‹ Figures parisiennesChapitre 3 sur 10 · PRÉFACE III · texte numérisé non relu

PRÉFACE III

On m'annonça, un matin M. Léon Tyssandier, ami de Jules Jamn. J'ai trop aimé Jules Janin pour ne pas être toujours sympathique à ses amis. Je croyais voir entrer un homme mûr, sinon un homme en cheveux hlancs : je vis apparaître un jeune bachelier, à peine échappé de Técole des lettres pour entrer à TÉcole de droit.

— L'ami de Jules Janin, monsieur?

— Oui, monsieur ; ami posthume, non seulement par mon admiration pour lui, mais parce que je dois beaucoup à Jules Janin. Il a créé par son testament une bourse au lycée d'Evreux, non loin du Gampo- Santo où il est enterré ; cette bourse m'est échue et me voilà tout fier de faire ma visite aux anciens amis de Jules Janin.

On causa. Je vis bien vite qu'il y avait

IV PHÉFACE

là, devant moi, un homme de lettres en herbe, sachant Fantiquitë, mais ayant soif de la vie parisienne. On déjeuna gaiment, tout au souvenir de Jules Janin. Léon Tyssandierne le connaissait que de loin, dans les vagues souvenirs de son enfance : il le connut bien à la fin du déjeuner; il Taima plus encore, et il me dit cette parole qui me toucha : « Je veux faire un livre, rien que pour le dédier à Jules Janin » .

Ah I Jules Janin I On n'a pas retrouvé ce grand esprit critique dans un flux d'enthousiasme. Gomme les roses remontantes, on avait beau couper ses bouquets, il y en avait toujours. Qui nous rendra le Jules Janin du lundi et le Jules Janin de tous les jours de la semaine ? Qui donc s'épanouira dans sa verve endiablée, toujours éveillée, toujours railleuse, toujours française ? Garaguel l'a bien fait regretter ' comme lundiste, J.-J. Weiss l'a rappelé en plus d'un point lumineux, Jules Lemaltre

PRÉFACE V

tient aujourd'hui sa place haut la plume ; mais autre temps, autre critique. Permettrait-ou. aujourd'hui à Jules Janin ces grands jours de haute fantaisie, ces bonnes fortunes d'expression, ces miracles de style dans la jonglerie japonaise ? Il faut être Jules Janin pour oser écrire comme Jules Janin.

Il y a un livre à faire sur cette ^figure charmante, sur ce bon enfant pétri de malice, sur cet ignorant qui savait tout, même la couleur du homard, « ce cardinal de la mer », même le voyage de Técrevisse, qui « marche à reculons ». Mais que de trouvailles radieuses qui ne sont pas à la portée de tout le monde, même des plus savants navigateurs dans les mers inconnues de l'esprit I

Aujourd'hui que la mode est au naturalisme, c'est-à-dire à la littérature qui n'est plus de la littérature, à la recherche de la petite béte dans l'art, à la photographie

VI PRÉFACE

inconsciente de toute surface, à la cation des vulgarités, c'est faire i vers la renommée sérieuse que de déc cette mode où Ton crie déjà : « Vie bits, vieux galons I » Il n'y a d'étem les lettres que le Grand et le Beau par là qu'on arrive au Vrai. L'ar pas l'imitation de la nature, il en c terprétation ; c'est ainsi qu'il faut ti le mot d'Aristote. Boileau n'a-t-il j lui-même :

Le vrai peut quelquefois n*ètre pas vraisez

Shakespeare n'eût pas mieux par] oserait dire que Lamartine, Hugo, I Balzac, Musset, les plus grands du sont des photographes, ces hommes nie soulevés par les nuages d'or de ou de la fantaisie? Les photographe raires seront tombés dans le plus n* bli quand ces radieuses figures éclai plus que jamais le ciel littéraire. Qi

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