‹ Figurines parisiennesChapitre 8 sur 14 · LES COMÉDIENS APRÈS LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

LES COMÉDIENS APRÈS LA COMÉDIE

' Nous voulons parler des comédiens retirés du théâtre. Plaignons-les de tout notre cœur. En dehors de larampe^ ils ne traînent plus qu'une existence stérile et ennuyée; ils ne savent que faire, ils respirent mal^ on dirait qu'une machine pneumatique les oppresse. Nous avons vu EUeviou, marié richement^ rôder autour de rOpéra-Comiijf!^*^ avec des soupirs de tristesse et d'envfe; le

moindre figurant à cinquante francs par mois lui semblait plus heureux qu'un empereur.

Nous avons vu Saint-Prix, dans sa maison de campagne des bords de la Seine^ guetter des villageois pour leur réciter des tirades entières de Mithridate, D'autres, devenus rentiers ou maires de commune, reviennent (le temps en temps se glisser dans les cafés obscurs^ où ils serrent la main à leurs vieilles connaissances , la basse-taille de Montauban^ le trial de Nantes et cette éternelle famille dont les membres s'appelaient hier encore Florimon, Saint-Ange^ Valsain, Belval^ Mélincour, Doliban et Rosambeau. — De plus honteux et de plus tristes s'enferment dans leur cabinet ; ils tirent d'un coffre à secret le costume des jours anciens ; ils s'habillent comme pour la représentation ; mais qu'ils ont maigri,

justes Dieux ! la culotte de peau des Deux Edmond giimace laidement sur les cuisses; rhabit trop large pend^. flétri, sur les épaules. — Us marchent et se pavanent devant leur miroir; à voix basse ils fredonnent un couplet sur le timbre : Du moineau qui te fait envie; ils font de gi*ands pas^ ils tuent^ ils pardonnent^ ils maudissent^ ils donnent et reçoivent des coups de pied^ ils parlent à la cantonnade^ ils rient aux éclats, etpuis^ s'apercevant soudain de leurs cheveux blancs, de leurs rides sur lesquelles le fard ne prend plus^ de leur maigreur sarmenteuse^ de leurs mains qui tremblent et de leur bouche édentée^ les voilà qui ouvrent de grands yeux^ qui s'arrêtent^ et qui se laissent tomber sur le vieux coffre, — en

pleurant

C'est qu'ils se rappellent ces nuits illuminées dont ils étaient les héros ; les doux re*

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gards des avant-scènes reviennent leur percer ie cœur ; Us voient le souffleur dans son trou, inquiet, attentif :

— A propos, se demandent-ils, qu'est devenu ce pauvra Edouard ?

C'est le nom du souffleur; ils s'attendrissent sur le souffleur et sur le concierge, et sur le chef d'accessoires, et sur le machiniste, bien qu'un jour fl ait laisse tomber un arbre sur leur dos, puis un autre Jour une maison tout entière. Mais bah 1 c'étaient bagateUes, et comme ils seraient heureux maintenant si le môme machiniste voulait bien avoir la complaisance de les écraser sous toute une ville!

Rien ne peut leur randre le théâtre ni leur en tenir lieu, à ces âmes en peine ; le théâtre, cet enfer qu'on aime ! Rien ne vaut pour eux cette suprême jouissance de venir placer son œil au trou du rideau et d'enten-

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di'e les accords grinçants de f orchesti'e. — N'oubliez pas de me donner nia lettre à la quatrième scène^ lorsque je me trouve avec le vieux général. — Ai-je mon billet de logement ? dit Âlmaviva, au moment de faire son entrée; et ii-setàte. -^Oh ! les beaux et furieux battements de mains 1 Et, par-ci parlà les jolis rires d'enfants ! — Tenez ( c'est toujours le comédien retiré du théâtre qui parle)^ il y a surtout en haut, dans un coin des quatrièmes^ une jeune Ûlle du peuple^ mai vêtue> qui ne manque pas de venir un seul dimanche et qui écoute de toute son &me» les yeux fixes et brûlants^ les mains crispées sur le rebord du païadis. Je la reconnais bien. Je ne le dis à personne> mais> voyez-vous> cette enfant^ c*est mon talent,, c'est mon ouvrage, c'est mon amoui*. — A la place où elle se mettait, j'ai coupé pieu* sèment un morceau de vieux velours de la banquette.

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