‹ Figurines parisiennesChapitre 4 sur 14 · FL PLEUT, IL PLEUT · texte numérisé non relu

FL PLEUT, IL PLEUT

S'il y a un chapitre à écrire, c'est principalement sur la fange proverbiale des trottoirs parisiens. Après l'eau, Tair 6t le feu, la boue peut être classée, du moins sur cette partie du globe essentiellement crottée , comme un nouvel élément et prendre place en cette qualité dans les manuels de physique. Comment la boue se produit d'un instant à rauh*o, c'est un phénomène^ une

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énigme. Dhc minutes d'une pluie volante suffisent ponr changer en cloaque le quartier tout à l'heure le plus net et le mieux entretenu. — Mais peu importe au bourgeois de Paris ! au contraire ; le tiourgeois va à la pluie comme le fer à Taimant y le papillon à la chandelle. C'est sa glu^ à lui. C'est juste au moment où le ciel se rembru* nit^ qu'il songe à Taffaire importante qui rappelle à Faulre quartier de la ville; et po'mt ne remettrait si belle partie au lendemain» Néanmoins, comme le bourgeois de Paris est un homme prudent et de précautions, il se munit du parapluie, ce roi des meubles; et le voilà qui se met en mute, après avoir déclaré que cette pluie ne serait rien. — Remarquez bien qu'il est persuadé du contraire; sans cela il ne serait point sorti. — Mais quelle jouissance pour lui et quelle noble conquête de choisir le pavé le

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plus propre au milieu de ces pavés engloutis par Taverse ; de disputer aux plus opiniâtres le trottoir dû côté des maisons; de hausser et de baisser alternativement soa parapluie selon la taille des passants^ tout en risquant de raccrocher dans les enseignes ou d'ëborgnerceux qui sortent des magasins! Il ferait dix lieues de la sorte^ sans s'apercevoir qu'il est trempé jusqu'aux os.

De temps en temps, et pour l'acquit de sa conscience^ il hèle un omnibus qui Téclabousse, mais il a bien le soin de ne s'adresser jamais qu'au plus complet. S'il a l'occasion de passer sur la place du Carrousel, il la saisit avec empressement, dût-il même être forcé de faire un détour pour cela. Il peste contre le vent, il maudit les gouttières et les ruisseaux, mais ce n'est pour lui qu'un thème purement de convention. Examinez plutôt l'aimaUe expression de sa figni*e.

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lorsque la violence de la pluie le force à se réfugier sous une porte cochère. — Ah !

messieurs, quel abominable temps! s'ëcriet-il en saluant avec urbanité. — Vient-U à monter chez un de ses amis^ la scène prend alors un aspect plus héroïque; c'est avec une orgueilleuse satisfaction et un sourire de conquérant qu'il s'entend adresser des reproches sur son imprudence : — Comment avez-YOUS pu vous décider à sortir par une pluie semblable? C'est de l'entêtement, de la folie! vous en ferez une maladie, bien certainement; voyez un peu coiçme Teau ruiMelle de votre redingote! — C'est vrai^ répond-il, et de mon chapeau aussi.

— Ainsi fait le Parisien^ cet homme souverainement heureux^ qui prend le temps comme Dieu le lui envoie^ et qui ne se plaint autrement que pour la forme ; être à demi aquatique qui passe à travers les

plus grandes tempêtes^ sans en presque rien sentir. — Pour un Parisien qui attrapera un i'faume de cerveau à s'être mouillé les pieds une demi-journée, trente Provinciaux gagneront une fluxion de poitrine.

Mais le Parisien est- une plante qui a souvent besoin d'être arrosée par Teau du ciel.

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