‹ Filles, lorettes et courtisanesChapitre 5 sur 8 · FAMILIERES · texte numérisé non relu

FAMILIERES

ABROTONE, — HERPILLIS, — CNATÈNE, — PHRYNÉ.

Les plus célèbres parmi ceUes-ci furent Abrotone, Eerpillis, Gnatèue et Phr^^lé.

Abrotone était née en Thrace; tout ce qu'on sait

d'elle, c'est qu'elle fut la mère de Tliémistocle: son fils l'illustra.

Aussi, soit reconnaissance, soit inclination, Thémistocle faisait-il sa société des courtisanes les plus célèbres de l'époque. Un jour, il parut sur un char au milieu de quatre courtisanes: Scyone, Lamia, Satira et Nannion ; les trois premières appartenaient à la classe des familières, la quatrième, qu'on nommait VAvant-Scène, attendu que les beautés visibles étaient chez elle \m prospectus fort trompeur des beautés cachées, était joueuse de flûte.

Herpillis fut, comme nous l'ayons dit, la maîtresse d'Aristote : il en eut un fils nommé Nicomaqne, et le testament du précepteur d'Alexandre, rapporté par Diogèno Laërte, prouve le cas que le philosophe faisait de la courtisane, à laquelle il laissait un talent d'argent, trois esclaves, et la facilité d'habiter, si elle voulait demeurer à Gallis, le logement qui était contigu au jardin ; et, si elle préférait Stagira, la maison même qu'ivaiont habitée ses pères. En outre, les exécuteurs testamentaires étaient chargés de faire L."îeubler celui des deux endroits qu'elle préférerait, et, si elle se mariait, par hasard, de veiller à ce qu'elle n'épousât

pas un homme au dessous de la condition du testateur, ce qui rendait l'établissement d'Herpillis assez difficile ; aussi Herpillis, en apparence du moins, resta-t-elle fidèle à Aristote.

Gnatène, dont on ignore la naissance et la mort, mais dont il reste quelc[ues mots spirituels, est la Sophie Arnoult de son époque.

C'était elle qui avait placé dans son antichamhre ce code d'amour dont nous avons parlé.

Elle soupait chez Dexithée, son amie; on apporta sur la table un très-beau poisson dont Dexithée fit aussitôt emporter la meilleure partie.

— Que fais-tu donc ? dit Gnatène.

— Je fais porter ce poisson chez ma mère, répondit Dexithée.

— Alors, dit Gnatène, allons souper chez ta mère. Une autre fois, c'était à elle de traiter à son tour ;

lo poëte Dypile était un de ses convives, il savourait une coupe d'eau glacée.

— Par quel procédé, dit-il, as-tu donc un puits qui donne de l'eau si merveilleusement froide ?

— J'y jette les prologues de tes pièces, répondit Gnatène.

Le mot était plus brutal que spirituel ; mais, grâce à lui, nous savons au moins qu'il y avait un auteur dramatique nommé Dypile.

Phryné, la coiu-tisane pâle, était de Thespie ; comme Lamia, eUe ruina une partie des amants qui la possédèrent; aussi, outre ses deux noms de Mnésarète et de Phryné, les uns l'appelaient-ils encore la Cribleuse et les autres Carybde.

Piiryné amassa d'immenses trésors. Alexandre venait de détruire Thèbes ; Phryné proposa de la rebâtir à ses frais, pourvu qu'une pierre des murailles portât cette inscription :

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