I. i5iG. Cité par Palatsky, V. 2. p
37^ ri^sistàUces des villes
seulement Vladislas s*ètait engagé à nommer les conseillers sur une Hsie de candidats qui lui seraient présentes par la Commune, mais au moment où, sous TinBuence de Barthélémy de Mvlnsterberg, il s'était rapproché des bourgeois, il avait accordé aux Praguois le droit d*élire leurs conseillers. Singulière façon de rétablir l'autorité royale. Sans aucune intelligence des nécessités du gouvernement, Vladislas pensait réparer le mal qu'avaient causé ses concessions excessives aux Seigneurs» par d'autres concessions qui n'étaient guère moins fâcheuses; la tentative de restauration s'ouvrait par une nouvelle abdication '•
Représentants directs de la cité, en complète communion d'idées avec leurs concitovens, les Conseillers entrèrent dès lors avec eux en relations permanentes. A un moment où l'existence même de la commune était en jeu, ators que toutes les résolutions pouvaient aboutir à une déclaration de guerre, il était naturel que chaque bourgeois fût consulté sur une décision qu'il serait peut-être obligé de soutenir par les armes. Le pouvoir fut exercé dès lors en grande pari» j par les assemblées générales, et elles furent conduites par des meneurs dont les qualités et les défauts répondaient aux goûts et à l'esprit de la foule ; les tribuns de la place publique ne le codèrent souvent ni en véhémence ni en talent ni en influence aux orateurs de la diète. Parmi ces chefs de la démocratie urbaine, deux surtout, par leur fougue et leur adresse s'élevèrent au premier rang, et ils eurent rhonn^..f de donner au parti de la résistance contre la bande qui exploitait et ruinait le pays, l'audace et Tunion qui lui avaient jusqu'alors manqué.
« Deux hommes, nous dit le notaire Bartoch qui nous a laissé sur ces événements un récit aussi précieux par les documents qu'il renferme que remarquable par l'art avec
1 . Les conj^eillers sortant 3c ch;)rgc. les « anciens * et rassemblée fmMî^o< chsa^cnt un ccnai:; m^ubrc v1'v\c\:;ours qui« à leur tour, «lèsigttaient lesaouvc,v»:\ cv^nsciîlers. Le mi se rvî^orvaii d'ailleurs le Jivit Je nommer les o»scî icr*» sil ètaudans le rvn^iuinc i5»4» PriyiUg^ Jt la viiU Jt Pragme.
JEAN HLAVSÀ SyÇ
kquel il est conduit, brillaient comme deux flambeaux, non seulement à Prague, mais dans tout l'Ordre des villes; Dieu les avait doués d'un raison éclairée et d'une éloquence extraordinaire '. »
Ces deux hommes qui balancèrent un moment la puissance des seigneurs les plus redoutés et dont la rivalité remplit Prague de terreur, étaient Jean Hlavsa et Pachek de Vrat.
Jean Hlavsa était né à Strzibro de parents honorables, mais sans fortune. Pour tous ceux qui avaient de l'ambition et quelques talents, le moyen le plus sûr de s'élever à une condition supérieure était d'entrer à l'Université et de suivre la carrière du professorat; la jeunesse de Hlavsa fut diflScile et- malheureuse: après avoir terminé ses études, il était chantre dans une école» c'est-à-dire maître auxiliaire, quand il rencontra une de/ces bonnes fortunes si fréquentes alors qu'elles étaient sans doute prévues dans les calculs de ceux qui se vouaient à l'enseignement. Il n'était pas rare que les jeunes gens qui, après avoir pris leurs grades à l'Université, recevaient la direction d'une école, touchassent le cœur de quelque veuve, plus ou moins jeune, mais bien rentée ; leur esprit plus ouvert, leurs manières plus élégantes, l'espérance d'arriver grâce à eux à une situation sociale plus élevée, leur jeunesse surtout paraissaient une compensation suffisante de leur pauvreté. Enrichis par ces mariages, ces professeurs prenaient pied dans la bourgeoisie, et c'était par cette voie un peu étrange, mais dont
I. Le notaire, ou plus exactement le greffier Barthélémy, désigné ordi-i nairement sous le nom de Bartoch, était un bourgeois de la Vieille- Ville de Prague. Marchand, de toile, il appartenait à la bonne bourgeoisie et il en donne une opinion très favorable. Hardi, d'esprit libre, avec beaucoup de vivacité et de pénétration, il fut une des victimes de la tyrannie de Pachek; il nous a laissé des événements de 1524 à i53o un récit pittoresque et des plus animés. Il convient naturellement de ne pas accepter sans examen toutes les accusations qu'il lance contre ses adversaires. Il mourut en i535. Sou'Style est simple, facile, un peu diffus, relevé d'expressions et de proverbes populaires, ses personnages sont très vivants. Sa chronique a été publiée par Erben, i85i. Une traduction latine a été éditée par Hœfler : Bartolomceus von Sanct yEgidius, Chronica de seditione et tumttltu pragensi 1 524 ; Prague i85y.
J8o JEAN HLAV&A
personne alors ne s'olïusquait, que se rajeunissaient les oligarchies municipales. Les anciens bourgeois, apix's avoir murmuré pendant quelque temps contre les intrus et leur déloyale concurrence, ne leur tenaient pas rigueur, s\idressaient volontiers à leur compétence et les choisissaient souvent pour employés municipaux. Tiré de sa situation précaire par son mariage, HIavsa remplît ainsi d*imponantes fonctions» puis entra dans le conseil de Prague (i5o2^ et y fut bientôt fort écoute. D'une instruction très étendue, ilavait, autant que nous permettent de le juger les renseignements assez maigres que nous possédons sur lui, Tàme haute et Tesprit ouvert : quelques-uns de ses maîtres à rUniversité avaient été élevés à l'école des humanistes italiens, et leurs leçons n'avaient pas été perdues pour lui : les choses de Part ne lui étaient pas étrangères ; il s'occupa de faire publier une belle Bible en tchèque, conclut à grands frais un traité avec un imprimeur de Venise, envoya deux correcteurs en Italie pour diriger le travail; Ténlition de la Bible de 1 5o(> est un des joyaux de la littérature tchèque. Généreux, il encourageait les savants et les études. Il avait assez de netteté d'esprit pour apercevoir les faiblesses de l'Utraquismc, assez de hardiesse pour en désirer la réforme, et il fut un des premiers adeptes en Bohème de la doctrine luthérienne. En politique, très dévoué aux franchises mu« nicipales et adversaire décidé des nobles, il détestait l'anarchie, poursuivait une alliance étroite des bourgeois et de la royauté et il n'hésita même pas à sacrifier aux nécessités du gouvernement quelques-uns des articles du programme démocratique. Son dévouement incontesté à la liberté rcligieusc, son éloquence, sa richesse, son courage lui valurent d'être chargé de missions délicates, et il fut toujours à la hauteur des tâches qu'on lui confia; il avait des amis nombreux dont le dévouement le suivit jusqu'à la fin de sa vie, mais ses qualités mêmes, d'un ordre trop élevé, l'éloîgnaient de la foule qui exigeait de son chef une parole plus redondante, moins de scrupules et plus d'audace ; elle se reconnaissait mieux dans Pachck de Vrat, et celui-ci, aprcs
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avoir été longtemps l'auxiliaire de Hlavsa, essaya de le supplanter. Dans les villes ainsi, comme dans l'Ordre des Seigneurs, les questions générales se mêlèrent bientôt de querelles personnelles, et, au milieu des rancunes et des rivalités, les intérêts supérieurs et permanents furent si bien relégués au second plan que, pour sauvegarder leur situation, le chef des nobles et le représentant des villes, Lev de Rozmital et Pachek de Vrat, finirent par conclure une scandaleuse alliance.
Pachek était issu d'une très pauvre famille : sa mère était revendeuse, et on racontait que tout enfant il mendiait dans les rues. Peut-être faut-il chercher dans les épreuves de ces premières années l'explication de ses succès; il avait grandi au milieu du peuple, savait lui parler sa langue, son âme s'était trempée à la lutte et à la souffrance , mais trop souvent la délicatesse, sinon l'honnêteté, ne sort pas intacte de ces rudes combats contre la misère. Il acquit en plaidant une certaine fortune et une grande notoriété : maître de l'Université et « Grand Notaire », il passait pour un juriste de premier ordre et un avocat éminent; de fait, ses adversaires eux-mêmes attestent son éloquence et les ressources de son esprit. Il avait les passions vives, le tempérament vigoureux et parfois brutal : par là même il plaisait à la foule, non moins que par son éloquence et son activité; sa rudesse d'ailleurs n'excluait pas la finesse et cette habileté qui gagne les cœurs et maintient les partis ; appuyé sur le boucher Vanitchkovitch, il resta pendant plusieurs années le maître de la capitale, dédaignant les menaces des régents et bravant les ordres du roi. Ses services justifièrent longtemps sa popularité ; nul ne contribua plus que lui à contenir dans Prague même les traîtres ou les lâches qui auraient sacrifié aux Seigneurs les intérêts des bourgeois; il triompha des jalousies qui affaiblissaient en les divisant la Vieille et la Nouvelle- Ville, et fondit les deux cités en une seule commune, soumise à une même administration ; sûr du dévouement de l'assemblée publique, appuyé sur un Conseil où il ne comptait que des
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auxiliaires ou des affidés, il At ce que n^avaient pas touIu essayer les rois et opposa aux nobles une infranchissa* ble barrière ; la postérité a le devoir de ne pas Toublicn I-es résistances des villes n*avaient d'autre résultat pour le moment que d'augmenter la confusion» mais elles avaient un trop pressant besoin d'ordre et de sécurité pour ne pas renoncer bientôt à celles de leurs exigences qui compromettaient Tunitc nationale, et, en les protégeant contre l'oppression, Pachek réservait à l'avenir des ressources précieuses et à la royauté de puissants alliés pour l'heure où elle retrouverait quelque conscience de ses devoirs*
Le jour, il est vrai, où un souverain voulut prendre en mains la chose publique, Pachek fut un des premiers adversaires qu'il eut à écarter. C'était la suite fatale du désordre des idées et du progrès des théories féodales ; les adversaires des seigneurs adoptent leur programme, pas plus qu'eux ils n'ont le sentiment de leurs devoirs envers la patrie et ne consentent à sacrifier à l'ordre public quelque parcelle de leur indépendance. Dans la lutte entre les villes et les Seigneurs, si l'histoire prend parti pour les bourgeois, ce n'est pas pour ce qu'ils sont et ce qu'ils veulent, mais parce que les conditions mêmes d'existence de leur classe les auraient obligés rapidement à modifier leur attitude. — Seulement il leur eût fallu d'autres chefs que F^chek. Il n'y avait de réellement grand en lui que la volonté, cela suffit pour un agitateur, mais il n'avait ni la générosité d'àme ni Télévaiion d'esprit nécessaires à un réformateur. Il voulait le bien, mais le confondait avec sa propre domination ; impatient de toute supériorité, l'anarchie ne lui déplaisait pas pourvu qu'il y jouât un grand rôle; étranger à tout besoin moral, il se servait de l'iîtraquîsme pour établir son empire sur la foule, mais sans y attacher aucune superstition, et il n'hésita pa.> à le jeter par dessus bord quand il aperçut quelque avantage à un rapprochement avec Rome : en somme, inférieur à sa fortune et à l'œuvre qu'il accomplit.
Pour le moment, la reconstitution du parti des villes sous
LA BOHÊME VERS I 5oO 383
rinfluence de Hlavsa et de Pachek et les progrès de l'opposition au gouvernement de Lev étaient autant de causes d'anarchie. Aucun gouvernement :'les partis en armes, les ligues particulières en guerre les unes contre les autres; le château de Prague, aux mains des complices de Rozmital, braquant ses canons contre la cité ; les prises d'armes de la commune, dont la seule annonce répandait l'inquiétude et l'épouvante dans le pays tout entier ; les routes infestées de bandits, les diètes inutiles et troublées par des scènes scandaleuses; — les impôts ne rentraient pas ou ne servaient qu'à enrichir les hauts fonctionnaires; les assemblées de districts se substituaient au pouvoir central. En haut, l'autorité aux mains d'une bande de voleurs ; en bas, les paysans râlant sous le poids de la misère générale.
Comment de pareilles conditions politiques n'auraientelles pas eu de désastreuses conséquences sur l'état moral et intellectuel du pays? Leur longue et victorieuse lutte avec l'Église catholique avait développé chez les Tchèques, nous l'avons rappelé à propos du règne de Podiébrad, avec un très vif sentiment d'orgueil national, une sorte de timidité farouche; à un moment où, bien que le sentiment religieux fût très affaibli, l'autorité de la cour romaine était encore incontestée, leur hérésie les mettait en quelque sorte hors la loi ; ils répondaient à cet ostracisme par une réserve hautaine, évitaient les universités étrangères, où ils n'auraient rencontré que défiance ou insultes. Les progrès même de la Réforme allemande ne rétablirent pas sur le champ l'es relations de la Bohême et du reste de l'Europe, et ce ne fut guère que dans la seconde moitié du xvi« siècle, surtout grâce à l'Unité des Frères, qu'elle se mêla de nouveau plus activement au mouvement général de la civilisation. Cela nous explique la lenteur avec la-
3^4 l.'HrMANISMK
quelle elle ressentit les efl'els de la Renaissiince et le peu de profil qu'elle en rclini pendant lons»tenips.
L'Humanisme y avait cependant êtê introduit dès le milieu du xv^ siècle par un des plus brillants, sinon des plus sérieux représentants des idées nouvelles» -Knéas Sylvius ; il avait fait école en lîohème, y comptait de véritables discipies, Jean de Rabenstein, Venceslasde lk)Uchov, un mathématicien distingué, Jean Chîndel *. 11 resta en correspondance avec eux, et s;i ruptuiv avec Georges de Podiébrad ne supprima pas complètement ces relations. Moins tolénmts que le pape, les principaux humanistes se détournaient au contraire avec un mépris mal déguisé de ces sectaires, dédaigneux des futilités littéraires et enfoncés dans le goût des vieilleries théologiques. Leui"^ dédains contribuaient encore à éloigner les Tchèques, dont l'enthousiasme religieux flairait une vague odeur de paganisme dans le culte des lettres anciennes. Le patronage d\EnéasSvlvius n'avait certes pas atTaibli leurs préventions et ils gardaient une aversion instinctive pour tout ce qui venait d'Italie et se rattachait de près ou de loin à la papauté. Pendant assez longtemps, les humanistes bohèmes ne se recrutèrent guère ainsi que parmi les catholiques, que ne retenaient pas les mêmes considérations et qui, exclus plus ou moins.franchement de Tl^niversité de Prague, étaient forcés d'aller terminer leurs études à l'étranger. Ils rapportaient d'Allemagne et d'Italie le goût des langues anciennes, l'habitude du latin, l'enthousiasme des belles-lettres; beaucoup ne manquaient ni de savoir ni de talent: un d'eux, Bohuslas Hasistein de Lobkovits acquit une grande notoriété et occup;i une place honorable dans les Sociétés humanistes -.
Par ses qualités comme par ses défauts, il repi\:senie assez exactement les tendances de l'Kcole italienne en Bohème vers cette époque. Ce qu'il y avait de meilleur en lui et de plus sincère, c'était sa passion pour les choses de l'es-
i.Tnuihlar, l/hiinianisniccu IV^hcnic.daiis !c Ich.tchcsk.M. 187%»» fv 3-^ ::. Cp. rn'uhLir, Les iruvics Je IV»husl;«s de L«»bW«»\îis» 7V*. ickesk, M. 18-S, p. ^iV».
BOHITSLAS HASISTEIN DE LOBKOVITS 385
prit ; à ce point de vue, il mérite d'être comparé aux plus illustres disciples de la Renaissance : « J'apprends que tu es parti pour la Gaule, afin de satisfaire ton goût pour les sciences, écrit-il à son ami Adelmann, et je loue beaucoup ta résolution. Il n'y a certainement pas de meilleur moyen d'employer les jours qui nous sont donnés ici-bas. Et si les marchands, uniquement dans l'espérance du gain, n'hésitent pas à se rendre dans les contrées les plus lointaines et à braver toutes les difficultés et les dangers, comment nous laisserions-nous effrayer quand il s'agit de conquérir les plus précieux trésors '. » Il avait prêché d'exemple, avait parcouru l'Egypte, l'Asie-Mineure, le Pçloponèse, la Sicile, avait pénétré jusqu'à Catthage pour y chercher des manuscrits; sa maison était une petite académie, sa bibliothèque était si riche qu'aucune de celles de l'Allemagne ne pouvait lui être comparée; il avait dans le monde entier des agents chargés de lui expédier des livres, il paya mille ducats un manuscrit de Platon; quand il mourut, il institua par testament une fondation pour entretenir ses collections.
Nobles amusements d'un honnête homme ; mais l'amour des lettres n'exclut pas toujours une certaine médiocrité d'esprit. Bohuslas était un dilettante de moyenne valeur, et rien de plus. Son détachement des choses du monde n'allait pas sans quelque remords; il ne réussit à rien, parce qu'il eut des ambitions trop multipliées. Après avoir passé plusieurs années à la cour de Vladislas à attendre une charge qui ne vint pas, il rentra dans ses domaines, assez chagrin. Il se piquait d'orthodoxie et publia divers traités contre les Utraquistes et les Frères, que d'ailleurs il ne connaissait pas; sa fidélité à la cour romaine fut mal récompensée : il avait été désigné pour l'évèché d'Olomouts, Alexandre VI lui préféra un de ses favoris italiens. Les Muses ne le traitèrent pas beaucoup mieux que la politique ou l'Église : quelques critiques vantent sa Satire sur
I. Cite par Vinarzitsky, œuvres de Bohuslas de Lobkovits, p. XIX.
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les mœurs des Bohèmes ; c'est un centon banal et vague* sans que les réminiscences constantes y soient jamais rele* vèes par quelques traits d'observation s;usis sur le vif. Ses Kibles valent mieux, elles sont plus courtes. Il aimait U Bohème, souiVraît de sa décadence, mais son patriotisme abstrait et littéraire manquait de nerf et de précision : je me donne sans dirticulté pour un allemand, écrit-il, et je suis lier d'en être un ; sa naïveté scandalise son correspondant, qui le rappelle à Tordre. Il travaillait h grand bruit à relever le Catholicisme en Bohème, cl il se brouilla avec un de ses vieux amis, Victorîn de Vchehrd, à propos d*une satire centre Alexandre VI qu'on attribuait à ce dernier, mais c'était chez, lui alVaire de convenance plus que de conviction; en dépit qu'il en eut, le souffle de tolérance qui anime les œuvres de l'antiquité, avait, non sans doute altéré, mais adouci s;i foi : « Dans un pays libre, il faut que les langues soient libres », écrit-il à Pierre de Rosenberg, nommé gouverneur de Bohème par Vladislas, Comment concilier celte liberté avec l'obéissance à la cour de Rome? Son iune naïve ne s*est jamais posé la question et n*a jamais aperçu la contradiction. Kn réalité, c'était un latiniste bien plutôt qu'un humaniste, et de l'antiquité il connaissait mieux la lettre que l'espriu élève laborieux et discret des Cicéroniens, il eut des amis et pas d'influence: il se plaint lui-même des railleries dont on accable « les gens qui parlent comme les livres » et qui « philosophent en latin ». Des siècles s'écoulèrent souvent avant que la Renaissance portât ses fruits savoureux et que le génie des peuples modernes, élevé et épuré ù l'école de l'antiquité, rivalisât avec les chefs-d'œuvre des Latins et des Grecs ; la Bohème, atteinte par une épouvantable tourmente, disparut du rang des nations trop vite pour donner sa mesure; mais, malgré toute leur bonne volonté, Bohuslas et ses amis étaient de médiocres initiateurs, et l'Humanisme, en partie par leur faute, ne fut que la. distraction de quelques raffinés et ne devint pas une grande école d'éducation et de progrès général.
LKS Hl MANISTi:S TCHKQrES 'iSj
A ce moment, rindillerencc, on serait tenté de dire l'aversion pour ces études frivoles et suspectes est telle que la plupart des traductions d'ouvrxiges anciens ne nous ont été conservées qu*en manuscrits. Paniii les premiers livres imprimés en Bohème, nous n'avons à sij^naler en fait d'œuvres anciennes que les Fables d'Ksope. Même plus tard, aucune imprimerie ne publie une collection importante d'auteurs classiques, texte ou traduction. Quand Sigismond Hrouby désire se livrer aux études g.recques et latines, il quitte la Bohême et va s'établir à Bàle, où il s'associe au célèbre imprimeur Froben. Les érudits se répandent en plaintes sur la barbarie de leurs compatriotes : mais c'est eux-mêmes qu'ils devraient accuser de leur échec : la plijpart du temps, leur science est à la fois pédante et superficielle, presque aucun d'eux ne sait le grec, leurs traductions des écrivains helléniques sont faites sur des traductions latines; leur goût est banal; parmi les écrivains latins, ceux qu'ils apprécient le plus sont les moins originaux, Sénèque, et surtout les auteurs du moyen âge, Pétrarque, Valla, Pontanus, etc. Les idées les laissent indifférents; ce qui les charme, c'est la rhétorique, l'élégance de collège: ils remplissent de latinismes leurs ouvrages tchèques ou même afVectent de mépriser le tchèque et n'écrivent plus qu'en latin.. Exagérations peu dangereuses et peu durables : de ce long commerce avec l'antiquité, la prose bohème conservera l'ampleur de la période, l'harmonie et une certaine majesté grandiloquente, qui caractérisent l'âge d'or de la littérature tchèque; mais, en attendant, le goût de l'antiquité n'a d'autre résultat que d'épuiser dans des jeux d'esprit stériles quelques écrivains bien doués et d'affaiblir la vie intellectuelle.
Les véritables représentants de la Renaissance à cette époque, ceux dont l'action serait féconde et l'influence heureuse, ce n'est pas parmi les érudits de profession qu'il conviendrait de les chercher, mais parmi les hommes d'Etat et les politiques. Vladislas avait donné l'exemple; il se plaisait à attirer les écrivains, était curieux des cho-
388 LK5 HimANJSTKS Tt^MKQVKS
SCS de Tan ; autour de lui les seigneurs et les chevaliers, souvent assez, peu instruits, comprenaient Tutilitè des <îtudes et les favorisaient. L;i richesse et la puissance, quand elles se transmettent de «ènêration en gênênition, aftinent Tesprit, éveillent le sens du beau : lorsque des enfants sont appelés à dillustres destinées, comment ne pas cherchera les préparer à leui^ devoirs et à leur fortune? Kt quelle meilleure école que celle des écrivains anciens ? Tstibor de Tsimbourg, qui ne savait pas le latin, se faisiùt traduire la République de Platon; Guillaume de Pernstein donnait pour précepteur à son lils un latiniste distingué, Jean Tcheska, qui, sur son ordre, traduis;\it en tchèque des extraits des philosophes et des moralistes anciens. Cette traduction, assez libre, mais d'une langue nerveuse et pivcise, obtint une grande réputation, fut rééditée trois fois et de\ ini une sorte de manuel qui servit à Téducation de plusieui"^ générations; les morceaux avaient été choisis avec beaucoup de tact et les ieunesgens y puisaient une nourriture singulièrement plus savoureuse que celle que leur aurait fournie la cuisine scolasiique.
Quelques-uns voulaient pénétrer plus avant dans la connaissance de Taniiquiié, formaient des collections, réunissaient des livres à grands frais. Parmi les familles qui s'illustrèrent par leur goût pour les lettres, aucune ne mérita mieux de la Bohème que celle des Boskovits; Ladislas de Boskovits fonda dans son château de Tr/ebov en Moravie une bibliothèque et des collections importantes; deux frères, lîenech et Dobech, tirent traduire en tchèque Thisloire de Bohème, d\F.néas Svlvius ; les femmes même de la maiMM> avaient éié gagnées par cette fièviv înielleC' tuelle, cl Marthe de Bo.Nko\iis scandalisa les catholiques en publiviiu, loi^dcs décrois qui iVappèrent TUnité en i4^iS, sa Défense dc^ Krèivs bohèmes, pleine d'érudition et de sens.
Rien ne serait plus aisé que de multiplier les noms et Ton s\\pliviue qu'un des hommes qui ont le mieux connu le pa>sv.' de la Bohème ait été pris d'une sorte d\*nthou-
LFS HÏIMANISTKS TCHKQIES 38f)
siasmc à la vue de ce mouvement et ait déclaré qu'à aucune époque le royaume tchèque n'a compté autant d'hommes instruits et formés à l'étude de l'antiquité. — Il n'est pas douteux que, sous l'influence de la culture antique, les idées d'humanité, de générosité, de clémence, ne gagnent alors d'assez nombreux prosélytes. Ce que fut pour quelques seigneurs l'enseignement de l'Unité des Frères, les lettres anciennes le furent pour d'autres. L'idéal de justice et de douceur qu'ils proposent à leurs enfants dans leurs instructions, c'est chez les écrivains grecs qu'ils l'ont trouvé; ils ont appris chez eux la tolérance, le respect de la dignité humaine, la générosité du c(eur et l'élévation de l'ûme '.
La tentation est grande de tirer de ces exemples particuliers assez nombreux une conclusion générale, et le patriotisme des écrivains slaves n'y a pas toujours résisté. Et cependant, si nous observons non plus certains cas isolés, jnais l'ensemble de la nation, quels progrès pouvons-nous constater ? Les mœurs sont-elles plus douces? les sçntiments plus nobles? Ou du moins, puisque les progrès de la moralité publique ne répondent pas toujours au développement des lumières, les idées sont-elles plus larges, les intelligences plus aiVranchies et plus ouvertes? — Hélas! aucune illusion, aucune hésitation n'est possible : les nobles, protecteurs des lettres, n'ont pas plus d'action sur la masse de l'opinion publique que les humanistes catholiques. Nous sommes en plein moyen âge, ce sont les anciennes méthodes qui dominent, les vieilles idées que l'on ressasse, les formules usées que l'on répète. Pendant le règne de Podiébrad, malgré la médiocrité des œuvres, il 3' avait du moins un certain bouillonnement de pensée, il était permis de croire à une aurore : depuis, par suite de la fatigue, des désordres, de l'isolement, la pensée bohème paraît s'être affais-
I. Le type de CCS scrgncitrs éclaires me paraît être ce chevalier Jean Hasistcin de l.obkovits dont j'ai déjà cite les Instructions à son fils. Catholique sans fanatisme, il avait servi Podiébrad et Vladislas contre Mathias; il avait vt»yagc% visite Venise, les îles Ioniennes, la Terre Sainte et a laissé un récit pittoresque de son voyajîe. Ses Inslruciions à son fils furent très souvent reproduites et imitées.
39^ L\^NivERsrré de ^raguc
des détails secondaires, la force créatrice s^éparpille dans des productions insignifiantes; on n^a que la monnaie de la philosophie. A fUniversité de Prague, il n*y a plus même de cours régulier de théologie.
QuVt-ellc conservé, cette célèbre institution, de sa gloire passée, et qu*est-il advenu du projet de Charles IV? Il avait espéré fonder là un grand centre de lumière qui rayonnerait à la fois sur TAUemagneet les pays slaves et servirait comme de point de rencontre aux civilisations orientale et occi* dentale : un moment ses espérances s'étaient réalisées; des pays les plus éloignés accouraient des élèves, des mil* liers d'étudiants se pressaient sur les bancs de rUniversité et elle rivalisait avec Oxford et Paris. Et maintenant? — Sa lamentable décadence est conmie le résumé de la déchéance intellectuelle de la Bohême. La Faculté des arts seule vit encore, il serait plus juste de dire qu'elle seule n'a pas été supprimée. L'espèce de renaissance qui s'était produite à l'époque de Georges de Podiébrad n'a pas duré ; depuis la monde Grégoire de Prague qui 3* avait introduit les études nouvelles, elle ferme soigneusement ses portesaux influences humanistes, met son honneur à perpétuer les anciennes méthodes. Quelques rares élèves endormis autour d^une dizaine de professeurs médiocres : maîtres et étudiants rivalisent de négligence; la plus grande partie de Tannée, les exercices vaquent; la plupandes professeurs sont des vieillards qui ne font pas leurs cours; ils représentent dans ce qu'elle a de plus mesquin et de plus borné l'orthodoxie utraquiste, méticuleuse et têtue, incertaine et soupçonneuse. Ils sont fort pauvres, la plupart de leurs revenus ayant été confisqués, sY^puisent en récriminations» accablent de leurs lamentations les diètbs qui répondent par des promesses, toujours oubliées; Tadministration et la défense de leurs pauvres revenus absorbent tout leur zèle; les règlements surannés auxquels ils sont astreints et la jalousie de leurs collègues entravent les efforts de ceux qui se ris* quent ù troubler ce lourd sommeil. Aussi les hommes de talent qui s'égarent dans cette nécropole, Pachek de Vrat,
SCIENCE ET MTTÉRATURE 89 3
Cornélius de Vchehrd, plus tard Briccius de Litchko, se hâtent d'en sortir et de chercher dans d'autres fonctions un meilleur emploi de leurs facultés.
Dans un pays sans cesse agité par la guerre civile, claquemuré dans les dogmes étroits d'une religion formaliste et inquiète, où les études n'ont plus ni sécurité ni centre de direction, où les forces productrices sont d'ailleurs diminuées par la prépondérance des discussions théologiques et la désertion d'un assez grand nombre d'auteurs qui bornent leur ambition à égaler Télégance cicéronienne des humanistes italiens, toutes les conditions nécessaires au progrès scientifiqueou littéraire font défaut,et en effet, — unassez grand nombre d'œuvres de cette époque nous sont parvenues, la plupart ne sont remarquables que par la vulgarité de la pensée ou la platitude de la forme; les meilleures, sauf quelques rares exceptions, ne dépassent pas une honnête médiocrité.
Les voyages plus fréquents et plus faciles auraient dû éveiller la.curiosité : de fait, les bibliothèques renferment un assez grand nombre de manuscrits relatifs à la botanique ou à la médecine; l'astronomie, qui avait toujours été en grande faveur à l'Université de Prague,, conservait encore quelques représentants distingués ; depuis l'introduction de rimprimerie, chaque professeur était tenu de publier un (f pronostic ». Ces pronostics ou almanachs étaient une des lectures favorites du peuple; leur contenu était assez varié et on y rencontre parfois d'utiles renseignements historiques. C'était aussi une tentative intéressante que celle de Nicolas Claudien, qui publiait en 1 5 18 la première carte de Bohême. En même temps on traduisait en tchèque quelques-uns des principaux travaux scientifiques étrangers. — Fécondité plus apparente que réelle. Dans la plupart de ces livres, on cherche en vain une observation exacte ou une hypothèse ingénieuse ; ce ne sont le plus souvent que des compilations sans valeur; les ouvrages de médecine sont des recueils de formules saugrenues et la vogue des traités d'astronomie s'explique par les ravages de la superstition et les progrès de Tastrologie.
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La littérature proprement dite est plus misérable encore. L'ancienne poésie populaire, celle qui sortait directement de fàme du peuple et puisait aux sources profondes de Tinspi ration nationale, est épuisée et dédaignée; elle est remplacée par des (cuvrcs d'école, imitées de letranger, monotones et froides. C'est à l'allemand que Hyniek de Podiébrad, le poète le plus connu de cette période, emprunte le sujet de son Songe de Mai ; quelques vers gracieux et quelques détails pittoresques rachètent bien incomplètement la négligence de la forme, la banalité et l'incorrection du style, le vide et Tennui du récit, les abstractions et les allégories, la longueur surtout. Le bavardage, ce fléau des littératures en décadence, est aussi le grand vice de la plupart des écrits de cette époque. Les œuvres s allongent à l'infini, les vers succèdent aux vers, insipides et plats, sans qu'un détail précis, un trait poétique accroche l'attention somnolente. La contagion gagne jusqu'aux esprits les plus précis et les plus fermes, dès qu'ils se piquent de littérature. Dans la « Querelie de la Vérité et du Mensonge »,deTstîbordeTsîmbourg, les discours suivent les discours, avec une désespérante banalité, et des personnages sans physionomie et sans réalité nous inondent d'un déluge d'homélies amphigouriques et compassées : la littérature didactique et scolastique n'a guère de monument plus insupportable, et Ton se demande comment tous ce fatras a pu sortir de la même plume qui écrivait la lettre à l'évêque d'Olomouts, si sobre, si énergique dans sa concision. La poésie lyrique n'est ni plus personnelle ni moins fatigante. L'ancien mystère a disparu et le drame nouveau n'est pas encore né : le seul essai que l'on puisse citer dans ce genre est une traduction de l'allemand. L'histoire n'a aucun nom qui mérite d'être comparé, même de loin, à celui du polonais Dlugosz ou du hongrois Thurog; dans la période précédente, PaulZidek, quel que soit le peu de valeur de son travail, avai ,^'» moins entrepris une œuvre générale : après lui, il n'y a plus que des annalistes qui énumèrent tristement, année par année, les coups de mains, les escarmouches, les prodiges et les pestes. Les livres les plus répandus sont toujours les anciens romans,
LES JURISCONSULTES TCHEQUES SqS
que chaque nouveau remaniement allonge et rend plus ennuyeux et plus fades, le roman d'Alexandre, la chronique de Troie, Belial, la vie d'Adam. La liste s'accroît de légendes nouvelles copiées de^ l'allemand, et, sous cette littérature de pacotille, disparaissent toujours plus les so.uvenirs nationaux'.
La dynastie des Jagellons n'aurait en réalité ni un écrivain ni une œuvre, sans les grands travaux juridiques qui restent le titre d'honneur de cette époque. Au moment où un état politique et social nouveau s'établissait sur les ruines desiinstitutions primitives, chacun cherchait dans les anciennes coutumes une garantie pour ses privilèges ou un prétexte pour ses usurpations; les esprits aiguisés par les discussions politiques en comprenaient mieux le sens, et le patriotisme très vif inspirait une sorte de vénération pour ces témoins de la sagesse des ancêtres : de là ce grand travail de publication de textes et de commentaires qui se continue pendant tout le xvi« siècle et fait encore aujourd'hui l'admiration de la postérité. C'est par la Constitution de Vladislas ' que s'ouvrent les grands recueils de lois; nous avons dit quel esprit animait ses auteurs, et ses funestes effets; elle est loin d'ailleurs d'avoir la clarté, la logique et la précision que nous sommes habitués à réclamer d'un code; c'est un premier essai, fort incomplet, assez obscur, à la composition duquel n'a présidé aucune pensée philosophique; mais il n'y en a pas moins une tentative curieuse dans cet effort pour tirer des sentences des tribunaux et des anciens règlements quelques formules générales de procédure et de droit.
I. Pour la littérature bohôinc, consulter d'abord l'œuvre célèbre et magistrale de Jfiungmann (en tchèque), Histoire de la littérature tchèque: i " édition, Prague 1825; 2% beaucoup augiueutée, mais très fautive, 1847; — '^ Manuel àc }. Jiretchek,, excellent et souvent indiqué déjà; la Chrestomathie tchèque^ Prague 1846; V Anthologie de littérature tchèque par J. Jiretchek, Pr. 1881 ; V Histoire de la litténature tchèque de Sabina, écrite avec beaucoup d'animation et très suggestive, d'une érudition étendue, malgré des lacunes cl des erreurs; une courte Histoire de la littérature de Tiettrunk, 2* édition, Prague 1H80; Pypine et Spasovitc^h, Histoire des littératures slaves, r' volume, Saint-Pétersbourg 1S81, Cen russe).
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.M|(î rSllliOK l»K ISIMIIOIHG
l.c principal auteur de la (Constitution était, assure-t-on, KendI, dont on se rappelle le rôle équivoque. Ses égaux par rérudition, deux antres jurisconsultes le dépassent sinî^ulièrement par la probité du talent et la noblesse de Tàme, Tstibor de Tsimbourget surtout Victorin dcVchehrd, l'un des plus grands esprits et des C(eurs les plus honnêtes qu'ait produit la Bohème,
Tstibor était un des plus illustres représentants de Toligarchie niorave; aristocrate dans le meilleur sens du mot« ayant en même temps qu*un sentiment très vif des droits de la noblesse, la conscience de ses devoirs, ennemi de fanarchie autant que partisan d*une rigoureuse hiénirchic des castes, il maintint par son influence la paix en Moravie et y établit sur des bases régulières et durables le gouvernement des grandes familles. Si les destinées du margraviat auxvi* siècle sont beaucoup moins houleuses que celles de la Bohème propre, Thonneur en revient en partie à Tsimbourg, à ses conseils, aux traditions qu'il avait fondées. Le livre de Tovatchov, qu'il écrivitsurla demande des au très seigneurs, est un véritable livre de souvenirs juridiques : nous avons là le tableau de la vie sociale en Moravie, tracé par un homme qui la connaît admirablement et qui ne nous dit que ce qu'il a vu de ses propres yeux. Aussi, malgré la sécheresse de certains détails, lembarras d*une langue qui n'est pas encore complètement formée, quelques fautes de goût et quelques traits un peu forcés en couleur, c'est un repos et un charme. au sortir de la banalité diffuse des littérateurs de profession, que la rencontre de cet homme d'action qui ne parle que de ce qu*il sait, et dont le style simple et ferme, émaillé de proverbes et de locutions populaires, coule de la véritable veine nationale.
Tstibor est un aristocrate, Vchehrd s'inquiète et s'attriste au contraire des usurpations de la noblesse. On a prononcé à son propos le mot de démocrate; c'est sacrifier l'exactitude h l'amour de l'antithèse: il ne conteste aux nobles ni leurs privilèges ni une influence prépondérante sur les atïaircs publiques; mais son patriotisme érudil s'a-