LES CONVICTIONS RELIGIEL'SES DU ROI
bouffon lui demanda pourquoi il ne préférait pas la foi des Silésiens a celle de Rokytsana ; les Bohèmes ne pouvaient pourtant pas avoir la prétention d'être plus sages à eux seuls que tout le reste de la chrétienté. « Nous ne sommes pas libres de croire ce que nous voulons, répondit Georges; Tesprit de Thomme est enchaîné et dominé par la puissance des raisons. Je tiens la religion de mes prêtres pour la vraie ; si je voulais suivre la tienne, je pourrais peut-être tromper les hommes au détriment de mon âme, mais je ne pourrais pas tromper Dieu, qui voit jusqu'au fond des cœurs ». » Georges aurait donc été un calixtin convaincu. Seulement, cette réponse a un caractère officiel qui en atténue beaucoup la portée ^ ; s'il eût parlé autrement, il se fût aliéné tous ses partisans. Dans son entretien à Benechov avec £neas, il avait été beaucoup moins affirmatif : « Mon esprit ne pénètre pas ces questions profondes et je crains de me tromper; je ne me fie pas à moi et je ne me repose pas non plus tellement sur nos prêtres ^. » Ces paroles, jetées à la fin de l'entretien, quel qu'en fût le sens véritable, avaient fait certainement une vive impression sur l'esprit de Sylvius. Ne trahissent-elles pas une nuance d'hésitation, qui rappelle les paroles de Henri IV remettant son salut entre les mains des évêques catholiques +?
Il semble bien qu'il y avait édtre Henri IV et Podiébrad plus d'un trait de ressemblance. Leur foi n'avait rien d'exclusif ou de farouche : c'était la foi d'un laïque, élevé dans
1. iEn. Syl. Hist Boh,, ch. LXII : « EcclesiasticascerîmoDias sua quisque pro fîde gerit. Sacrificia ea facimqs que credimus Deo grata. Neque nostri arbitrii est credere quod velimus. Victa magàis rationibus mens humana volens noiensque capitur... Mihi persuasa est ^cerdotum religio. » Le récit de Sylvius est confirmé dans ses traits essentiels par Eschenloer.
2. Cette réponse, prends-la pour toi si tu es sage« ou porte-la aux inspirateurs, qui t*ont envoyé vers moi. » — 11 est donc évident que Georges croit, à tort ou à raison, qu*on le fait interroger, et il répond diplomatiquement.
3. Neque enim alta sentio ettimeo ne offcndam, nequc mîhi confido, neque nostris sacerdotibus habeo fidem. » {Epist. 1 3o, p. 667.)
4. II faut ajouter cependant que, dans le même entretien, Georges avait insisté sur la nécessité absolue de maintenir les Compactais : « Nisi pacta serventur, neque pacis locus erit neque concordic mentio. » Il avait même défendu bien nettement la communion utraquiste : « Nam qui sub specie panis cpmmunicari jussit et sub specie vîni jussit. »
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une religion, que tous ses sentiments et ses souvenirs rattachent à une Église, mais qui après tout n'accorde aux dogmes spéciaux qu'une importance secondaire. Dans cet état d'àme, une conversion, condamnable si elle n'est déterminée que par des motifs égoïstes, est très naturelle et même louable si elle est commandée par des considérations générales. L'idée d'abandonner le calice s'est offerte sans doute plus d'une fois ii Georges : en a-t-il à aucun moment pris la résolution formelle? — On l'a supposé sans en apporter jamais de preuve bien claire. Lorsque l'archevêque de Mayence lui proposa de soutenir sb candidature à l'Empire, une des conditions de l'Électeur fui que Georges ramènerait son peuple à l'Église romaine : mais il n'est pas démontré que Georges ait pris personnellement un engagement précis à ce sujet. Les arguments par lesquels on cherche à l'établir sont de valeur contestable et ne remplacent pas un document. La seule déclaration officielle de Georges est qu'il ne peut pas renoncer aux Compactats. On objecte, non sans raison,quedéjààce moment l'opposition du Brandebourg rendait très peu probable le succès du plan de Podiébrad et que celui-ci ne tenait plus guère à plaire à l'archevêque, dont le concours lui était inutile. Seulement ce dernier aurait-il jugé nécessaire d'exiger une nouvelle déclaration d'orthodoxie, s'il avait eu des promesses aussi catégoriques qu'on le prétend? II fut bien aussi question de demander à Pie II qu'il nommât Georges roi des Romains et successeur de Frédéric III. Mais ce projet, dont on fait grand bruit, a-t-il été seulement approuvé par le roi ' ? Comment admettre que Georges fût assez peu instruit des véritables intentions du pape pour compter sur un appui absolu de la Curie *? Quelque large que l'on veuille faire la part de son esprit chimérique, il ne me semble pas qu'il ait donné des marques de sottise telles qu'on puisse, sans document probant, l'accuser de cette