‹ Fils de bandit; drame en trois actesChapitre 27 sur 46 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GASTON

Ruine-toi pour ces grands mots, c'est ton affaire ! Mais ne viens pas, après cela, implorer mon secours ou ma protection... Inutile de faire une demande pour entrer à la Banque Falstein. Tu n'as plus le sou... Je ne veux plus de toi comme collègue... Ta présence me serait plutôt préjudiciable.

JEAN, après un silence, avec une émotion contenue.

Ecoute, Gaston... Je me suis employé de mon mieux pour liquider entre nous et avec l'oncle Jérôme cette lamentable affaire dans le silence et dans la dignité.. Ton attitude m'oblige à agir légalement, au grand jour... Tu veux le scandale. Tu seras servi !

GASTON

Que prétends-tu faire ?

JEAN

Tu n'as pas oublié les outrages, les insultes que là-bas, au pays, on nous jette à la face... On saura demain que ces outrages, ces insultes sont justifiés, que tout ce qu'on a colporté était vrai... Gaston et Jean Roumagnac sont des fils de bandit!

GASTON, qui se jette sur lui.

Misérable I

JEAN, se dérobant.

Tu ne me fais pas peur !

GASTON

Il y a trois ans, à l'époque des semailles, tu m'as tenu tète, r.a jour... Rappelle-toi... J'ai bien su te faire plier.

Depuis ce temps-là, nous avons changé l'un et l'au-

tre... (Relevant ses manches) Reg'arde ! Le rude travail des champs m'a donné des bras de fer.. Tandis que toi... si j'en juge par ta mine, tes biceps ne se sont pas musclés, au contact de la vie parisienne !

GASTON

Tu ne te railleras pas de moi plus longtemps, avorton !

II saisit sur la table le couteau-poignard. JEAN.

Mon cadeau de fête !... (Se mettant sur la défensive.) Je

t'attends, Caïn ! Fils de bandit et assassin ! Ton brillant avenir se dessine. (Gaston se précipite sur son frère. Jean détourne le couteau en saisissant le bras de Gaston, qu'il empoigne à bras le corps. Tous deux roulent à terre.) Lâche ! Lache 1 (11 se redresse soudain, brandissant le couteau dont il a désarmé son frère. Il met un genou sur la poitrine de Gaston. Le

menaçant.) C'est Abel qui est vainqueur I... Bouge, maintenant ou tu es mort !

GASTON, dans une rage impuissante.

Traître ! Monstre ! Tu ruines, tu déshonores la famille I

JEAN, qui le domine toujours.

L'honneur, ce n'est pas du tout ce qu'on peut dire ou ne pas dire de nous au pays 1... L'honneur, ça se trouve là, au fond de soi, dans le cœur!... C'est une voix qui crie : « Fais ce que dois, advienne que pourra I » La dette de notre père ne restera pas enfouie dans sa tombe, je te le jure !

U jette au loin le couteau et sort précipitamment. QASTOK^ se relevant à demi avec peine et montrant le poing vers le fond.

Vengeance I Vengeance !

Fin du deuxième acte.

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