‹ FilmsChapitre 32 sur 48 · DUJARDIN-BEAUMETZ · texte numérisé non relu

DUJARDIN-BEAUMETZ

lourd ! Il est proéminent. Que diable l'a-t-onmis à perpétuité dans un sous-secrétariat duquel dépend la gloire d'un musée et la renommée d'un théâtre !

Il y a un homme qui s'appelle Pams et qui est à l'agriculture. Monsieur Pams ne pourraitil céder la moitié de son fauteuil à M. Dujardin-Baumetz ?

Vous me dîtes que le derrière de celui-ci n'entre pas dans une demi-mesure.

Et je vous réponds :

Donnez alors à M. Duj ardin -Baume tz un autre cabinet.

MAXGUIX

Dans le golfe de Port-Issol, qui tient à Sanary, nous trouvâmes Manguin.il rentrait delà pêche et du bain, ayant pris ainsi directement corps avec la nature qui enchante ses pinceaux.

Le soleil s'appesantisait sur le sentier caillouteux que nous parcourions entre la mer et les pins. C'était une de ces belles journées de fin septembre où la vie semble compter davantage.

Au bout de la montée, la petite maison blanche, de style mauresque, ne paraissait pas trop ridicule dans son modernisme, car la lumière était sur elle et Mangnin, qui a de l'arabe sur le visage, y entrait.

Le papier rose de la salle à manger sentait la pleine joie ; les chambres, servant d'atelier, por-

MANGUIN 93

taient sur leurs murs, jusqu'au dessus des lits, les toiles vives du peintre.

Je songeais, dans cet isolement doré, à toute la fausse idée que l'on s'est faite des novateurs. Il m'était cher de constater, une nouvelle fois, combien la hardiesse et la personnalité ne sont tributaires d'un souci d'extravagance et de mode ! Ce n'était point pour étonner que Manguin avait découvert ce coin de Provence où il travaillait et où il aurait désiré vivre !

Plus que sa peinture même qui porte, à mon sens, trop de netteté pour tant de lumière, la vie de Manguin, me donnait l'exemple de la santé morale. Où était l'exagération voulue, la littérature, dans l'œuvre de cet homme simple et heureux, prenant sa femme et ses enfants i)our modèle ?

Eien ne trahissait la fausse apparence ; la maison était pure comme le ciel.

Keligieusement, Manguin parlait de Rubens et de Poussin ses maîtres. Il témoignait de la conscience de son art par des phrases de détail comme celle-ci :

— Celui qui ne met pas d'ordre sur sa palette, ne met pas d'ordre dans ses idées.

O discours conservateurs et? officiels ! gens décorés de la peinture I critiques de la photographie ! apôtres de toutes les vaselines ! combien vous comptiez peu dans ce paysage de Sanary !

CÉCILE SOKEL

Voyons, je vous en prie, vous n'allez pas recommencera faire du théâtre? Je vous dis cela en ami ; je ne suis pas un concurrent ! Qu'est-ce que cela peut vous faire d'abandonner les planches 1 Vous êtes jolie, jolie ! mais vous n'avez pas grand talent. Je vous assure que l'on vous trouvera aussi belle dans une allée du Bois que dans une scène du Demi-Monde ! Votre intérêt moral est en jeu. On ne doit pas laisser se gaspiller une femme charmante.

Est-ce un besoin de dépense physique ? Allez au Maroc avec les dames de la Croix-Rouge ! Trop loin ? Eentrez comme dactylographe chez Underwood ! Pas assez distingué ? Faites des livres comme Madame Mesureur ! La vie est pleine d'occupations...

Ah ! vous êtes têtue ! Mais puisque je vous dis que c'est dans votre intérêt et qu'il y a déjà Sarah et Réjane ! Oui, je sais bien, on peut se faire une place de second plan ! Si vous vous en contentez ! Moi, je suis plus fier que cela pour vous. Allons, allons, soyez raisonnable, écoutezmoi... Vous avez peur de faire de la peine à Monsieur Claretie ? Il sait pardonner ; Le Bargy lui en fait prendre l'habitude.

Comme vous serez délicieuse dans votre maison, avec vos fleurs ! Tous serez heureuse et reposée et votre nom ne sera pas sur les affiches ! Vous serez toute à vous. C'est quelque chose cela ! Le sacrifice ne s'impose que dans l'urgence. Vous êtes utile à la mode et non à l'art dramatique. Quittez la Comédie Française, Molière s'incline déjà devant Monsieur Paquin.

Décidez-vous... La saison commence à peine. Vous avez le temps de gagner un hiver... Vous ne voulez pas m'écouter ? On annonçait votre mariage avec un lord ; voici une bonne occasion de fuir.

Ah ! si je vous embête...

PAUL BOUKGET

J'aime beaucoup M. Paul Bourget parcequ'il a été très bon pour Laforgue. Quand on a été bon pour Laforgue on peut bien pardonner même à un romancier illustre, sa faiblesse pour le chic anglais et la psychologie mondaine.

Mirbeau nous assure que M. Bourget n'étudie les cas de conscience qu'à partir de cent mille francs. Laforgue n'était pas si riche, qu'il secourut !

Je suis redevable de tant d'afiection à cette aumône. Maintenant, que M. Paul Bourget se trompe sur les ouvriers, sur la société, sur la loi catholique ou sur l'armoriai c'est fort évident !

Cet écrivain distingué expie au demeu-

rant, sa manie luxueuse ; il ne verra pas l'Empire et sa noblesse ne pourra provenir que de la papauté.

Je ne le plains pas de ce fait car il a des compensations du même ordre que ses pénitences ; les dames du Faubourg le consultent et ses ouvrages sont tirés à des centaines de mille. Ceux qui se vendent le moins sont ceux qui valent le plus. Il est des études de M. Bourget considérables et immortelles ; ce ne sont pas celles qui lui donnent la célébrité ; les chefsd'œuvre ne se commettent pas avec tout le monde.

La passion et l'argent entourent donc l'homme officiel qui élève des chevaux et qui dissèque des états d'âme. Cet homme-là vous ferait devenir anarchiste.

Mais quoi ! M. Bourget a été très bon pour Laforgue. Avez-vous été très bon pour Laforgue I

EAOHILDE

Eacbilde pourrait fort bien servir d'exemple moral à la formule picturale des « cubistes » . Eacbilde est une femme carrée. L'ondulation, les reflets, les ombres ne tiennent pas assez de place dans sa vie pour qu'elle ne se puisse définir géométriquement. Elle est toute en lignes droites. Ses livres sont nets et sa critique affirmative. Elle ne se trompe pas et quand elle se trompe on n'a point le pressentiment de l'indécision. Un, deux, trois, quatre. Elle est d'un seul coup ; elle ne met ni demi, ni quart dans ses habitudes. Elle dit « c'est bon » ou

Unive;

« c'est mauvais », «je vous aime » ou « je vous déteste » . C'est uu général. Quand elle rit tout le monde l'entend, quand elle pleure tout le monde sait qu'elle sanglotte. Elle n'est point de celles qui se mettent un mouchoir sur la bouche et un éventail sur le cœur. Elle éternue directement comme elle jette d'un seul coup son chapeau sur sa tête. Elle n'a ni chaud, ni froid ; elle a froid ou elle a chaud.

Il fut un temps où Rachilde nous donnait cent livres à la fois ; maintenant elle ne nous donne plus rien. C'est sa manière. Elle doit couper au massicot les livres qu'elle reçoit ; si la machine oublie de séparer des pages elle saute sûrement des chapitres. Ce n'est pas pour aller plus vite, c'est pour aller plus sûrement. Quoi! un auteur c'est un homme comme les autres ! On veut ou on ne veut pas être lu ; le massicot c'est la toise commune. Qu'est-ce que c'est que ces livres sur lesquels il faut revenir avec un coupe papier ?

On raconte que Camille Mauclair, la jugeant amère, lui envoya de la Riviera, une caisse de citrons. Camille Mauclair avait mal choisi. A faire du symbole de ressentiment, il aurait dû lui adresser une guillotine.

RACH1LDE 101

Le paradoxe est parfois divertissant. Je m'amuse, comme un fou, à imaginer Madame Valette en bourreau. Elle serait bien capable d'embrasser avec effusion toutes les têtes qu'elle aurait fait tomber.

MASCURAUD

Allons enfants de la patri...i...e Le jour de gloire est... arrivé.

— C'est Monsieur Mascuraud qui passe.

Contre nous de la tyranni...e L'étendard sanglant est levé

— Oui, oui, Monsieur Mascuraud ; celui du Comité.

L}étenda...ard sanglant est levé.

— Vous le trouvez gros ? On ne peut pas vous flanquer une allumette pour représenter le commerce et l'industriel

MASCURAUD 103

Entendez-vous dans nos campagnes Rugir ces féroces soldats...

— Mais oui il représente le commerce et l'industrie. II est le bureau, l'usine, l'employé, l'ouvrier, le courtier, le voyageur, l'embarquement, le débarquement, les droits d'octroi, la marque de fabrique, la bourse, la banque, le protectionnisme, le libre-échange...

Ils viennent jusque dans nos bras Egorger nos fils et nos compagnes.

— Vous confondez ! Les mamelles de la France c'est : labourage et pâturage. Monsieur Mascuraud c'est le commerce et l'industrie.

Aux armes citoyens...

— Il a des attaches politiques sérieuses. C'est le radical-socialiste des tournées alimentaires. Les pâtes Ei voire et Oarret devraient lui mettre une affiche sur le ventre. Sa contenance lui permet même d'absorber les produits qu'il offre.

Formez vos bataillons !

— Il n'y a que les curés qu'il ne digère pas.

Marchons. . .

— Ce que sa fonction lui rapporte ? On ne sait pas... il y a les frais de route.

Marchons...

— De temps en temps nous avons besoin, en France, d'un homme qui ne reste pas chez soi et se mêle de ce qui regarde les autres. En en ayant Pair Monsieur Mascuraud prend la place du Ministre du Commerce.

Et qu'un sang pur...

— Moi, je ne suis ni commerçant, ni industriel, alors cela m'amuse de songer à ce Colbert ambulant, à ce Colbert seconde manière. S'il ne fait de mal à personne, il se fait sûrement du bien à lui. Regardez-moi ces couleurs !

Abreu....ve nos sillons.

— Vive la République !

DOEA

— Dora, Dora !

Dora regarde, Dora gambade, Dora vient manger le sucre qu'offre la main gantée de la duchesse de Choiseul.

Un peu de la gloire de son maître rejaillit sur elle. On la flatte, on la caresse, on l'admire.

— Dora, Dora !

Eodin a une belle bête.

— Dora, Dora !

La voici ; elle est fière ; elle sait à qui elle appartient. Elle fit bien ses études de chien policier en Allemagne ! mais elle paraît avoir oublié ses années d'instruction germanique. Elle a effacé, en se traînant sur les tapis, la trace

IOÔ FILMS

bourrue et rogue de sa première destination. Elle est comme un jeune homme qui a fait du sport et qui cache, sous la grâce d'une tenue de salon, la force de son entraînement. Dora qui devait arrêter les voleurs passe sa vie à recevoir des personnes honnêtes.

— Dora, Dora !

Elle a une tête de loup, ses oreilles sont deux flammes, ses yeux sont verts, ses dents en fleur de lys. Quand elle est à l'arrêt ses jambes de devant se raidissent, celles d'arrière se cambrent en fuyant. Elle est comme un bas-relief égyptien ; Kodin l'appelle l'Aimée.

A se frotter à des chefs-d'œuvre, elle semble avoir pris le goût de modèle. Pourquoi pas ? Devant L'Homme qui marche elle peut aspirer à devenir La Chienne qui court. Les bêtes ont leur amour-propre et peut-être le sens de Ti m mortalité.

Dora en marbre de Kodin ne périrait pas. Et elle tourne autour du sculpteur, elle fait la belle, elle attend son tour.

— Dora, Dora !

Sous les arbres du jardin de Meudon, Dora devant une Vénus, un Eros ou une amphore apprend déjà la pose de sa destinée.

HEKRI BEBNSTEIN

L'art de M. Bernstein ne dérive point d'un sentiment d'intellectualité, mais de la connaissance directe de la vie extérieure. On ne lui a point raconté ce qu'il a écrit; il l'a ressenti ou il Fa vécu.Yiolent, téméraire, impérieux, il n'avait qu'à se dédoubler pour nous présenter des Don Juan brutaux, des joueurs malheureux, des dominateurs en plein ou des sacrifiés totalement.

M. Bernstein qui s'est bien rendu compte que l'on n'a point le temps de discuter dans les situations urgentes de Tamour et de l'argent, a mis à jour devant le public, les causes et le langage dépouillé de ces situations.

L'avalanche d'exactitude qu'il nous donne, c'est le moment quotidien de la vie à coups de marteaux.

Il se soucie fort peu de l'état de santé de ses auditeurs ; il jette, par la fenêtre, d'un seul coup, toutes les dames romantiques, s'évitant ainsi de les entendre gémir.

Il n'est pas en chair, il est en os ; il va vite, il n'a pas le temps de s'accorder une minute de raisonnement ; il est constamment dans l'attitude d'un boxeur. Le danger est son perpétuel compagnon ; il le provoque pour la passion effrénée d'avoir chaque matin un programme de corps à corps à se servir.

Ainsi il joue sa fortune en un soir, il déserte en une nuit, il monte une pièce en huit jours. Il a un fil de fer dans le cerveau qui se resserre comme il se détend, d'un seul jet.

Les incidents d'Après Moi ne lui ont été qu'une occasion énervante de plus d'exercer sa trépidation et de mettre en jeu son entraînement. Ces charges de cavalerie, ces provocations, ces duels c'était encore du mouvement dramatique.

Il ne rougit pas d'être juif ; il n'aurait honte que de cesser de l'être. C'est plus un intrépide qu'un courageux car le courage s'empreint d'une certaine sagesse ; M. Henry Bernstein est l'en-

HENRI BÊRNSTEIN IOg

fant terrible qui n'abdique pas et auquel on pardonne tout parce qu'il ne respecte rien. On lui a crié :

— Vous n'avez pas fait votre service militaire !

Et le voilà qui se fait artilleur.

— L'artillerie ! encore des coups de canon...

MADAME ADOLPHE BEISSOX

Vous vous dites, comme je me suis dit: «la roublarde ! le miroir aux alouettes de province ! la bonne cousine contre abonnement ! » Vous la voyez, comme je l'ai vue, avec une robe noire, des lunettes et un guichet, le guicliet derrière lequel il se passe quelque chose ? C'est que ce n'est pas cela du tout.

Cette ombre de M. Jean Aicard, qui ne sait pas faire les vers, et celle de M. Dorchain, qui les comprend si peu, m'avaient fait mal entrevoir la situation. Je pensais qu'on ne peut pas se mettre des décorations intellectuelles de cet

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