‹ FilmsChapitre 19 sur 48 · VALENTINE DE SAINT-POINT · texte numérisé non relu

VALENTINE DE SAINT-POINT

Elle avait une robe verte, verte comme du printemps. Une clef d'or piquait l'étofle à la hauteur de la poitrine. J'ouvris le cœur du sphinx.

Un grand flot de sang s'échappa d'abord, qui me tâcha les mains et je me mis à trembler.

— Quoi, pour si peu ! s'écria l'héroïne.

Et elle exaltait mon courage en me récitant des vers :

Ah ! Voici l'aube ! Enfin mon heure, mon instant ! Je m'éveille et je vis, j'épie en exultant. L'aube épanouira dans le ciel sa lumière, Rappellera l'effort, l'action coutumière, Etendra son éclat, versera sa chaleur.

Devenant jour brillant d'amour et de couleur, Et mûrissant les fruits. Puis dans l'or qui recule

L'aube qui fut le jour, mourra du crépuscule,

Toutes ayant éclot ses possibilités.

Je suis l'aube immobile et sans fécondités...

Comme mes yeux ne pouvaient contenir tout le spectacle d'un cœur, la dame à la robe verte m'offrit un poignard :

— Elargissez, taillez dans la chair! vous verrez mieux !

J'avais l'air de commettre un crime, mais la voix clamait impérieuse et dominatrice :

— Volupté ! Volupté !

Et je courrai plus avant.

Je distinguai dans le coffret humain, que ma curiosité ensanglantait, une petite tête de mort, au front très large.

Valentine de Saint-Point m'informa :

— C'est la tête de mon aïeul, c'est la tête de Lamartine !

Je crus que Les Méditations allaient surgir.

— Non, me dit-elle, Les Méditations n'ont plus de murmure; j'ai étouffé de mes chants sauvages et cruels l'harmonie romantique de ma famille.

Trois inscriptions surgirent à l'horizon, du cœur : Orgueil, Liberté, Amour !

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