‹ Fils de bandit; drame en trois actesChapitre 25 sur 46 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

JEAN

Cette révélation nous impose à tous deux un devoir... Nous ne pouvons nous y soustraire... Il nous faut désintéresser l'oncle Jérôme... Je suis venu à Paris pour régler avec toi cette grave question.

GASTON

Tu es fou 1

JEAN

Le testament de l'oncle Théodore est un faux. i\^otre père a clairement exprimé son iuLenliou de restituer à son frère le bien dont il l'a frustré... Rappelletoi. Papa a insisté : « Je veux réparer »... Notre père n'est plus : ce soin nous incombe maintenant.

GASTON

Nous sommes seuls à connaître ce secret... Nous ne le divulguerons pas... L'honneur de notre père est en jeu.

JEAN

C'est pour que sa mémoire ne soit pas atteinte qu'il fallait laisser la liquidation de l'héritage paternel suivre son cours... Nous sommes maintenant maîtres de restituer à son légitime propriétaire un bien sur lequel nous n'avons aucun droit.

GASTON

Nous sommes l'un et l'autre en possession de notre part. Les cent mille francs dont j'ai hérité me sont indispensables pour donner satisfaction au Directeur de la Banque Falstein en raison de la situation importante qui va m'être confiée... Cette somme m'appartient et je n'en abandonnerai pas un centime ftu profit de qui que ce soit!

JEAN, après un silence, très simple.

Le sacrifice est dur sans doute... Mais que veux-tu, Gaston ?... Quand le devoir est là, il n'y a pas à hésiter.

GASTON

Il faudrait être le dernier des imbéciles pour S9 dépouiller d'un avoir recueilli légalement...

JEAN

Souviens-toi... Notre mère disait : Je souffrirais beaucoup de vous savoir pauvres ; mais si vous deviez devenir riches d'une fortune acquise par des moyens déshonnêtes, je ne m'en consolerais pas.

GASTON

Notre pauvre mère était imbue de préjugés aujourd'hui caduques... Le monde a tourné depuis. ,

JEAN

Crois-tu que la morale change avec les temps, avec les Gouvernements?... Certes! Notre père se flattait d'être de son époque... Cependant, quand il a senti sa fin prochaine, il s'est dit sans doute que, dans le cœur de l'homme, il y a tout de même autre chose que l'instinct du léopard à l'affût de la proie qui passera à portée de sa griffe... Ce remords, en face du trépas, quel hommage aux enseignements de notre mère !

GASTON. '

Le mal qui minait notre père lui avait affaibli l'intelligence.

JEAN

Je crois, moi, qu'au moment de mourir, notre p5re a eu l'intuition d'un principe supérieur auquel la raison humaine doit se soumettre.

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