f ... C'est le charme de la canaille... >* La Brlykre
demandait loujcairs à boire, c'est maintenant la soif des idées, elle jenne prince boit la science à longs traits. Il semble, alors, que l'écrivain soit autre, et le lecteur se sent ravi de ce changement , de cette pure lumière , comme revoyant, au sortir d'un égout, le ciel azuré. Cette façon d'opposer l'un à l'autre deux modes d'éducation ne forme-t-elle pas une des meilleures péripéties du roman ? Le contraste, ici, sort du sujet même : c'est un heureux effet de la nature et de l'art combinés.
Ainsi donc. si. d'une part, nous devons déplorer les écarts d'un si beau génie : si nous devons éloigner des mains de la femme ce livre où elle est si peu respectée ^; si surtout, comme on la dit, « l'inspiration essentielle de notre race , le souffle d'immortalité, n'y est
1. On a émis fljvpotlièse, assez plausible, que l'in^ lluence maternelle a dû faire défaut à Rabelais. Mais il faut remarquer que partout, au seizième siècle, le respect de la femme a beaucoup diminué à mesure que son influence s'est accrue : Diane de Poit-ers remplace la châtelaine lidèle et pure des romans de chevalerie; on quitte le manoir pour la cour. Désirer un type de femme idéale dans le roman de Rabelais, ce serait désirer une madone de Raphaël dans la « kermesse » de Rubens.
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pas ^ » ; si enfin il est vrai que Rabelais n'entrera jamais dans ce sanctuaire des belleslettres où brillent d'un éclat sans tache un Descartes, un Corneille, un Racine, un Fénelon ; d autre part, ne devons-nous pas nous placer à l'époque où il a écrit pour comprendre les nécessités auxquelles il obéissait , et l'équité ne nous commande-t-elle pas de reconnaître qu'il est parmi les plus i^Tands, s'il n'est pas parmi les plus purs?
1 Heiu-i Martin , Histoire de France, tome VIII, ch.
Les contrastes étranges du livre ont pu égarer longtemps les critiques et les historiens sur la vie même de l'auteur, de laquelle on ne connaît que certaines parties, avec des traits ajoutés au tableau par rimaginati(:^n p0[)ulaire. Souvent le poète s'efface derrière les héros , fils de son génie, et l'éclat de leurs aventures fait pâlir sa proj^re histoire aux yeux de la postérité. On s'est plu quelquefois à représenter Fauteur de Pantagruel comme un railleur effronté et cynique; la tradition nous a transmis
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des légendes qui cûiiviennent mieux au caractère de Panurge qu'à celui de Rabelais et qui semblent ne justifier que trop les conjectures de Voltaire : car l'ivrognerie du grand écrivain fut sans doute purement platonique; sa plume seule fut licencieuse.
Comment un homme qui fut le premier savant de son siècle, qui, dans sa course intellectuelle à travers le monde, se lia avec les plus grands penseurs de son temps, Budé, Dolet, André Tiraqueau, Sébastien Gryphe, Ferdinand Juste, qui fut l'ami constant de grands seigneurs et de prélats et le protégé des rois, comment cet homme aurait-il eu les mœurs de Panurge? Certes, je pense que l'épicurien Rabelais pouvait parfois se montrer aussi franc rieur et buveur que franc travailleur, aussi ardent au plaisir qu'à l'étude, heureux avant tout de se sentir vivre et avide de mouvement sous quelque forme que ce fut; je me plais à le voir à table, chez les Du Bellay ou chez lévèque de Maillezais, amusant les convives de sa gaieté malicieuse et lançant quelqu'une de ces folies qui émaillent son livre ; mais cela à propos , sans que l'entraînement de
la conversation nuisît à la dignité du savant ou du prêtre, telle qu'on pouvait la comprendre alors.
Le voyez-vous, une autre fois, s'entretenant avec un de ses illustres amis, un Budé ou un Dolet, et agitant les grandes questions de 1 époque ; ou bien tel que nous le représente ce dernier en des vers spirituels S opérant une dissection dans le théâtre de Lyon , au milieu d'un auditoire ati!?ntif ? C'est alors qu'il nous apparaît dans toute la majesté de la science : il semble qu'on ait sous les yeux le futur chefd'œuvre de Rembrandt. la Leçon d'Anatomie.
Comment aurait-il amassé de tels trésors d'érudition sans une somme de labeur considérable? On peut donc crqdre , et nous croyons , qu'il n'avait gardé du ^couvent que la cellule scientifique. Cloîtré librement . même en son Thélème, et avec sa devise « Fais ce que voudras » , je m'imagine qu'il n'eût voulu que travailler sans cesse. Contre les orages du dehors il se réfugiait dans la science, cherchant, loin