‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 135 sur 157 · ANARCHIE ET DÉCADENCE SÔQ · texte numérisé non relu

ANARCHIE ET DÉCADENCE SÔQ

dépasse toute imagination ; les diètes sont nombreuses , mais on n'y prend aucune des mesures qui seraient utiles à la patrie ; nous avons sans cesse à la bouche les mots de paix et d'union, mais à la bouche seulement. Les ecclésiastiques, qui devraient exposer leur vie pour le salut des âmes, se taisent : ils craignent plus ceux qui menacent leurs corps, que Dieu dont la condamnation les livrera à d'éternels châtiments; ils ont plus de colère pour ceux qui usurpent leurs biens que pour ceux qui propagent la superstition et l'erreur. Après tout, ils méritent peut-être encore d'être excusés à cause du peu de crédit qu'ils conservent chez nous; mais les laïques ! Ils croupissent dans la débauche et la paresse, se réjouissent de l'état actuel ou poursuivent avec une telle fièvre les honneurs et les richesses qu'ils négligent et dédaignent leurs devoirs envers Dieu et envers les hommes. Le roi lui-même, dont tous les peuples chrétiens vantent et célèbrent la piété, refroidi par l'âge ou par le dégoût, demeure inactif en Hongrie, comme s'il avait été frappé d'apoplexie. Ah, mon ami, jadis, quand, sous les Ottons, les Henri et les Frédéric, la Germanie florissait et que sa puissance était partout reconnue, la Bohême passait pour la plus puissante partie de votre Empire; maintenant que l'Allemagne périclite, nous aussi nous déclinons et nous périssons. Après les Assyriens, les Perses, les Macédoniens et les Romains, nous donnons à la postérité un nouvel exemple de la manière dont s'effondrent les royaumes. Et notre sort est pire encore, puisque ce ne sont pas seulement nos richesses et nos biens, mais nos âmes mêmes qui sont exposées au plus terrible péril '. » Les prévisions que suggérait au poète sa haine de l'hérésie, n'étaient que trop exactes ; c'était bien la vie et l'âme de la Bohême qui étaient en cause.

I. p. 90. Il ne faut jamais prendre tout à tait à la lettre les lamentations des moralistes, mais JBohuslas ne fait guère ici que résumer les témoignages de tous les contemporains. — Bohuslas était catholique et, à ce titre, favorable à TÂllemagne; on l'a accusé de manquer de patriotisme, — ce qui est exagéré, — mais son patriotisme était bohôme, non pas slave.

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Déplorable banqueroute de tant de joyeuses espérances ! voilà où aboutissait cette alliance rchêco-polonaisc, objet de tant de rêves de bonheur et de gloire. — L'histoire cherche et rappelle les circonstances atténuantes qui diminuent la responsabilité du roi, elle se souvient des tristesses de sa vie, mais ni la pitié ni Pindulgence ne sauvent sa mémoire d'une condamnation sévère. « Par sa bonté, écrivait au jeune roi Louis un seigneur qui joignait à un profond sentiment des droits de la noblesse une intelligence politique supérieure, un cœur droit et un dévouement sincère à la patrie, par ^a bonté le défunt roi a fait beaucoup de mal dans ce royaume '. >> La postérité ne saurait relever Vladislas de cette sentence.

Personne dès lors n'attendait plus rien de lui et les rcregards se tournaient désormais uniquement vers son jeune fils. Il était l'avenir et Pespérance : je voudrais, lui écrixaii Guillaume de Pernstein, que vous apprissiez à régner, à commander, à montrer à tous qu'ils ont un roi ^! — Mais

1. Les lettres de OuîlUume de Pcrnstcîn sont admirables de saîue raison, de franchise, de hauteur de scntîmcut; elles montrent tout ce que des rois hitelligcnts et patriotes auraient pu tirer de la noblesse tchèque, prou* vent aussi la gravite du danger. Lorsque Ouiliaumc de rcrnsietu sent apprv>cher la mon, il écrit à Louis : Je vous ai accepte p*>ur rt>i, i*ai pose deux doigts sur votre couronne^ il est de mon devoir de vous dire la vérité : que se passc-i-il dans lcn>yaume: -- Ricu de bien et de juste. Ne vous abAudvu:> nez p:î^. "c laissez pas ruuicr voirc héritage. Il n'est que temps : par la négligence et les disconles beaucoup de royaumes otit péri; ce qui se passe mainici\int en lit>hcme nVst que trop semblable à cela. Je ne sais pas comment les choses p^uirraient aller plus mal dans ce royaume, et les abus n< diminuent pas, mais augmentent. Lettre du 10 dec. i5ao. Archives èoh^ mts^ l, p. 75. Cp- une autre lettre au rvM du 4 *K:t. \iJ. p. 74^ ; Hàiex votrt venne, ce royaume en a si grand besoin que plus grand ne saurait être, car il périt hideusement. — l'nc lettre an seigneur de Briezenitse (t. Il, p> i52^ : Si le ri>i n écoute pas ces conseils, « il aura peu de joie dausce royaume et le n\vaume lui-même périra. Car là uù se lV»rment des partis, ayant chacun leur chef, il n y a uî espt^ir pour le bien ni amour pour le roi »» etc.

2. « iiouverTiez fermement; soyez un roi tel que, lorsque vous aurcx dit : Je \eux. il en soit ainsi; ou : Je ne veux pas, que cela ne soit pas, en songeant louiours à la justice. Si vous n'aj^isscz pas ainsi dès \x>trc jeunesse^ vous rc serc.' lamais un véritable roi, i^i.:is \ous ne serez n>i que de nom: J\uitres auront la puissance et len»nt ce quMls voudr\Mit, cl il faudra que \ous \oiîs conteniez du litre. — Régnez, ne faites pas de vos sujets tx>s compagnons. — Sovcz bon pour les bons, et pour ceux qui ne se conduisent pas bien, iraitez-lcs comme ils le mentent. •

LOUIS RECONNU ROI 3y t

quelle tâche de reconstituer l'autorité dans un pays depuis si longtemps livré à lui-même, — et pour l'entreprendre, un enfant!

Vladislas avait épousé en i5o2, à l'âge de quarante-six ans, Anne de Caudale, petite-fille par sa mère de Marie d'Orléans, sœur de Louis XII '. L'histoire de la Pohême et de la Pologne ofFre d'assez nombreux exemples de ces alliances avec la maison royale de France, dans lesquelles il serait permis de voir comme le rapprochement instinctif des races slaves et latines menacées également par la race germanique. — Le choix de Vladislas était heureux : pas très^ belle, mais intelligente et énergique, Anne eut sur son mari une utile influence, malheureusement elle vécut trop peu de temps pour exercer une action sérieuse sur les affaires. Elle donna à son mari d'abord une fille, Anne, qui épousa plus tard Ferdinand d'Autriche, puis, l'année suivante, un fils, Louis (i5o6). Tous les efforts de Vladislas allèrent désormais à assurer à cet enfant la succession de ses couronnes. Ses inquiétudes étaient vives pour la Hongrie, où un parti national très nombreux se groupait autour de Jean Szapolyai et prétendait élever au trône un magnat magyar. En Bohême, bien que la constitution proclamât en principe l'hérédité de la couronne, Vladislas était lié par les engagements qu'il avait pris au moment de son avènement; il avait po^omis alors aux Etats de ne pas faire couronner son fils de son vivant. I-,cs Seigneurs, dont l'ambition était assez courte, consentirent cependant à une transaction, et, plus satisfaits des perspectives favorables que leur ouvrirait une minorité que soucieux d'établir clairement leurs droits, ils n'insistèrent pas sur le principe même de l'élection ; Louis fut reconnu roi à condition de confirmer tous leurs privilèges. Le jeune prince fut couronné en i5o9 : au milieu de ta cérémonie, l'enfant se mit à pleurer, ce qui parut un mauvais présage; les fêtes en gé-

1 . Anne était fille de Gaston de Candalc ou de Kendal et de Catherine, comtesse de Foix; elle avait été élevée à la cour de Louis XII.

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ncral se rcî>scniireni de Pincenitude de la situation* furent mesquines et tristes.

Après ce grand etVort, Vladislas retomba dans sa torpeur et l'autorité ne fut pas mieux respectée quand il y eut deux souverains au lieu d*un. Depuis que le roi sèjournatt ordinairement en Honsrîc, ses fonctions en Bohème ne consistaient plus guère qu'à désigner un certain nombre de sei« gneurs en faveur desquels il renonçait à ses pouvoirs; encore son choix n'était-il pas libre, et se bomait-il le plus souvent à confirmer les choix de la diète. En 1 5o8, à la diète de la Saint-Jacques, il avait demandé aux régents de garantir les dettes énormes qu'avaient imposées à la couronne Tavîdite des courtis;ms et le gaspillage universel, et il leur avait abandonné, en échange, l'administration de tous ses revenus. Désormais, l'abdication était complète. Les créanciers du roi formèrent une sorte de syndicat qui exploita le pays sans pudeur et sans mesure; jusqu'au moment de Tavènement de Ferdinand b'*', le rovaume est abandonné à une bande d'agioteurs qui foulent aux pieds toutes les lois, ne tiennent aucun compte des besoins ou des désirs de la nation et dont les violences et les exactions alarment les intérêts, soulèvent les consciences et provoquent des résistances qui mettent le comble à l'anarchie.

L'homme qui a attaché son nom à cette période d'exploitation, est Lev de Rozmital. Zdéniek Lev de Rozmital était le neveu de la reine Jeanne, la femme de Georges de Podiébrad ; son père, très remuant, avait joué un rôle assez en vue dans les derniers événements et commencé la grandeur de sa maison. Au début, Zdéniek s'était réclamé du parti modéré et de Guillaume de Pernstein ; mais, soit que ce ne fût la que l'habileté du politique qui cache son ambition et cherche avant tout à se ménager des complices, soit qu'il ait été entraîné par les événements et ait subi la contagion morale qui fait tant de victimes à cette époque, il ne songea bientôt plus qu'à profiter de la décadence de la royauté pour assouvir ses instincts de domination et de rapine. On l'a loué d'avoir en général respecté les formes légales, et Ton

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admire en lui quelques velléités de rétablir Tordre public : — quel est le partisan qui, après avoir conquis le succès par les pires moyens, ne tente pas ensuite de consolider sa fortune en soumettant les factions? Et n'est-ce pas un révolté, et le pire de tous, l'homme dont l'hypocrisie fausse l'esprit même de la constitution, en respectant la lettre des décrets? De quel droit voulut-il ensuite exiger des autres l'obéissance à la loi, et quelle confiance méritaient ses décisions, lorsqu'il ne s'inspirait jamais de la justice, mais de son intérêt personnel? — Sans grande instruction, avec les qualités secondaires d'un conspirateur, il n'avait ni la hauteur de vues ni l'élévation de sentiments ni l'étendue et la clarté, d'esprit qui, seules, désignent les véritables conducteurs de peuples. Son modeste mérite fut de comprendre, dès la première heure, les avantages de la liquidation dont Vladislas voulait se décharger sur les seigneurs. Au moment où il accepta de devenir ainsi la caution du roi, sa fortune était médiocre; en quelques années et malgré les sommes énormes qu'il dépensait pour satisfaire ses besoins de luxe ou accroître ses partisans, grâce aux intérêts fantastiques qu'il touchait, accrus encore par toutes sortes de bénéfices illicites, il devint un des plus grands propriétaires de la Bohême. Et ce roi, qu'il volait effrontément, lui fut reconnaissant de son apparente générosité! La réserve de Guillaume de Pernstcin et des nobles les plus honnêtes irrita Vladislas, il se jeta tout entier dans les bras de Lev, jusqu'au jour où celui-ci, usufruitier de presque tous les domaines royaux, appu3^é sur des légions d'affidés et de complices, maître de l'administration qu'il avait remplie de ses créatures, fut assez fort pour tenir en échec le peuple tout entier et braver l'autorité royale elle-même '.

I. Sur cette période, cons. avec Palatsky, qui ne me semble pas assez sévère pour Lev, les nombreux et importants travaux de Rézek, et surtout, Vladislas et Louis, dans le Journal du Musée boh., 1882. <i Lev avait une politique fort ambiguë, son caractère était sans droiture; sa coutume était d*exciter les passions, puis de s'étonner de leur violence; il attisait le feu et se lavait ensuite les mains du mal qu'il avait fait m (p. 221). J'ai déjà indiqué plus haut comme principale source pour cette période les Lettres de Lev dç Roimital, publiées daus VArchiv tchcsky.

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Encouragées par l^exemple venu d*en haut, toutes les passions égoïstes se déchaînèrent; comme la loi n'existait plus, les intérêts menacés ne comptèrent que sur la force. Lev de Ro7.mital encourageait toutes les usurpations des nobles contre les villes: les bourgeois formèrent des ligues et prirent les armes. La tyrannie de Zdénick s'appuyait sur les Catholiques : les Utraquistes, dont les privilèges étaient contestés, s'organisèrent pour la résistance. Parmi les nobles, tous ceux dont il avait froissé l'orgueil ou rcpoussé les demandes, s'insurgèrent contre la tyrannie qu'un de leurs égaux voulait leur imposer; l'orgueil blessé réveilla en eux les scrupules du patriotisme ei les unit à ceux dont la probité redoutait sincèrement pour la Bohème les conséquences de ce régime déplorable. Les factions redoublèrent de violence, et la confusion des intérêts individuels et des luttes de castes rendit la situation presque inextricable.

A la (in de la période des Jagellons la société paraît vi^i> ment retourner à la barbarie; il n'y a même plus de panis: aucun groupe n'a de programme réel ni de personnel permanent, les palinodies sont incessantes, les variations perpétuelles, et, au milieu de cette suite continuelle de traités, de guerres, d'alliances, de ruptures, dans cette mêlée désordonnée, les idées de patriotisme et de devoir s'effacent chaque jour davantage devant Tinstinct primitif de la lutte pour la vie. « I^ Bohême» écrit alors l'écrivain polonais qui nous a laissé sur cette période d'intéressants souvenirs, est pleine de séditions et de troubles; les Ordres sont divisés les uns contre les autres; partout des ligues et des factions: les uns défendent l'autorité des tribunaux» les autres refusent d'obéir aux lois et aux jugements, les autres enfin pa^ fèrenl piller plutôt que de se soumettre ii la justice : aussi la Bohême est-elle pleine d'embûches et résonne tout entière du bruit des armes. »

Vers la fin du règne deA'Uidislas cependant, les divers ennemis de Lev se rapprochèrent. Les villes venaient de trouver ce qui leur avait manqué jusqu'alors, un chef capable d'or- . ganiser leurs forces et de transformer en un véritable parti

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politique ce qui n'avait été si longtemps qu'une masse flottante de colères et de rancunes. Un petit fils de Georges de Podiébrad, jeté par le hasard dans le camp des bourgeois, Barthélémy de Miinsterberg, avait bientôt révélé de véritables qualités de gouvernement. Sans grands scrupules, entouré d'aventuriers suspects, il avait, à défaut d*une grande valeur morale, une intelligence ouverte et claire; il avait compris que la force de Zdéniek ne consistait que dans le manque d'entente de ses adversaires et qu'il ne

résisterait pas à la coalition des intérêts qu'il avait lésés,

Eloquent, avec la verve d'un démagogue et la souplesse d'un courtisan, il séduisit les Praguois, réveilla la jalousie des chevaliers qui surveillaient avec quelque défiance les projets politiques et religieux de Rozmital, et groupa autour de lui les nombreux seigneurs qu'inquiétaient les visées du chef de l'aristocratie.

Barthélémy de MUnsterberg ne pouvait rien sans l'appui du F©i; il travaillait à lui ouvrir les yeux sur ses véritables intérêts, lui montrait le grand rôle qu'il lui réservait et la force que trouverait la monarchie dans une alliance avec les éléments modérés et pacifiques. Vladislas était déjà convaincu; le difficile n'était pas d'obtenir son adhésion, mais de la transformer en collaboration durable et active. Barthélémy n'y avait pas encore réussi quand il se noya en traversant le Danube (i5i5). Ses vastes projets furent abandonnés; cependant son intervention ne fut pas complètement inutile, et, depuis ce moment, Lev et les seigneurs qui le soutenaient eurent à compter avec une opposition plus compacte et plus hardie.

Vladislas mourut l'année suivante (i5i6), avant 'd'avoir pris un parti. Ses incertitudes se retrouvaient jusque dans son testament. II donna pour tuteur à son fils un cousin de Barthélémy, Charles de Miinsterberg, petit fils comme lui de Podiébrad. — Charles rêvait la succession de Barthélémy, dont il n'avait malheureuse! lent ni l'audace ni la perspicacité, et il était lié avec les villes par un traité d'alliance et de subsides. — Mais, par une de ces contradictions dont

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il était coutumier^Vladislas lui avait donné pour co-régents, pendant la minorité de Louis, un catholique et un oligarque convaincu, Chihovsky de Riesenberg, et le grand burgrave lui-même, le principal fauteur du désordre, Tennemî implacable des villes, le contempteur du pouvoir royal, Lev de Rozmital. Pas plus qu'entre les partis intérieurs. Viadislas n'avait osé choisir entre les alliances étrangères^ et il avait conAé la haute tutelle et en quelque sone recommandé son tils à la fois il Sigismond de Pologne et à Maximilien d'Autriche.

On eût cherché de propos délibéré à organiser le gâchis qu'il eût été impossible de mieux faire. Non seulement il était plus- que probable que le roi de Pologne et l'Empereur ne songeraient qu'à exploiter à leur profit l'autorité qu'on leur confiait, mais leur jalousie paralysait leur action: les divers partis politiques ou religieux rivalisèrent d'efforts pour les gagner à leur cause, s'abritèrent sous leurs décisions quand elles leur étaient favorables, passèrent outre quand elles leur déplaisaient. Maximilien et Sigismond avaient trop d'affaires sur les bras pour s'occuper avec beaucoup de suite de la Bohème; l'anarchie ne leur déplaisait pas, elle leur livrerait un jour le royaume qu'ils convoitaient également; Lev favorisait les catholiques, ils n'avaient aucune raison sérieuse de le contrecarrer : ils se contentèrent d'une reconnaissance platonique de leurs droits, n'intervinrent qu'à de rares occasions, et toute l'influence appartint en réalité à Zdéniek.

Il multipliait les déclarations patriotiques, assez adroit pour que beaucoup d'honnèies gens se prissent encore à ses paroles, et, sûr de Timpunité gaice à la rivalité de l'Empereur et de Sigismond, attisait le désordre pour augmenter sa fortune. En vain, quelques nobles, plus clairvoyants, dénoncaient-ils ses intrigues et 'insistaient*ils sur la nécessite d'un changement complet de politique : Chers seigneurs, écrivait le vieux Guillaume de Pernstein, pensez à ce royaume; si les trois Ordres ne se réunissent pas, si le droit n'est pas observé, il n'y aura plus ni sécurité ni sta-

RÉGENCE hE LEV ijy

bilité; nous aurons un droit, et ce sera comme si nous n'en avions pas; quelle constitution nous protégera? Que la volonté de Dieu soit faite! Ni les païens ni les chrétiens n'ont pu ruiner ce royaume; le ruinerons-nous de nos propres mains? Notre jeune roi le perdra-t-il par notre faute? Quelle honte pour nous! Quelle infamie s'attachera à nos mémoires M — La plupart haussaient les épaules en entendant les objurgations du vieillard. Les plus honnêtes écoutaient tristement; que signifiaient les discours? Quelle confiance après tout méritait Pernstein? N'étaït-il pas lui aussi entiché de tous les préjugés de sa caste et n'avait-il pas appuyé la plupart des revendications des Seigneurs contre les villes?

Les assemblées cependant ne résistent guère à certains appels, et leur majorité se prononçait souvent contre Lev; mais sa puissance était si solidement établie qu'elle défiait toutes les attaques. Lorsque les diètes étaient maf disposées, il traînait les débats en longueur, lassait la patience de ses adversaires et restait maîtra du terrain. S'il ne parvenait pas à empêcher les votes hostiles, il en était quitte pour ne pas en tenir compte. Plusieurs années s'écoulèrent avant que les États obtinssent des régents le relevé des dettes royales. En 1617, on finit par supprimer la régence et. on confia le gouvernement aux grands fonctionnaires : mince avantage, Lev ne régna plus comme tuteur, mais comme grand burgravxi. Les dilapidations ne diminuèrent pas. Rozmital avait gagné à sa cause Pierre de Rosenberg qui, par ses immenses richesses, son nom, la gloire de sa famille, exerçait sur la noblesse une énorme influence; plus sûr que jamais de son pouvoir, il se livra sans frein à tous les caprices de son égoïsme et de sa fantaisie.

Lassés d'attendre de la royauté un secours toujours refusé, les bourgeois ne prirent conseil que de leur désespoir. Depuis l'émeute de 1488, Prague formait au milieu du royaume une petite république démocratique. Non

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