Récit de Loukach; publié par Goll, Tchas., 1S84, p
'.>. Pas tous cependant; un d'eux resta même en prison jusqu'à la mort de Podiébrad («471).
33o LA PREMlèuE PERSÉCUTION
conscience des Frères '. La vérité est que Farchevèque utraquiste, Rokytsana, n*avait ni sollicité ni approuvé ta persécution et qu'il s*eflForça d'en atténuer la rigueur. Bien qu'il sentît les Frères lui échapper peu à peu, il avait encore trop d'amitié pour leur chef, un souvenir trop vivant de la sincérité de leur foi et de leur bonne volonté pour ne pas être tenté de les protéger. A ce moment de plus l'attitude du roi lui inspirait quelque défiance; il ne mit qu'un zèle médiocre à exécuter des ordres dont un évêque catholique avait été l'inspirateur, Grégoire en particulier fut ménagé, ne subit pas la torture ' et fut remis en liberté après une courte et fort peu rigoureuse détention ; on exigea seulement de lui qu'il approuvât en quelque sorte les mesures dont les Frères avaient été l'objet '. Le curé Michel, le prêtre Martin, qui avaient été aussi emprisonnés, furent de même bientôt renvoyés.
A peine relâché, Grégoire avait repris son œuvre de propagande : il fut arrêté une seconde fois dans le nord de la Bohême; de son cachot de Teplitse, il adressa au souschambellan du royaume une lettre qui nous révèle ce qu'il y avait de passion contenue dans cette âme qui s'était pliée si complètement à la soumission et au sacrifice. Elle est curieuse d'ailleurs parle jour qu'elle jette sur Tétat des esprits ai cette époque.
Quelques hommes d'État, refaisant à leur point de vue le raisonnement de Kheltchitsky, commençaient depuis assez longtemps déjà à trouver qu'il y aurait peut-être avantage à ne pas mêler aussi étroitement les questions politiques et religieuses; le malheur des temps avait fait des prêtres les véritables chefs du royaume : ne convenait-il
1. Les fbnnules d'abjuration ont été publiées par Goll, TcAos., p. 466-
2. C'est l'opinion à laquelle arrive Goll, et elle me paraît fort vraisemblable. Voir la discussion sur ce point, p. 465.
3. Il dut reconnaître que les pouvoirs publics avaient le droit dMntervenir dans les choses de la foi. Ce n'était pas en somme contraire à sa doctrine: le rôle de TEtat n'ctait-il pas, d'après Kheltchitsky, de réveiller par la pei^ sëcution le zèle des fidèles?
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pas de les rappeler à Tobéissance? Un des représentants les plus remarquables decei^roupe de politiques, qui, malheureusement, ne devint jamais un parti, était A'aniék A'aletchovsky de Knié/mosi. Utraquiste, il avait donné des preuves de son dévouement ii la Réforme, mais il s'intéressait moins au calice qu'à l'ordre public. Très riche, fort écoulé, ce bourtçeois de Prague, mêlé à toutes les alfaires du pays, très au courant des ambitions et des intrigues des seigneurs, poursuivait l'union intime de la royauté et des villes. Leurs intérêts n'étaient-ils pas les mêmes, comme leurs ennemis? Ses efforts pour rétablir l'autorité royale sur les villes se heurtèrent souvent aux résistances du clergé utraquiste, très jaloux de l'intlucnce prépondérante qu'il avait conquise dans les communes. Assez mal disposé déjà pour Rokytsana, Vaniék le rendit responsable des difficultés qu'il rencontrait et de l'anarchie universelle: dans son traité sur la homination des prêtres, il lance contre l'archevêque les accusations les moins fondées et reproche au clergé de n'avoir d'autre loi que son ambition, et d'autre but que le pouvoir '.
Les Frères se rendirent-ils compte de l'analogie de leur programme et de celui de Vaniék? Il est permis d'en douter ; les faits ne se présentent pas avec cette clarté aux yeux des contemporains. [Jn instinct naturel les poussa à solliciter la protection d'un homme qui avait si rudement traité leurs adversaires. Dans sa lettre, Grégoire rappelle les malheurs et les ruinesqu'ont entassés les guerres religieuses: les prêtres utraquistes, s'ils avaient le pouvoir, ramèneraient bientôt les mêmes Calamités; Dieu sait que, pour lui, il a fait le sacrifice de sa liberté et de sa vie; il ne s'adresse à Vaniék que « pour écarter le mal futur et dans l'intérêt du petit troupeau de Dieu, » afin que, sous sa protection, il serve sans crainte le maître des cieux et de la terre. « Ne persécutez pas le peuple pour sa foi, dit-il plus loin, vous
1. Le traite de Vaniék contre la d^miniiiion des prcires a ctc public par M. .îar. Tcbélaki.vsky, Prague i.sSi. avec mic préface très intéressante.
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n\-navez pas le droit, non pas nicnic suivant la loi païenne. N*cn avons-nous pas une preuve iVappanio dans l*enipîre romain: Ils j^ouvernaieni le monde avec bienveillance, s;iliesse, tolérance; ils permettaient à tous leurs sujets de scr- \ir leurs l)ieu\, suivant leurs dêsiis, ne sMnquiètant que d'une chose, que les impôts fussent payêset rautorité régulière respectée. »» Et les Turcs? Que demandcnt*ils aux chrétiens? De renoncer au christianisme? Non, de se soumettre. Que de croyances ditïcrcntes ne trouve-t-on pas à i.vov! La paix n y est pas troublée cependant, parce que personne ne songe à imposer aux autres sa propre foi. En Bohème et en Moravie, le roî a rétabli la paix, grâce à Dieu, parce qu*il a respecté les diverses croyances, qu'il a permis à quelques villes de garder le calice et n'a pas contraint les autres à l'accepter. Quelle terrible accusation contre ce roi cependant, si, lorsque les oiseaux des cieux, les prélats orgueilleux et rebelles ont leurs demeures, quand les renards rusés et les Calixtins ont leurs tanières, le lils de rhomme n'a pas une pierre pour reposer sa tète ! « Le pouvoir temporel n\i pas le droit de contraindre le peuple dans sa foi; il n'a d'autre fonction que d'assurer a chacun son droit. »
— Mais, répond-on, l'Etat sera troublé par les divisions.
— Mille sectes paisibles, soumises, qui ne réclament ni protection ni appui, ne compromettraient en rien la sécurité publique '. — Il y aurait quelque anachronisme à parler au xv< siècle do la séparation de l'Église et de l'Etat : il est certain èependant que la cause de l'Église libre dans l'Etat libre a été rarement défendue avec une raison plus ferme.
Les Frères n'ont pas été soumis à la difficile épreuve de l'exercice de l'autorité : s'ils étaient devenus majorité, seraient-ils restés fidèles à leurs principes? Il serait téméraire de rien affirmer : dans tous les cas, si le rôle et l'honneur des minorités est de défendre la liberté de conscience, ils ont compris leur devoir avec une remarquable intelligence
K Cuc pur TchclakMvsky, p. i i-i:».