I. Cp. Voigt, Sybel's hist. Zeitschri/i. V p. 418- i(j
1. Palatsky a réuni les documents relatifs à la mort de Ladislas dans une brochure très curieuse : Zengcnvevhœr ilber dcn Tod K. Ladislaits von Vngarn ttnd Bœltmcn, Prague, iHbO. \'*'igt, qui discute les conclusions de Palatsky, avoue : (r De là ne suit pas, tant s'en faut, que Georges ait eu recours
7^ LaDISLAS et PODIÊBRAb
Que Ladislas ait éprouvé une s)Tnpathie très vive pour le Gouverneur, c'est ce qu'il me semble difficile d'admettre, en dépit des textes que l'on apporte '. Tous les ménagements et toute la réserve de Podiébrad n'empêchaient pas que la puissance ne fût entre ses mains et que le jeune prince ne dût être vivement froissé de cette subordination. L'exécution de Ladislas Hunyade ', préparée avec une rare duplicité et accomplie avec une impitoyable cruauté, nous révèle ce qui s*agitait dans cette âme obscure, meurtrie depuis son enfance. La différence était grande, dit-on, entre Hunyade qui avait mortellement offensé le roi et ne cachait guère ses rêves am-
au crime pour se débarrasser du roi... Dans Tctat actuel de la science, Tempoisonnement est uhe hypothèse que Thistorien ne doit pas admettre, mâme comme pensée de derrière la tête. » {Op. cit, p. 42 1 .) Bachmann, dont tout le récit est combiné de manière à rendre vraisemblable la culpabilité de Podiébrad, n*ose pas cependant conclure contre lui.
I. Ladislas n*a jamais cessé de témoigner de Paversion que lui inspiraient les Utraquistes et les Bohèmes. .£neas-Sylvius raconte à ce sujet une anecdote caractéristique. En 1464, un prêtre utraquistc se préparait à célébrer la messe dans une chapelle du château royal; le roi, qui avait désigne cctttf chapelle pour y faire ses dévotions, envoie un officier avec ordre de saisir le prêtre parjure et de le précipiter du rocher s'il ne s'en va. {Histoire de Bohême^ ch. lxii.) « Nec unquam haereticorum Ecclesias, quamvis rogatus, intravit nec sacris eorum interfuit. • H assiste d'une fenêtre à une procession utraquiste et ne montre aucun respect pour le Saint-Sacrement, afin de ne pas paraître honorer Rokytsana. (/rf). — Les récents événements l'avaient encore aigri. A sa rentrée à Prague (1457), Rokytsana va le recevoir à la tête de son clergé; on remarqua que le roi ne le remercia q\ic sur l'invitation de l'Administrateur : on devine avec quelle grâce. Quatre jours avant sa mort, il assiste à une sorte de tournoi entre un Allemand et un Tchèque : le Tchèque, gravement blessé, se rend à merci ; Ladislas, tout joyeux, donne le prix à l'Allemand et le félicite de son bonheur: s'il avait été vaincu, il est probable que son adversaire ne lui aurait pas fait grAce de la vie. — On ne voit pas trop pourquoi sa haine aurait fait exception pour Georges. U y a bien la phrase d^Eschenloer : « Le malheureux Ladislas aimait Georges jusqu'à sa mort. • Mais n'est-il pas évident ou'Eschenloer cherche par là à rendre plus odieuse la conduite de Podiébrad ? Et des témoignages, même moins intéressés, pourraient-ils prévaloir contre les faits ? Ladislas n'avait-il pas prouvé par sa conduite en Hongrie ses véritables sentiments pour ses trop puissants protecteurs ? Lorsque Georges va le trouver à Vienne, il demande un saufconduit : les négociations sont aigres ; le roi ne cède que devant la menace. Sur plusieurs questions graves, fa frontière de Saxe, la Silésie, la politique du roi et du gouverneur était différente : le roi était obligé de céder, mais que de rancunes ces défaites, amassaient dans son cœur! Il affectait de séparer sa cause de celle de Podiébrad, et c'était une sorte de mot d'ordre des adversaires de ce dernier : le roi n'était pas libre. Cp. Grûnhagen, p. 390 et sq.
3. Lire dans Saint-René Taillandier le dramatique récit des événements de Hongrie, p. 63 et sq.
LADÎSLAS ET PODIÉBRAD 7 3
bitieux, et Podiébrad dont tous les efforts tendaient à affermir le trône de Ladislas, Est-il bien sûr qu'elle parût si évidente à Ladislas '? Les situations sont plus fortes que les volontés ; telles qu'elles étaient, les relations de l'Administrateur et du souverain devaient rendre le premier odieux au second. Le roi avait essayé de secouer le joug, sans succès. Son échec l'avait encore ulcéré; depuis son retour à Prague, il se montrait plus malveillant et plus sombre que jamais. Tous ces détails, relevés avec soin par les adversaires de Podiébrad constitueraient une présomption grave contre Ladislas si Georges était mort subitement ; par quel artifice de logique essaierait-on d'en tirer un argument contre Podiébrad? Ce qu'il faudrait démontrer, en effet, c'est non pas que Ladislas détestait Georges, — ce qui importe peu, — mais que Georges n'aimait pas Ladislas et désirait se débarrasser de lui. Or, tout prouve au contraire que, malgré les imprudences et l'ingratitude du jeune prince, il s'était sincèrement attaché à cet enfant. Lorsqu'il s'efforçait d'éviter à son inexpérience des fautes irréparables, lorsqu'il le détournait d'une politique au bout de laquelle il n'aurait trouvé que la guerre civile et l'exil, ne lui donnait-il pas un éclatant témoignage de la sincérité de son dévouement? Il lui eût suffi d'abandonner à lui-même ce jeune fou pour qu'il soulevât bientôt contre lui les deux tiers de ses sujets. Il se consolait des déboires qui payaient sa fidélité, par la pensée qu'un jour viendrait où Ladislas, se dégageant des préjugés dans lesquels il avait été nourri, lui saurait gré de ses conseils; la reconnaissance de l'homme le dédommagerait de la mauvaise humeur de l'adolescent.. Pourquoi l'aurait-il supprimé? — Pour ajouter à sa puissance un titre ! — Que gagnait-il à placer sur sa tête une couronne ? Ni l'élévation de son esprit, ni la netteté de son intelligence, ni l'ensemble de sa conduite ne permettent de supposer qu'il fût accessible à de vulgaires et banales séductions.
I. Aujourd'hui encore ii'cst-cUc pas contestée par plus d'un historien? M. Voigt, par exemple, rend Georges responsable de la rigueur des conditions que la dicte avait imposées à Ladislas, avant de le reconnaître. C'est une erreur^ j'en suis convaincu. Ladislas l'était-il autant?
74 LADISLAS ET PODIKBRAn
Kt en revanche, que de difficultés, que de dangers ouvrai t cette mort? Ladislas n'était-il pas le lien qui tenait réunies les diverses partiesdu royaume? La Curie, rassurée jusqu'alors par la présence d'un roi catholique, n'augmenterait-elle pas ses exigences s'il venait à disparaître? Toute l'œuvre de réorganisation et de relèvement était mise en question. L'autorité de Georges perdait ce caractère de légitimité et comme cette sanction du droit qui lui avaient été si précieux, et de fait, il ne fut jamais aussi puissant comme roi qu'il l'avait été comme gouverneur. Dira-t-on qu'il ne s'est pas douté des conséquences de cette mort, si faciles cependant à prévoir? — Il faut donc l'accuser non seulement d'ambition, mais d'une bien singulière imprévoyance, prétendre qu'il ne connaissait ni l'état réel du pays, ni les dangers, plutôt voilés que conjurés, de la situation : il faut lui attribuer en même temps qu'un crime une sottise. Tout semble ainsi se réunir pour établir l'innocence de Georges. La douleur était grande, nous disent les vieilles chroniques tchèques, parmi les seigneurs qui suivaient le cercueil de Ladislas, depuis le plus puissant jusqu'au moindre, mais, de toutes, la plus grande était celle de l'Administrateur. Cette tristesse était sincère. Il pleurait sur le jeune prince que la mort lui avait enlevé avant qu'il en eût fait un véritable roi, et il pleurait peut-être aussi sur lui-même et sur les malheurs qui menaçaient la Bohême. Cette douleur ne lui fit pas oublier ses devoirs. En présence d'une catastrophe qu'il n'avait ni désirée ni prévue, il n'hésita pas plus qu'il n'avait hésité quand il s'était agi d'assurer le triomphe des Hussitcs en enlevant Prague à Menhan de Hradets. Il commença par déclarer qu'il n'entendait rien abandonner des pouvoirs qu'il tenait de Ladislas. .-t qu'il se considérait comme le chef légal du pays, tant que duraient les fonctions qui lui avaient été confiées. Puis il mix toute son activité à faire transformer en autorité perpétuelle et régulière sa charge temporaire et extraordinaire '.
I. Il est ncccsMirc Je dire un mot du récit suivant lequel Ladislas mourant aurait Icpuc le rovaume à Georges. l.e fait est raconte très longuement dans l7/i5/oirr dv Bohême sic Sylvius, ch. lxx, p. 142 : « Georgiusct ipscvoca-
L KLKCTION AL TRDNi: y^
II n'y avait pas à songer à conserver tout Théritage de Ladislas : les divers royaumes qu'avaient rapprochés les hasards de rhérédité, reprenaient leur indépendance. Georges ne leur contesta pas une liberté qu'il revendiquait pour la Bohême ; il rendit Mathias Corvin, qui était alors prisonnier à Prague et avec lequel il conclut une alliance étroite. Mathias fut élu presque aussitôt roi de Hongrie : précédent favorable, qui préparait les esprits à la nomination de Georges.
tus pcrcunctari ex rcgc cur dolcrct, quid morbi cssct, spcm bonam prsbere... Âd quem rex : Tua mihi, Gcorgi, jampridcm cognita fidcs spcctataque virtus est, per te Bohemus usquc in hanc diem me regchi appclavit. Speravi potiturum rcgnoq'uod ipse paravcras, nunc contra Supcri jubcnt. Mihimoriendum est, regnum in tua manu erit. Duo ex te pcto. Alterum, ut provinciales juste regas, pupillis viduis imbecilHsquc rectum judicium patrimoniumquene subtrahas, etc. » Ce récit est conArmcdans ses traits généraux par les anciennes chroniques bohômes et par un autre témoin contemporain. Eschenloer semble y faire allusion : « Miser Ladislaus amabat Georgium ad suum interitum. » n se présente donc avec des garanties d*authcnticité toutes particulières. Je reconnais aussi que la plupart des raisons qu'on a invoquées contre lui ne sont pas très fortes : Voigt, par exemple, se refuse à admettre un entretien entre Podicbrad qui ne savait pas llallemand et Ladistas qui ne savait pas le tchèque; comment supposer que Ladislas, depuis quatre ans, n'eût pas appris le bohômc et n'ait jamais eu une conversation avec le gouverneur? En somme, il est difficile d'opposçr à ces textes des raisons décisives, et cependant le fait est si absolument invraisemblable! Le discours, tel que le rapporte ^Eneas, n'est évidemment pas autre chose qu'une de cçs amplifications de rhétorique auxquelles il se plaît. La maladie, dans les conditions où mourut Ladislas, lui aurait-ellc laissé assez de liberté d'esprit, pour penser ainsi au bonheur de ses sujets qui, en réalité, lui importait bien peu? Il y a dans le discours môme une contradiction : il remercie Georges de sa fidélité, lui remet la couronne, et lui demande de permettre le retour en Autriche des personnes qui l'avaient accompagné, sans menacer leur liberté. Etrange requête après tant de confiance! U n'est certes pas permis de nier un fait par cela seul qu'il est invraisemblable; la critique historique permet du moins dans cfcs cas-là de discuter les témoignages et d'être un peu plus exigeant. De qui Sylvius tient-il ce discours? 11 n'était pas à Prague. Qui l'a entendu? Celui qui l'a rapporté ne serait-il pas par hasard Georges lui-même ou un de ses amis, et alors quelle en serait la valeur? N'y aurait-il pas là simplement une de ces manœuvres, destinées à préparer l'opinion, que, personne ne le conteste, Georges employa très habilement. iEncas-Sylvius recueillit Tanecdote avec enthousiasme, comme tout ce qui flattait son imagi- * nation. Son récit renferme plusieurs inexactitudes, pourquoi lui accorder sur ce point une autorité spéciale? Les autres témoignages ne prouvent qu'une chose, c'est que le fait fut accepté comme vrai à Prague. Que les ennemis de Podiébrad l'aient admis sans discussion, cela ne signifie rien, parce que leur tactique fut de représenter Ladislas comme très attaché au gouverneur et de rendre ainsi plus odieuse la conduite de Georges.
7^' l»Ol)Ii:iJIlAI) ROI l)B BOHl^ME
A qui la couronne tchèque serait-elle revenue, sinon à lui? Les droits des autres candidats étaient si mal établis, leur parenté avec Fes derniers souverains tchèques si éloignée, les traditions régulières surtout étaient si affaiblies par une longue interruption et la guerre civile, que les questions de légitimité, de transmission régulière de la royauté, passaient au second plan ». Un point dominait tout : l'intérêt national. Lorsque Georges avait poné sur le trône, de ses propres mains, un enfant qu'il espérait transformer et qui pendant de longues années ne pouvait pas avoir de volonté propre, il avait surtout songé au relèvement de la patrie et au maintien de la paix; allait-on se jeter aveuglément aux bras d'un inconnu, peu au courant de la situation, peut-être malveillant ou incapable? Qui donc mieux que Georges défendrait et continuerait son œuvre?
Sa popularité était telle et la volonté de la majorité si évidente que sa nomination ne fut pas un instant douteuse. Georges n'av^iit aucune inquiétude îi ce sujet, mais il voulait que son élection ne fût pas le triomphe d'un parti et ne rouvrît pas ainsi Père des querelles intestines. Il y parvint et il fut acclamé par la diète tout entière (1458, 2 mars). Ce choix était si clairement indiqué, il avait été préparé avec tant de soin, Podiébrad inspirait une confiance si universelle qu'en somme tous les partis accueillirent l'événement avec satisfaction. Tandis que les Praguois pleuraient en remerciant Dieu « de les avoir délivrés de la puissance des rois allemands qui ne pensent qu'à faire du mal à la nation tchèque et en particulier aux défenseurs des Saintes Ecritures », et que Rokytsana félicitait la diète d'avoir bien mérité du pays et de la religion, Calixte III accueillait de fort bonne grâce la décision des États. Aussitôt après la mort de Ladislas, il avait prévu, presque appelé ce résultat -.
1. Les princes étrangers regardent déjà la royauté comme élective^ Une ambassade française, «-lui a à sa tcie Lcnoncourt, demande la couronne pour le tils de Charles Vil, Charles.
2. Les Catholiques du royaume étaient naturellement les moins satisfaits. Sans risquer une p-otestation ouverte, trop périlleuse, « ils calomniaient
PODIKDRAn ROI DK ROHKMK *J-J
Podicbrad ne laissa pas à ces bonnes volontés le temps de se refroidir. Les candidats évincés étaient. nombreux, mais aucun d'eux n'était très redoutable. Les rivaux de Georges, déconcertés déjà par les nouvelles de Rome, ahuris par la rapidité de ses allures, ne songèrent même pas à s'engager à fond. Les provinces annexes étaient froides ou hostiles, mais leurs rancunes ne seraient devenues dangereuses que si elles avaient trouvé un chef assez fort et
rclcction M et accusaient les seigneurs qui les avaient abandonnés. L'élection de Georges a druinc lieu à de très vives discussions. Les deux travaux les plus importants sur ce point sont Tomck, VI, 2J9-98, et Bachmann, Ein Jahr bcctnischer Gcschichtc. Deux objections graves ont été proposées contre la validité de rélection : d'ab()rd, la Bohême proprement dite était seule représentée à la dicte; la Moravie, la Silcsie et la Lusacc n'y avaient pas de délégués. — Ce fut la prétention constante des Tchèques de s'attribuer le droit exclusif d'élire le prince; cette usurpation, aussi contraire au droit qu'à réquité et à une saine politique, provoqua d'ardentes récriminations dans les provinces. W faut remarquer seulement qu'en 1458 les précédents étaient favorables aux prétentions bohèmes (V, Kalousek, Tcheské statut pravo {le droit d'Etat tchûqué)^ p. 294 et sq.). — En second lieu, une diète, siégeant à Prague, était, par cela même, l'objet d'une suspicion légitime; elle subissait la pression irrésistible de l'opinion publique. — Il est certain, sans doute, que la population désirait vivement le succès de Georges, et que ses vœux firent quelque impression sur les États; mais, dans ces termes-là, cette action de l'opinion publique ne vicie pas le résultat du vote ; on en viendrait autrement à prétendre qu'il n'y a de lois votées librement que celles qui sont absolument contraires aux espérances de la majorité. Y eut-il fraude ou violence ? Dlugos parle de l'intimidation des seigneurs catholiques, mais Eschenloer dément le fait avec une netteté remarquable : « Tous les Bohèmes qui étaient présents, dit-il, de l'obédience romaine ou de la secte deRokytsana, les uns et les autres, furent unis et libres dans cette élection. » Il est incontestable qu'Eschenloer, dont l'hostilité à Georges est bien connue, a plus d'autorité ici que Dlugos. On a cite comme preuve de la terreur qui pesait sur la ville, le départ précipité des envoyés de ^autzen et de Goerlitz, les seuls représentants des provinces qui eussent paru à la diète : ils auraient juge prudent de se retirer en présence de l'émotion populaire. Rien ne montre cependant qu'ils aient été réellement menacés; ils se sont probablement éloignés, parce qu'ils n'avaient plus aucun doute sur le résultat de l'élection et qu'ils ne voulaient pas le sanctionner en quelque sorte par leur présence. Les débats furent conduits avec beaucoup de dignité et de sérieux ; les hésitations mêmes des Catholiques établissent leur liberté. Y eutil des voix achetées? Tout ce qu'il est permis de dire, c'est qu'aucun document sérieux ne l'affirme. Zdeniek de Sternberg prit aux débats une part prépondérante, enleva le vote. Jean de Rosenberg et Zbyniek de Hascnbourg furent aussi favorables à Georges : tous trois étaient catholiques. Parquets moyens avait-il gagné leur appui ? II est probable qu'on ne le saura jamais. Voigt suppose que la question des biens du clergé joua un rôle, et cette opinion n'est pas invraisemblable. En somme, il ne faut pas éplucher trop sévèrement les élections, et celle de Podiébrad semble être de celles qui supportent encore le mieux l'examen.
7S PODIKBRAD KOI DK BOHÈME
hardi pour imposer à toutes ces velléités de révolte un programme commun et leur imprimer une impulsion énergique. Leur chef naturel, c*était le pape, et il passait à Tennemi. De quel droit les fidèles auraient-ils continué la lutte et ne se seraient-ils pas contentés de ce qui suffisait au Saint-Père? Le légat le rappela assez durement aux bourgeois de Breslau, les plus ardents à la résistance. Podiébrad manœuvra avec une adresse merveilleuse au milieu des luttes qui troublaient alors TEurope centrale et orientale ; il ne se lia à aucune politique, se réserva ; tous les partis purent espérer sorf intervention, Timplorèrent, sans regarder au prix qu'il réclamait *. Les diverses provinces qui, au début, avaient affiché leur mauvaise volonté, s*inclinèrent l'une après Tautre, assez vite, la Moravie d'abord, puis la Haute Lusace et la plus grande partie de la Silésie. La ville de Breslau, désormais isolée, céda en frémissant, n'obtint qu'un délai de trois ans, au bout desquels elle s'engagea à prêter serment de fidélité au roi (janvier i46o\ La plupart des prétendants furent trop heureux d'à* bandonner leurs droits réels ou supposés et de ne pas s'engager dans un duel inégal ; l'empereur Frédéric, oubliant ses revendications, investît Podiébrad de l'électorat de Bohème ^3i juillet 1439^ La rivalité des HohenzoUern et des Wittclsbach paralysait l'Allemagne. Georges maria sa fille Zdenka au fils de l'électeur de Saxe et son fils Hyniek à la fille du duc Guillaume de Saxe, qui renonça sans réserve à l'ttéritage de Ladislas. La fille d'Albert-Achille de Brandebourg fut fiancée à un autre fils de Georges, Henri. A la conférence de Cheb (Eger) (1459 novembre^ Podiébrad apparaît au milieu des partis divisés comme un médiateur respecté dont tous les princes voisins redoutent l'inimitié et sollicitent l'alliance.
Souverain incontesté d'un royaume riche et prospère, pouvant mettre sur pied une armée formidable, adroit politique
I. Voir sur ccnc première partie du règne de Podiébrad, les travaux de Bachmann, Eim Jahr bœhmischer GtschiMe; Bcehmen und sei»e Sackàar* tœnder untet- Gtorg van Podiébrad (1458-61).