SCÈNE PREMIÈRE
JEAN, puis FRANÇOIS
Jean, assis à la table de gauche, termine un frugal repas. 1 nm parait à droite déni ■ 'e treillage.
FRANÇOIS
Jean ! Jean !
JEAN, se levant.
C'est toi, cousin François?.,. Où te rends-tu ainsi paré, pimpant comnie pour une noce?
FRANÇOIS
Je vais à la ville, pardi ! Au concours !... Nous pré. sentons un taureau,.. Il est en forme, je t'en réponds, (Montrant du geste.) Regarde ! On le voit d'ici,.. C'est mon frère Lucien qui le conduit... Oh ! mâtin d'animal I... 11 rue... (Criant à la cantonade.) Tape dessus, Lucien !... Mords lui les jarrets, Saheb !... Il se moque des crocs du chien, ,. Il n'obéit qu'à Lucien et encore l
JEAN
Amuse-toi bien.
FRANÇOIS
Je venais te chercher.
JEAN
Moi?.., Je suis de garde à la maison,... comme toujours... Entre donc un moment.
FRANÇOIS
r.5s longLcmps... Si mes frères me surprenaient..
Jf'.AN.
Ça ne les regarde pas... Eni.redonc. Je ne m'amuse pas, tout seul... Et puis, toujours des tourments I
FRANÇOIS, qui entre dans l'enclo».
Ton père ne va pas mieux?
JEAN
Toujours pareil... Des étouffements, le soir. Le médecin défend à papa le moindre mouvemcuL.
AC l'E PREMIER
FKAXÇÛIS.
C'est malheureux tout de même de posséder une grande ferme comme la vôtre et d'être obligé pour la diriger de compter sur des domestiques... Vous avez au moins cinquante bêtes à cornes dans vos étables et le concours va se passer sans vous !... Ça promet d'être magnifique, mon cher ! Le ministre vient... Depuis deux jours, les paysans s'acharnent à empierrer les rues. La ville est pavoisée. Le foirail est tendu de guirlandes. Partout des drapeaux, des fleurs.
JEAN
Je t'aurais volontiers accompagné. On ne se rencontre pas si souvent... Mon oncle est toujours aussi furieux contre nous ?
FRANÇOIS
Plus que jamais ! Mon frère Jacques lui monte la tête.
JEAN
Pourquoi ?
FRANÇOIS
Voilà. Jacques courtise la belle Anaïs.
JEAN
La fille de ce grippe-sous de père Croulebois?
FRANÇOIS
Justement. Le vieil avare est exigeant. Jacques pense que si notre père avait eu sa part de l'héritage de feu l'oncle Théodore, le père Croulebois serait plus accommodant.
Alors ton frère fait retomber sa déconvenue sur nous?
FRANÇOIS
Toujours le refrain !... Ton père a hérité seul de l'oncle Théodore... Mon père se croit frustré. Il n en démord pas...
JEAN
A cause de vous, nous passons dans le pays pour des capteurs d'héritage, pour des voleurs 1
FRANÇOIS
Tu sais, mon cher Jean, que je ne crois pas un mot de cette histoire... Ton père a été désigné comme seul héritier sur le testament du vieil oncle... Je ne vous en veux nullement... C'était naturel, puisque ton père, dans cette maison même, l'a assisté à ses derniers moments...
JEAN
Quelle tristesse dans une famille, ces jalousies, ces soupçons!... Nous sommes cousins, nous nous entendrions comme deux frères et, pour échanger deux mots, nous sommes presque forcés de nous cacher... Le pire, c'est que la moitié du pays nous regarde comme des malfaiteurs... Permets 1 J'entends mon père.
n ouvre la porte de la maison et écoute. FRANÇOIS
Je me sauve.
JEAN
Pourquoi ? Mon père ne t'en veut pas. (a la cantonade.) Ne descends pas, papa. Le Docteur te prescrit le repos absolu... Désires-tu quelque chose?