DEIBLER
est un peu étonné de voir que les condamnés ne se fient pas complètement à lui.
Ces yeux hors de l'orbite, ces faces épouvantées rétonnent toujours.
— Quoi ! semble-t-il leur dire, que vous eii ayez avec la société cela est bien, mais avec moi ! Ne pensez qu'à ma réception.
— Du sang ! du sang î crie en délire, l'assassin.
— - Non, Monsieur, je fais proprement mon métier. Vous n'allez pas à l'abattoir, vous allez h la guillotine.
Le jour se lève. L'échafaud dresse sa maigre silhouette sur la place gardée.
— Un jouet d'enfant, dit M. Deibler.
Et il pense:
— C'est beaucoup moins dramatique qu'une pièce du Grand Guignol.
11 regarde l'aumônier, l'avocat, le procureur de la République. Il sourit. Il trouve qu'on exagère la mise en scène.
Il voudrait réduire la cérémonie à une plus stricte intimité, mener gentillement la victime jusqu'à l'échafaud, lui passer complaisamment
le cou dans la lunette, lui demander : « Êtesvous bien 1 » « Puis-je commencer f »
M. Deibler est un exécuteur de haut style. Il a mal au cœur quand sa femme le prie de tordre le cou à la poule qu'il doit manger.