‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 116 sur 157 · FIN DE LA PERSÉCUTION · texte numérisé non relu

FIN DE LA PERSÉCUTION

et l'ont rempli avec une rare élévation : la postérité ne saurait l'oublier sans injustice.

Vaniék intervint-il en faveur des dissidents? Les paroles de Grégoire produisirent-elles quelque impression? Les documents ne nous en disent rien. De tels plaidoyers ne convertissent guère ceux auxquels ils s'adressent; ils passent par-desstfs leurs têtes et, seules, les générations suivantes les comprennent. Quoi qu'il en soit, la persécution, d'abord assez menaçante, s'adoucit bientôt. Le roi était satisfait d'avoir fait montre de son zèle orthodoxe; trop d'affaires le sollicitaient d'ailleurs pour qu'il tînt très attentivement la main à l'exécution de ses ordres. L'archevêque ne demandait qu'à se montrer clément; à côté de lui, Loupatch, qui était, après Rokytsana, la plus haute autorité de rUtraquîsme et qu'avaient toujours attiré les doctrines radicales, était bien disposé pour les Frères et leur conserva son amitié jusqu'à sa mort (1464). Ceux-ci de leur côté se montrèrent plus réservés : avec un peu de prudence ils désarmèrent, pour quelque temps au moins, la colère royale. Leurs progrès ne furent pas même sérieusement interrompus. Ils étaient encore fort peu nombreux, mais, disséminés dans toute la Bohême> leur action s'étendait; les groupes, très multipliés, constituaient comme autant de centres d'attraction, se renforçaient peu à peu, se transformaient en Églises. Des synodes fréquents réunissaient dans une vie commune les congrégations dispersées, complétaient l'organisation, fixaient la doctrine. — Comme Jésus est mort et ressuscité, le vrai chrétien doit mourir au monde et renaître régénéré dans le Sauveur. Cette renaissance est la source de la vie chrétienne et l'origine du salut : elle se marque par le renoncement et la charité. Seul, le vrai chrétien fait un bon prêtre, et le mauvais prêtre remplit ses fonctions pour sa propre perdition et sans profit pour autrui. Les justes doivent se séparer de l'Église corrompue; en entrant dans l'Unité, ils reçoivent un second baptême.

Les prêtres, ordonnés par l'Église romaine, ne doivent-

334 CRÉATION d'cN sacerdoce INDéPENIUHT

ils pas aussi, avant d*ètre reconnus par les Frères, reccToir une nouvelle consécration ? Les plus ardents Taffirmaient* De plus, les prêtres qui s*étaient joints à eux, étaient peu nombreux, assez âgés; s*ils mouraient ou étaient victimes de la persécution, que deviendrait la communauté, sans guides, sans pasteurs? Comment assurer Tavenir? Beaucoup reculaient toujours devant une solution radicale, éprouvaient une insupportable amertume à la pensée de briser de leurs propres mains les liens qui les rattachaient encore à leur ancienne Église, à son chef surtout, Rok\^sana. Avaient-ils même perdu toute espérance de le ramener à eux? Sa tristesse, sa réserve n*annonçaient^lIes pas une âme encore ouvene à la grâce? Ils cherchèrent un mo}*en terme, voulurent, avant de se mettre hors du monde catholique, épuiser tous les expédients. Ils eurent Tidée de s^aifilier à quelque autre Église constituée ; ils s'aperçurent bientôt que ni chez les Russes ni chez les Grecs, les Indiens, les Arméniens ou les Valaques, ils ne trouveraient ce qu'ils cherchaient, le culte fidèle de TÉvangile, l'imitation du Sauveur. Ils avaient entretenu, presque depuis Torigine, des relations assez intimes avec les Vaudois; ils eurent l'idée de se réunira eux. Mais les Vaudois persistaient en gé* néral à ne pas se séparer extérieurement de l'Église romaine, prenaient part à ses cérémonies, recevaient les sacrements des mains de ses prêtres. Il semble au contraire que chez les Frères les derniers événements avaient provoqué un certain enthousiasme mystique qui se traduisait par le désir toujours plus ardent de rompre avec l'Antéchrist. Tne importante réunion se tint à Lhota, sur le territoire de Rychnov vi4^^7^ • soixante membres, les plus respectés de rUnité, v assistèrent. Parmi les \'audois, une fraction radicale protestait depuis longtemps contre les timidités des modérés : elle se joignit aux Frères. L'assemblée, encouragée par divers signes dans lesquels elle vit une manifestation de la volonté divine, résolut de se donner un clei^é indépendant : elle élut neuf de ses membres; une sorte de jugement de Dieu désii^na ensuite trois d'entre eux qui furent

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