BRISSON
recueillir... Mais ou n'a pas fait veuir le citoyen Brissou pour rêver !
Pitoyable, sachaut le prix de la gloire politique, il se laisse traîner jusqu'au bureau — fait de tables de café réunies — et se laisse donner la parole — lui qui la donne tant aux autres — par un gros homme apoplectique, qui ressemble à une urne, symboliquement- Monsieur Brisson dit ce que vous savez : citoyens... république... principes de 89... droits de l'homme... cléricalisme...
Déjà on l'applaudit et on l'apostrophe, déjà on le glorifie et on essaye de l'insulter. Il se défend, on ne l'entend plus.
Des gens crient pour lui, le vacarme s'affirme. Comme de grosses vagues, l'exaltation et la fureur entourent les hommes. Des bras s'agitent, s'élèvent, dépassent le niveau de la masse confuse et noire ; on dirait, sur la mer, des gestes de noyés. On se bouscule, on s'invective, on cherche à se convaincre, inutilement. Les uns sont montés sur des chaises, les autres sur des tables. Monsieur Brisson semble perdu dans une vallée ; il étouffe, il se confond... Là-bas, au Palais-Bourbon, il a sa sonnette,
ses huissiers, sa garde d'honneur, presque son régiment. On se range respectueusement sur son passage, on met l'épée au clair devant lui.
Mais ici, pas de protocole. On gueule, on se collette librement.
Le comité s'émeut, délibère. Il faut que le candidat remonte de la vallée, qu'on l'entende, qu'on le voit, qu'il soit élu. Et bon gré, mal gré, pour qu'il soit plus haut, le plus haut de tous, des bras vigoureux l'empoignent, le hissent sur le billard.
Et sur le tapis vert, maigre dans sa redingote, Monsieur Brisson, s'agite, en soufflant.
Il a l'air issu d'un carambolage.