‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 105 sur 157 · LA PRÉDICATION DE ROKYTSANA · texte numérisé non relu

LA PRÉDICATION DE ROKYTSANA

ses amis, mais ses ennemis, ses adversaires, ceux qui Tinjurient et le raillent, celui qui fait l'aumône, mais non par ostentation, celui qui prie tout seul, caché dans sa chambre, celui qui jeûne volontiers, sans effort. Ceux-là sont de fidèles serviteurs et des chrétiens fidèles : ils vivent dans le silence et le monde ne les connaît pas '.» De quel droit prétendra-t-il ensuite condamner ceux qui vivaient dans le silence et ne demandaient au monde que de ne pas les connaître? Quelques années plus tard, les premiers membres de rUnité bohème éprouvèrent quelque scandale quand il refusa de se mettre à leur tête, de se retirer avec eux loin des troubles et des vices de la terre ; ils ressentirent de la colère et de la douleur quand ils le trouvèrent un jour parmi leurs persécuteurs ; ils l'accusèrent de se laisser dominer par les circonstances, d'avoir attaqué l'Eglise quand il se croyait menacé par elle, et de renier ses paroles maintenant qu'il n'avait plus rien à craindre de Rome. Accusations injustes. Rien ne se concilie moins avec le caractère de l'archevêque utraquiste que cette longue dissimulation dont on le soupçonnait : seulement, si quelques-uns de ses auditeurs avaient tiré de- ses paroles des conclusions devant lesquelles il reculait, la faute en étaitelle à eux seuls? S'ils n'avaient pas toujours aperçu sous l'image exubérante la doctrine modérée et la croyance permanente sous l'enthousiasme momentané, le prédicateur n'avait-il pas quelques imprudences à se reprocher ^?

t. Tchas,, 1879, P* ^^9 et 210.

3. Un exemple, sans grande importance en lui-m6me, me paraît donner une idée assez juste de Tintempérance de langage de l'archevêque et du malentendu qui en résulta entre ses auditeurs et lui. — Lors de la persécution contre les Frères, on reproche à un de leurs prêtres, Martin, de ne pas se prosterner devant l'Eucharistie et de ne pas adorer les saintes espèces. « Le maître n*a-t-il pas dit, ne dit-il pas encore peut-être que le meilleur moyen d'honorer le corps du Sauveur est de recevoir dignement la communion » ? répond Martin en se tournant vers Rokyt$ana, et il lui rappelle les expressions dont il s'est servi : l'obéissance est la meilleure adoration. — L'archevêque ne nie pas ses paroles, il se contente de les expliquer : elles n'ont pas la valeur que Martin leur attribue, il n'a jamais entendu s'élever contre l'adoration du Saint-Sacrement; elle a moins de prix devant Dieu qu'une communion reçue dignement, mais ce n'est pas une raison pour la négliger. « Si j'ai dans ma bourse de l'or, de l'argent et de la monnaie,

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