelle nouveauté, quel air frais et pur, au milieu de la fumée des autodafés, que cette philosophie sensée, « confite en mépris des choses fortuites >■> , alerte et rieuse , où éclatent la gaîté gauloise et un amour intense de la vie!

Aussi bien est-ce en qualité de médecin que Rabelais prétend écrire : il propose son livre aux malades comme un divertissement salutaire ; il veut les guérir « en trompant leurs ennuis » , et en leur donnant « allégresse et consolation nouvelle » ; il veut rendre la santé aux corps et aux âmes. Le pantagruélisme est l'hygiène de la bonne humeur : philosophie pratique, ou plutôt heureuse nature d'un homme d'esprit et d'un honnête homme, à l'heure où les bûchers flambent à Paris et à Genève.* Peut-être seraitil plus héroïque de se faire brûler ici ou là ; il est assurément plus spirituel , et plus utile aussi, de ne se faire brûler nulle part et de

durer pour ses idées; c'est une politique avisée, celle des esprits modérés, qui se donnent carrière « jusques au feu exclusivement » K Cependant, jusqu'à cette limite qu'il trouve plus sûr de respecter. Rabelais prend les libertés les plus hardies et se moque également des deux partis en lutte - . Chacun est blessé tour à tour par les traits d'une adroite satire ; mais aussi chacun se console en voyant l'adversaire attaqué comme lui : le huguenot s'amuse de « l'Ile Sonnante ^ . et l'orthodoxe de « l'Ile des Papefigues » ; l'un et l'autre a plus de plaisir à voir frapper son ennemi que de douleur à être frappé .

Ainsi, dans ce siècle si sombre, nos regards, fatigués par la vue du feu et du sang, se reportent avec plaisir vers la joviale physionomie de Rabelais, qui nous apparaît comme l'image riante de la Renaissance.

Le caractère à la fois sage et courageux de son

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