CE QU'ON ÉCRIT SUR LES MURS
On a, de tout temps^ écrit sur les murs.
La première inscription de ce genre commence au Manéy Tecely Phares, de phosphorjque mémoire.
Le peuple^ qui n'a pas de quoi payer un imprimeur, écrit siu* les murs sa malédiction ou sa vengeance : A bas quelqu'un ou quelque chose !
En sortant des Tuileries^ après la journée
d(i 10 août, il écrit sur les murs : Magasin de sire à frotter. Plus lard, il colle au front de tous les )nonuments les trois mots sacramentels : Liberté, égalité, fraternité,
Pasquin et Marforio écrivaient sur les murs leurs diatribes ardentes contre la Rome des papes et des courtisanes.
L^exemple fut suivi dèslors par beaucoup de poètes :
Tel aatrefois Faret
CbarbODnait de ses vere les murs d'un cabaret.
Voltaire écrivit les premiers chants de la Henriade sur les murs de la Bastille. Mais le gouverneur d'alors^ qui n'avait pas le goût des autographes, — surtout dans un tel format^ — fit étendre^ après le départ du poète, une couche de badigeon sur les quatre feuillets de son cachot.
Hoffmann barbouillait^ de ses croquis em-
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portés et de ses épigrainmes au fusin^ les tavernes de Berlin et de Di:èsde.
C'est un mot sur un mur : ÀMÀrKU qui a fourni à Victor Hugo son curieux roman
dans le genre de Walter-Scott : Notre-Dame de Paris.
Dans les casernes^ dans les tribunaux, dans les salles de spectacle, tout le monde ëcrit sur les murs. Voici la chanson d'un soldat, copiée sur les murs d'un corps de
garde .
L'autre soir, je m'attardai trop A tes côtés, belle Collette 1 En vain , pour arriver plus tôt , En te quittant j'ai pris le trot.
L'adjudant, qui toujours me guette, M'a mis la main sur le garrot.
Il voudrait te faire la cour.
Et je m'aperçois qu'il enrage De nous voir aller chaque jour Vider un litre à Bv-au-Scjour.
Il bisquera bien davantage Si tu me gardes ton amour.
li FIGURINES PABISIENNES.
L'écolier écrit sur les murs de la cour de récréation, et en autres lieux : — Vivetit les vacances ! et A bas les pions!
Il y a une vingtaine d^années, tout Paris était couvert du nom de Crédevilie ; on ne pouvait faire deux pas sans que ce nom ne vous jaillit aux yeux. Les crédevillistes étaient alors partagés en deux camps : ceux qui écrivaient Crédevilie tout court, et ceux qui écrivaient Crédevilie^ voleur. Mais ces derniers étaient des grossiers et des ignorants, qui ne possédaient pas la tradition Crédevilie (on l'a su plus tard) était un officier de l'armée de la Loire qui, après la péripétie du grand drame de 1815, se réfugia, avec le général Gilly, dans les Ce venues, oii, selon toutes les apparences, il aura trouvé la moi*t en combattant les royalistes. ' La personne qui traça pour la première fois le nom de Crédevilie sur les murs de
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Paris^ ce fut uae pauvre marchande de prunes^ une aliénée, dont le visage gardait cependant encore des traces de distinction.
Suivie et interrogée^ on sut qu'avant la ctiute de TEmpereur, elle avait été fiancée à Crédeville^ et que des revers de fortune^ joints à l'ignorance où elle était du sort de son amant^ avaient déterminé un ébranlement complet de toutes ses facultés. C'était le désir de retrouver Crédeville qui lui faisait écrire ce nom sur toutes les murailles. Lo théâtre du Palais-Royal représenta en 1832 un vaudeville intitulé : Crédeville.
L'époque de Crédeville est aussi celle de la poire et du nez de Bouginier.
On sait que la poire était la caricature de Louis-Philippe. Quant au nez de Bouginier, il est toujours resté pour moi un mythe inconnu.
Crédcville> la poirc et le nez de Bouginie
font reproduits sur la plus baute des pyramides d'Egypte.
Usont été remplacés en ces derniers temps par ^onino, crétin; lequel Bonino était^ ou est, je crois, un élève de Tatelier de M. Picot.
Aujourd'hui, — ce qu'on écrit sur les mui's, c'est : Durançon a le sac. Avoir le sac, c'est, comme on le devine, avoir de l'argent. Cette inscription se multiplie de jour en jour, et expose aux plus grands dangers }i\. Durançon.