MISTRAL
Mistral est un exemple laborieux d'attachement.
Sa gloire est si belle qu'elle fait naître le regret de ne pas s'être étendue comme une conquête.
Voyez- vous cet homme conduisant une armée !
Le peuple l'aurait appelé « le sauveur » ; les paysans ne le nomment que « le poète »
Il vit à Mai liane doucement ; il attend son courrier ; il connaît la littérature, mais toute la terre provençale ne le connaît pas.
Le soleil l'a couronné comme un dieu ; il a été l'apothéose d'une langue qu'il emportera en mourant ; il a uni par tendresse mais il n'a pas été le dictateur et le martyre de sa propre loi.
Il aurait dû être lui-même sa statue. On l'a immobilisé dans la gloire comme pour lui prouver que son règne était accompli.
Des gens sont venus lui offrir des hymnes. Quelle magnificence s'il avait pu mériter des drapeaux !
Je l'ai vu dans l'après-midi claire de son jardin parfumé ; il était heureux ; il était sans blessure. Il ressemblait à la Sagesse.
DEIBLEE
C'est un homme positif. Il coupe net.
Clic. La tête tombe. Il ne se demande pas si l'on a bien ou mal jugé. Il est tout dans la sentence.
— Ayez du courage, M. le Président de la République a rejeté votre pourvoi en grâce.
Et M. Deibler prend son tour. Il n'a pa& l'habitude, il a la vocation.
Une tête ! la vie ! Il ne connaît que la loi.
Il n'est pas «l'homme rouge qui passe », il est le jour du jugement dernier en habit noir * Il est distingué. On dirait d'un maître d'hôtel annonçant :
— Monsieur est servi.
E pousse si loin le décorum de la civilité qu'il