‹ FilmsChapitre 24 sur 48 · JOACHIM GASQUET · texte numérisé non relu

JOACHIM GASQUET

Je t'ai dit : je ne t'aime pas mais je t'admire. Tu me rappelais Hugo qui, sans mesure, me fait un peu peur. J'ai eu toujours une certaine pudeur dans mon exaltation et ma joie m'a souvent fait pleurer.

Allais-tu dévergonder mon cœur ?

Je t'opposais les raisons impérieuses de ma sensibilité et mes poètes qui n'étaient pas les tiens.

Tune m'injuriais pas, mais c'est tout comme.

Etais-tu le plus fort en ta force ? ou étais-je le vainqueur dans la tendresse de mes affections ?

Au fait, j'avais besoin de te comprendre hors de tes livres, pour voir comment tu te comportais sans eux ?

Eappelle-toi cette nuit où nous n'étions que des hommes! L'auto s'était arrêtée dans la cam-

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pagne, tous les champs étaient endormis et il y avait des étoiles dans le ciel !

Le silence était plus à moi qu'à toi, je te jure, parce que le silence doit être vainqueur et que tu ne veux pas être vaincu.

Ta conquête fut au soleil levant.

Tu étais avec le réveil du paysage, avec les coqs qui chantaient, avec l'horizon découvert , avec les montagnes barbares, avec la vitesse qui nous étreignait.

Tes cheveux flottaient librement comme une crinière et tu semblais boire l'atmosphère vivante et fraîche du pays. J'entends tes exclamations, la naissance de tes poèmes.

C'est vrai qu'ils étaient bien à toi !

Je ne me comparais plus. Je me sentais tout petit dans le fond de la voiture, entre les coussins. Je m'étais mis prosaïquement une valise sur le cœur parce qu'il fallait bien que je me défende contre tant d'air et contre tant de beauté î

Mais oui contre tant de beauté !

Tu vois, j'ai le courage de ma timidité et de mes faiblesses.

Tandis que j'entourais de prévenance mon désir de possession, tu te ruais, ardent, sur le beau corps du matin.

Il est des magnificences que je prends d'abord du bout de Pâme par crainte de les voir me repousser si j'avais avec elles trop d'audace.

Toi, tu ne t'embarrassais point de tous ces scrupules et je t'enviais d'être glorieux même avant la gloire.

Comme le soleil récompensait ta fougue! La nature avait l'air d'une amante, heureuse d'être attendue et violée par ton jeune amour.

Allais-je devenir jaloux, soudainement, de ton énergie dominatrice ?

A te contempler, il me serait né des sommets dans le cœur.

Je me débattais entre les éléments contraires de ma race. Il me semblait que j'allais être perdu en me convertissant.

Je cherchais de l'attendrissement, de la misère pour laisser s'évadermon esprit. Mais il n'y avait que de la grandeur, autour de nous, qui te donnait raison.

Alors je fermai les yeux, je pensai à d'anciennes peines, à toutes les petites morts de ma vie, pour avoir l'excuse de te dire que j'étais en deuil lorsque tu vins me prendre et me faire danser de nouveau avec toi.

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