‹ Filles de la pluie (scenes de la vie ouessantine)Chapitre 10 sur 23 · RETOUR AD PASSE · texte numérisé non relu

RETOUR AD PASSE

avaient passé le reste de leur temps en méditations et en causeries graves, interrompues par Tégrèuement des rosaires.

Toutes, elles avaient suivi lu retraite, même Salomé Thorinn, même Jeanne Poulbrac et Rose Iliou, même celles qui, notoirement, depuis des années, avaient délaissé la Sainte Table. Et celles (jui étaient mariées y avaient entraîné leur maii, les maîtresses y avaienlconduitleursamanls. Quelques-unes, plus logiques, avaient rompu avec une union illégitime. Et l'on put dire que ces temps furent vraiment une calamité pour les hommes.

Et maintenauLque toutétaitli ni, elles demeuraient encore dans ane sorte de torpeur seraphique, parlant bas, excluant les pensées légères, les yeux rivés au ciel et songeant à la mort. Elles étaient inlassables, dans les veillées qui reprirent édifiantes et bénies de Dieu comme aux temps disparus, à répéter les histoires étranges et fabuleuses qu'on leur avait servies, où un signe de croix chassait les fantômesnocturnes, aussi bien qu'un voluptueuxdésir d'amour. Un propos libre lesscandalisait.Et quand l'oubli commençade ternir cette blancheur liliaie, les plus sanguines cachèrent dans le mensonge leurs premières fautes, comme, en

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se livrant à l'homme, elles cachèrent leur visage entre leurs deux mains.

Barba fut, plus que toute autre, touchée par la grâce. Herment était absent: elle n'avait pas l'occasion de faillir. Herment était parti, appelé par des aiîaires sur le continent, à la veille de cet événement local, et elle en était intimement satisfaite, par scrupule religieux et par horreur delà lutte, car elle haïssait naturellement tout conflit entre ses appétits et sa foi. Et l'absence d'Herment devait être si courte qu'elle n'avait pas songé, seulement pour une nuit, à lui trouver un remplaçant.

Et quand Herment revint, il se trouva quelqu'un pour lui dire, un peu narquois :

— Vous tombez mal : toute l'ile est convertie. Ainsi donc, plus d'amour. Mais, sans cœur, si vous aviez vu votre touchante idole défiler contrite aux processions, tenant un cierge en main et chantant des cantiques, un ruban bleu flottant sur la poitrine, vous auriez été ramené au bien, vous aussi — et vous ne déploreriez pas tant de vertu qui s'abat inopinément sur l'île.

Herment sourit. Il se doutait. Des matelots de V Audacieux lui en avaient touché deuxmots à Brest.

— Eh bien! fit-il, j'assurerai mes quartiers ail-

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