‹ Figurines parisiennesChapitre 1 sur 14 · PREMIER COUP DE CRAYON · texte numérisé non relu

PREMIER COUP DE CRAYON

Il en est de Paris comme de TOcéan : les poètes et les peintres en feront le sujet étemel de leurs toiles et de leurs pages^ de leurs croûtes et de leurs chefs-d'œuvre.

Paiîs est un modèle qui pose pour tout le monde. Les uns le peignent en pied^ les autres en buste ; ceux-là en font une aca-

demie, ceux-ci une miniature ; il en est qui le monti*ent de face^ de profil^ de trois quarts; j'en ai rencontré qui se contentaient d'un œil ou d'un pied, de moins encore. .

On me demande d'être vrai. Je le serai ; — à cela près cependant que je ne réponds pas des distractions de mon modèle. Si mon modèle bâille ou fait la grimace^ s*il a les yeux ix>uges ce jour-là^ s'il ne se souvient plus aujourd'hui de la pose d'hier^ la faute n'eu sera jetée que sur lui. — Peutêtre adviendra-t-il^ par suite, que le Paris de tel chapitre sera tout opposé au Paris de tel autre. Pour cela, que l'on ne crie pas à la contradiction, ou pire encore, au paradoxe. D'ailleurs, Paris m*a tout Pair luimême d'un paradoxe effréné.

Ceux qui sont venus avant moi ont adopté pour la plupart des foimes convenues,

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un cadre précis. Les timides, les ingénieux, les amusants, et quelquefois aussi les philosophes, se sont déguisés. en Persans, ea TuDCs, en Tartares, en Mogols, en Ai-mér niens, en Japonais, en Chinois et en Gochinchinois. Dans ce cas, Paris s'appelait Ispahan, Bagdad, Constantinople. Le xviii*' siècle tout entier s'est longtemps amusé de cette mascarade; le sévère Montesquieu et le turbulent Diderot se sont tous les deux affublés du turban et de la robe bariolée aux longues manches pendantes : a Que Mahomet vous donne la prudence des lions et la force des serpents ! » ont-ils dit à M. Jour- • dain, le bourgeois de Paris. — Ensuite est arrivée la mode des spectateurs, des observateurs, des ermites. Quelques écrivains privilégiés ont rencontré des fées, des génies, des ombi*es illustres qui se sont fait un véritable plaisir de leur, servir de cicérone

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et de leur fournir la clef des charades de la rue et des logogriphes du salon. De plus humbles se sont contentés d'un petit vieillard ou d'une petite vieille^ centenaire pour l'habitude^ à Toeil vif^ à la voix cassée, au sourh'e malin, au nez barbouillé de tabac, portier ou marquise^ gentilhomme ou femme de chambre y un débris du siècle passée qui^ entre deux accès de toux^ crachait une épigrammé ou un portrait.

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