Le Moyen de parvenir
II. En ses Contes drolatiques, pastiche de Rabelais, Balzac fait le portrait de l'autour de Gargantua de cette manière : « Respiroit tousjours le printemps en son coi soubi-ire, comme vi voit toute sapience en son ample front... où Socrates et Aristophanes, jadis ennemis, mais là devenus amis, mesloyent leurs imaiges. » — Le Prosne du joyeulx curé de Meudon.
L'imagination de Ral>elais n"ost pas seule- Qient dans les idées, elle est aussi dans le style. Sa verve créatrice d'expressions, d'images, de figures, est extraordinaire, inépuisable. Elle va jusqu'à rivresse, jusqu'au plaisir en quelque sorte sensuel. Sa muse bouffonne enfante , non dans la douleur, mais dans la joie, réalisant le mot du Banquet : « L'amour, c'est la production dans la beauté. » Cette beauté , chez Rabelais , est le plus souvent priapesque , parfois aussi apollonienne : ne croiriez-vous pas que
802 FIGiriKS LITTÉRAIRES.
Platon lui-même a écrit cette page exquise où l'auteur dr Pantagrud fait Téloge du travail, père de la vertu . et où il compare les chastes délices de l'étude à une extase divine?
« Ainsi sont les Muses vierges ; ainsi demeurent les Charités en pudicité éternelle. Et me souvient avoir lu que Cupido, quelquefois interrogé de sa mère Vénus pourquoi il n'assaillait pas les Muses, répondit qu'il les trouvait tant belles, tant nettes, tant honnêtes, tant pudiques et continuellement occupées,... que, approchant d'elles, il débandait son arc, fermait sa trousse et éteignait son flambeau . de honte et crainte de leur nuire. Puis, ùtait le bandeau de ses yeux pour plus apertement les voir en face et ouïr leurs plaisants chants et odes poétiques. Là prenait le plus grand plaisir du monde ; tellement que . souvent , il se sentait tout ravi en leurs beautés et bonnes grâces , et s'endormait à Tharmonie ^ »
Dans Rabelais, au fond, il y a un Grec en même temps qu'un Gaulois, à peu près comme,