‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 133 sur 157 · ESPÉRANCES DES FRERES · texte numérisé non relu

ESPÉRANCES DES FRERES

tes? Les succès passés ne répondaient-ils pas de l'avenir? Combien la marche avait été rapide, en un demi-siècle, depuis le moment où quelques pieux pèlerins quittaient Prague à la suite de Grégoire ! Les Frères étaient encore dans toute la force et dans tout l'enthousiasme de la jeunesse; ils redoublaient d'efforts et d'activité, multipliaient les apologies et les professions de foi '. Depuis i5oo, ils avaient une imprimerie à Mladà-Boleslav; ils en fondèrent une autre à Litomychl et une troisième à Biéla. Ils avaient une vague conscience que l'heure était décisive, et ils ne voulaient pas manquer à la fortune -. De quels côtés seraient venues les difficultés? De l'autorité temporelle? Elle est anéantie ou gagnée. Du Catholicisme? II est en pleine décadence; le clergé, sans direction, perd courage; les populations s'écartent d'une Église qui n'apparaît plus que comme la ruine lamentable d'un grand passé disparu. La succession est ouverte :' qu'il se présente seulement quelqu'un assez hardi pour la réclamer, assez fort pour la supporter! — Quel serat-il, ce successeur attendu? Ce ne sera certes pas l'Utraquisme, stationnaire, vieilli, plus usé déjà que le Catholicisme, maintenu seulement par un reste de superstition ou par la protection des lois. Et ce sont ces fantômes qui arrêteraient l'Unité, pleine de vie et de foi, visiblement protégée par Jésus, fortifiée par la persécution, instruite et élargie par l'expérience! Il lui appartient de faire ce qu'a vainement essayé le Hussitisme; elle réconciliera dans l'Écriture les divers partis tchèques, elle assurera le triomphe de l'Évangile et le repos de la nation, enfin sortie d'une trop longue période de troubles et de guerres intestines ^.

I. C'est à cette époque que paraissent le premier catéchisme et le premier recueil de cantiques des Frères. Sur soixante ouvrages connus, publiés en Bohême de i5oo à i5io^ cinquante sont publiés par l'Unité.

3. Les succès des Frères furent surtout rapides dans TEst de la Bohème ; ils y avaient i3o églises importantes. Mlada Boleslav, Litomychl et Pardoubitse étaient les trois points où les adhérents de TUnité étaient le plus denses. A Mlada-Boleslav, le baron Krajek leur avait donné un ancien couvent de Dominicains; ils y avaient leur église, l'école, et les principaux membres du Conseil y habitaient, c'était le Mont-Carmel; à Litomychl, le sbor s'appelait le Mont des Oliviers.

3. Vers i52o, l'Unité comptait en Bohème et en Moravie plus de 400 églises et au moins 1 5o,ooo fidèles.

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Ces rêves furent brusquement interrompus par deux crênements imprévus* A la mort de Louis vi 526\ les Tchèques élurent pour son successeur le frère de Charles-Quint« Ferdinand d'Autriche; à la même époque» Luther avait déià donné le signal de la Réforme allemande.

Le nouveau roi savait ce qu*il voulait et il le voulait bien. Catholique, il haïssait les Frères, dans lesquels, avec un sens très fin, il apercevait les véritables ennemis de TÉglise romaine ; politique avisé» espérant amener les Utraquîstes à se soumettre à Rome, dont il obtint les concessions qu*eUe avait refusées à tous ses prédécesseurs, il détestait ces dissidents qui étaient un obstacle à ses projets. Très jaloux de ses droits, il redoutait ces sectaires, nés de Tanarchie* grandis au milieu du désordre, et dont Texistence était la négation même du principe social ; leur alliance avec les nobles lut était suspecte et leur influence dans les \nlles, désagréable. Hostilité d*autant plus redoutable que les Frères n'étaient couverts par aucune loi, mais qu'ils étaient toujours sous le coup de décrets très rigoureux qu'on pouvait à toute heure invoquer contre eux!

En dépit cependant de toutes les phrases convenues sur rimpuissance de la force contre les idées, il n'y a pasd*exempie qu'une nation se soit convertie à un culte nouveau malgré la volonté persistante de ses chefs. Les successeursi de Ferdinand n'héritèrent pas tous de son dévouement au Catholicisme, ils n'eurent surtout pas une intelligence aussi claire de la situation et une volonté aussi ferme ; en somme pourtant, ils demeurèrent fidèles ù Rome et retinrent au moins une large part de Pautoritc reconquise par le fondateur de la dynastie ; on ne revit plus en Bohème de période d'anarchie analogue à celle du commencement du xvt* siècle. Les Habsbourgs refusèrent toujoui^ de relever FUnîté de la mise hors la loi prononcée contre elle» et ils disposaient de forces telles que, devant leur volonté bien arrêtée, toutes les tentatives de pression échouèrent. Cette attitude de la royauté eut pour résultat, sinon d'arrêter complètement, du moins de rendre beaucoup plus difficiles et lents les progrès des Frère*;. Leur propagande ne s'exerça plus que

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sur des individus, d'une manière sporadique en quelque sorte. Il y avait là pour eux plus qu'un arrêt : les religions voisines de leur berceau ont une force d'attraction qui s'épuise vite. L'Unité en Bohême tendit à devenir ^ quelque chose de semblable à ce qu'est le protestantisme en France, une communion respectée, disposant d'une très réelle influence, attirant à elle de temps en temps des hommes distingués, mais qui n'espère guère et ne désire pas même beaucoup rallier à elle le gros de la nation.

D'autant plus qu'elle avait à compter désormais, non plus avec les Utraquistes, mais avec les Luthériens. — Il ne saurait être question ici d'une comparaison régulière entre la doctrine des Frères et celle de Luther: il semble bien que la plus voisine de l'Écriture n'était pas celle de Luther ; mais cela même lui -assurait un sérieux avantage. La Réforme luthérienne ne présentait pas ce caractère si nettement marqué d'évangélisme démocratique qui, chez les disciples de Kheltchitsky, effrayait ou choquait bien des gens. Que les convictions religieuses s'expliquent plus ou moins par des préoccupations matérielles, c'est ce qui est sans doute regrettable, mais ce qui est aussi général que naturel. L'élite des seigneurs s'était convertie à l'Unité; la majorité accepta le Protestantisme, et comme, presque toujours, les nobles entraînaient leurs sujets et leurs serfs, que d'ailleurs ils disposaient d'une influence prépondérante dans la diète, leur conversion livra à l'Église luthérienne tout le royaume, toute la partie du royaume au moins qui n'était pas catholique. Les progrès de la foi nouvelle auraient pu être arrêtés par les haines nationales, mais l'Empire affaibli n'inspirait, plus de très vives inquiétudes; désormais maîtres chez eux, protégés par des lois précises, les Tchèques étaient tout disposés à oublier leurs griefs contre des voisins dont ils espéraient avoir arrêté les envahissements. Dès que l'origine germanique de la Réforme n'était pas un motif d'exclusion, elle était une recommandation puissante. Malgré les progrès des Slaves, il y avait en Bohême beaucoup d'Allemands, dans les villes surtout, et ils étaient attirés vers

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rÉglise germanique par un vague instinct de race. En de* hors même de ces Allemands, la nation entière subissait la pression, sourde, indéfinissable, mais écrasante, qu*exerce toujours sur un petit peuple un grand État voisin.

Si Ton néglige même toute considération extérieure, il y avait dans la Réforme allemande, dans le génie si large et si humain de son initiateur, dans ses succès presque foudroyants, une attraction irrésistible : les Frères mêmes semblèrent près d*ètre entraînés- Loukach réussit à empêcher rUnité de se perdre dans le protestantisme; grâce à lui, elle resta une secte indépendante, elle conserva une vie individuelle. En se plaçant au point de vue purement humain et historique, on a le droit de se demander : à quoi bon cette résistance ? Dans quel but? — TUtraquisme avait succombé à la maladie qui le minait depuis si longtemps, mais sa succession était déjà recueillie ; les destins a\^ient prononcé, Tarrêt était définitif : le plus sage eût été de se résigner. En refusant de le faire» les Frères qui» jusqu*aIors, avaient été une espérance, devinrent un danger. Ils avaient paru appelés à rétablir Tunité morale en Bohème, en absorbant peu à peu tous les partis; ils ne furent plus désormais qu*un obstacle à Tunion et un nouvel agent de discorde. Aux (actions déjà si nombreuses une autre s'était ajoutée : la valeur de ses membres et leurs ser\-ices individuels ne compenseront qu*imparfaitement les résultats funestes de la confusion qu'elle entretient et qu'elle augmente.

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