‹ Figurines parisiennesChapitre 5 sur 14 · GOMMENT · texte numérisé non relu

GOMMENT

Sfr FONT LES VAUDEVILLES

11 y a un vauâevilliste nomme D***, qui est très-mélancolique et qui ne peut trouver les sujets de SCS vaudevilles qu'ensuivant les entendements. Entendement de ses amis ou de ses ennemis^ peu lui importe. 11 sort de chez lui, il prend des gants blancs, qui lui ont facilité déjà plusieurs situations; il revêt un habit noir instigateur de couplets, il se met à la queue du convoi et penche la tôle d'un air

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navré. A vrai dire^ il seitilt très-embarrassé de nommer le mort qu'il suit^ mais il ne s'en préoccupe que médiocrement; ce qu'il guette, c'est une idée nouvelle, c'est un dénoûment curiem, une exposition inusitée. Il a déjà fait de la sorte plusieurs pièces d*un fort comique et d'un entn^n délicieux. Lorsqu'il trouve un calembour sur le bord d'une fosse, il s'estime lliomme le plus heureux du monde. D^^est d'ailleurs un convive charmant, qui improvise de spirituelles chansons au dessert.

A la première représentation de son deà*uier vaudeville , il portait au coude gauche un crêpe, — qu'il avait oublié d'arracher.

ou L'ON CULTIVE LES ROSIÈRES

Nanten*e est un village coquet^ situé en- ^. tre Colombes et la forêt de Saîiit-Gennain. Les femmes y sont toutes habillées de robes de la couleur des tomates; on y vend des gâteaux beurrés et l'on y entend^ mêlé au son des cornemuses^ les pscht , pscht du chemin de fer. L'idylle est traversée par une locomotive.

Ceux de Nanterre, comme on s'exprimait

dans le viewx langage, couronnent une rosière tous les ans. Quand nous disons tous les ans, c'est tromperie. Il n'y a pas eu de couronnement en 1848, à cause dé la révolution; mais à présent les choses ont repris leur train ordinaire.

^— Bonjour^ monsieur le bailli et monsieur le tabellion ; Biaise^ va-t'en chercher ton tambourin et faisons danser un peu les jeunesses du pays. Une rosière ! la peste !

quel excellent gibier d'opéra- comique ! *

La rosière de Nanterre figure d'une façon plaisante au miJieu de notre époque.

Il y a comme cela deux ou trois coins de ten*e en France où Ton s'occupe de cultiver la vertu , de même qu'on s'occupe de cultiver les dahlias et d'élever les vci*s à soie. Tout est procédé aujourd'hui. Seulement le nombre des villages éleveurs s'amoindrit de jour en jour. Nantcrrc et

Salency font bonne contenance encore; mais leur vertu fait peine à voir, tant elle est laide et piteusement fagotée. C'est de la vertu quand même. Salency surtout, ce bosquet peint par Greuze, — n'est plus maintenant qu'un taudis bas Breton, un repaire de Maritomes. Ses habitants ont le rosiérisme passé dans le sang, et, pour n'avoir point voulu se mêler avec leurs voisins, leurs générations s'en vont petit à petit, crétinisées, bossuées et bancalisées par la vertu.

C'est la comtesse de Genlis, — la petite Georgette, comme on l'appelait, — qui s'est vantée d'avoir découvert les rosières de Salency : A J'avais dix-huit ans. Salency est à quatre lieues de la terre que j'habitais, et j'ignorais jusqu'au nom de ce village, devenu si fameux depuis. Nous jouions la

comédie; l'un de nos principaux acteurs

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nommé M. dé Matigny^ était en même temps magistrat de Chauny et bailli de Salency. Un jour que nous voulions le retenir à coucher, pour faire une répétition le lendemain, il nous dit qu'il était obligé d'aller dans un village voisin. — Et pourquoi? lui deraandai-je. — Oh ! répondit-il, pour cette bêtise qu'ils font là tous les ans. — Quelle bêtise? — Il faut que j'aille^ en qualité de juge, entendre pendant quarante- huit heures, tous les verbiages et tous les commérages imaginables. — Et sur quel sujet? — 11 s'agit d'adjuger^ non pas une maison, ou un pré, ou un héritage^ mais une rose.,.

Alors on ne donnait rien qu'une rose à de pauvres filles qui manquaient souvent de pain. « La curiosité de madame de Genlis eut cela de bon, que M. Lepelletier de Morfontaine, qui raccompagnait, fonda une rente perpétuelle de deux cents livres pour la ro-

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sièi^ de Salracy . — A Nanteire, la rente est de trois cents livres.

La rosière de cette année a pour nom madcmoisdyie P***; elle demeure à Fextrémité du village, dans la maison dite Maison des voleurs. Dëj& vous me demandez si elle est jolie. Mais comment peutron être jolie avec des gants de coton blanc, conmie la pauvre fille en portait? Cependant elle a la beauté du diable, si cette expression mal sonnante peut s'appliquer à une vierge. Ne faisons point trop fi de la beauté du diable, et n'allons point quérir un goupillon d'exorcisme ; bien heureux ceux qui la possèdent > En ces diaboliques temps que nous nous sommes faits, tout nous vient un peu du diable.

^ La cérémonie a eu lieu dans l'église de Nanterre, auprès du puits miraeukuœ de sainte Geneviève, Un groupe de petites filles

portail la couronne de roses, douillettement posée sur un coussinet de velours. Derrière le tambour, entre le maire et son adjoint, là rosière venait, les yeux bas, rougissante et modestement embarrassée de sa vertu. Elle était accompagnée de la rosière de la dernière année : cela faisait deux rosières. L'église était pleine jusqu'au clocher> où toutes les cloches mises en branle dansaient leur ^vacarme réjouissant.

Deux monstrueux sapeurs se tenaient^ oiTiés de leur hache affilée et brillante, de chaque côté de Taulel. Au premier aspect, nous n'avons pas bien compris ce rapprochement entre les sapeurs et les rosières.

11 y en avait un surtout qui ressemblait comme deux gouttes de sang à un tortionnaiî^ des gravures d'Albrecht Durer.

11 a donné le frisson à mademoiselle P*** quand elle a levé les yeux sur lui. A quel-

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que distance de ces hommes on remarquait les anciens du village^ avec des nœuds de rutians bleus à l'épaule et des houlettes pavoiséesde la même nuance. Puis la famille populeuse de la rosière^ pour laquelle des bancs dans le cbœur avaient été réservés. Ce tableau naïf et remuant^ au milieu duquel poudroyait im rayon de soleil fièrement transversal, donnait frais au coeur conune un bon réveil.

Le soir, la rosière a paru un instant au bal Morel, sur la pelouse, — à quinze pas des blés de Nanterre, où se mélangent si joyeusement pendant deux lieues de chemin le rouge des coquelicots, le bleu des bleuQts et le jaune des navettes.

On trouve aussi des rosières au pays do Montesquieu, au château de la Brède, -^ un joli château, trempant ses pieds dans Peau comme la sarcelle. — Mais le meil-

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leur pays de production, c'est sans contredit le département de Lot-et-Garonne.

Ail mois de janvier 1846^ je me suis trouvé à Tapothéose des vestales de Toumon, avec Jasmin^ le barbier-poête. Ce jour-là, vingt et une couronnes ont été distribuées par la commission syndicsde. Vingt et une rosières d'un seul coup de filet!— Qu'on vienne paiier de Nanten'e après cela. — 11 est vrai que ces jeunes filles laissaient beaucoup à désirer sous le rapport des grâces^ et que la quantité suppléait largement à la qualité. A peine en ai-je remarqué une, une seule, presque enfant, un peu mignonne, tout étonnée, — rosière avec des yeux de Rosine, — et sur le visage de laquelle, comme disait Jasmin en patois, roses et lis étaient eserapoiUis.

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