‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 27 sur 157 · I. Tomek VII, p · texte numérisé non relu

I. Tomek VII, p

3. Et cela au moment où le pape venait dexcommunier les wiciétîstcs et de déclarer déchus de leurs dignités tous ceux qui, de près comme de loin, se rattachaient à eux.

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alMurde folie qui n'allait à rien moins qu'a conquérir l'Allemagne, et avec quelles forces réelles d'une royauté discréditée et affaiblie par l'apostasie. L'on s'appuie aussi, pour démontrer ses intentions de conversion, sur le nombre de conseillers catholiques qu'il avait autour de lui et sur la sympathie qu'il leur montrait : comment en aurait-il été autrement, alors qu'il s'efforçait d'effacer le souvenir des discordes civiles, d'habituer les adversaires et les partisans de la Papauté à oublier, dans un dévouement commun à la patrie, leurs rancunes et leurs haines? Et cela nous explique aussi l'influence qu'exerça quelque temps sur lui l'évêque de Breslau.Jost de Rosenberg, qui unissait dans son creur la Bohême et l'Église.

En résumé, aucun fait précis : nous en sommes réduits aux conjectures. Il est vraisemblable que Georges s'est demandé plus d'une fois si les Compactais valaient bien le prix qu'on devait les pa3'er, mais qu'il s'est résigné de bonne grflcc et très vite à une nécessité contre laquelle il ne pouvait rien. Il connaissait trop bien son peuple pour supposer qu'il renoncerait librement au calice. L'y contraindre? Il n'y songea pas une minute. Outre ce qu'il y aurait eu d'odieux dans cette conduite, elle était impraticable. On lui a reproché cependant cette fidélité à l'Utraquisme comme un acte de faiblesse, on l'a accusé de ne pas avoir eu l'énergie morale nécessaire pour faire son devoir de roi, on lui oppose l'exemple de Henri IV dont la conversion fut si heureuse pour la France. On ne réfléchit pas que les ressemblances entre les deux situations sont purement extérieures. Sans parler de lu force que tirait Henri IV de sa naissance et de Ifl légitimité de ses droits, la religion à laquelle il se ralliait était celle de l'immense majorité de ses sujets; les Uiraquistes représentaient les trois quarts du peuple tchèque : fallaitil que Georges rompît avec eux, trahît ses alliés naturels, ceux qui l'ovuicnt toujours soutenu, et cela pour gagner quelques seigneurs, dont l'appui serait toujours équivoque? Comment l'accuser de s'être refusé à déployer de nouveau le drapeau des guerres civilesîSans le soupçonner d'entêtement

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dogmatique, comment, toutes choses égales d'ailleurs, n'aurait-il pas préféré demeurer uni à ceux qui ne lui avaient marchandé ni leurs biens ni leurs vies, dont il regrettait peut-être Tobstination, mais sans la blâmer et avec une secrète admiration?

Il ne se dissimulait pas d'ailleurs que sa fidélité aux Compactàts, presque fatalement, entraînerait une rupture avec l'Église, et, comme il n'apercevait aucun mo3'^en d'y échapper, il recourait aux expédients, aux palliatifs, attendant de Tavenirune solution/un secours imprévu, heureux au moins de gagner du temps. Il était fort troublé des complications qu'il prévoyait, redoutait plus encore la lutte qu'à l'époque de Ladislas, d'abord parce que son œuvre était plus avancée, la prospérité mieux assise, et qu'il éprouvait une amère tristesse à la pensée de voir anéantir le travail de sa vie entière, puis aussi parce qu'il ne sentait pas le sol très ferme sous ses pieds. La Bohême était respectée et redoutée au dehors, ses forces étaient considérables : toutes les fois que Georges est en guerre avec un de ses voisins, sa supériorité est évidente ; sans efforts, en quelques jours, il réunit des armées redoutables. Mais la condition de cette puissance était, dans une large mesure, l'union des partis; l'hostilité déclarée du pape l'atteignait dans ses éléments constitutifs. 'Quelle influence resterait au royaume divisé contre lui-même ? Quelles ressources pour faire face à l'ennemi? — Tout délai diminuait le danger. Peu-à-peu, sous une direction ferme, prudente, équitable, les passions s'apaisaient ; de temps en temps, le fanatisme qui couvait sous la cendre se manifestait par quelques querelles de prêtres ou les décrets arbitraires de quelques municipalités auxquels le roi n'était pas toujours libre de s'opposer ; malgré tout, il s'établissait peu-à-pcu un régime de tolérance, les passions religieuses perdaient de leur violence, et les questions dogmatiques dominaient moins exclusivement les esprits. Plusieurs années auparavant, le pape faisait déjà allusion à cette union morale rétablie en Bohême, « où les brebis vivaient paisiblement avec les loups. » Chaque sursis amenait un nouveau progrès, fortifiait le sentiment national aux dépens de ruxclusivisnic

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religieux. On s*aperçut de tout le chemin parcouru lorsque le pape rompit les négociations. Des catholiques» en assez grand nombre» continuèrent à obéit au roi et le servirent jusqu'à sa mort ; d*autres hésitèrent de longues années avant de se séparer de lui, et non des moindres» Tévèque de Breslau, révèque d'Olomouts, etc.

L'intérêt de Georges à retarder le plus possible l'ouverture du conflit était considérable. Peut-être cependant le sçntit-il trop vivement. Cela l'amena» en effet» pour détourner quelque temps la colère de l'Église» à des compromis dangereux etàdes expédients gros de conséquences funestes. L'humilité excessivis et les engagements équivoques» grâce auxquels il parvint à donner quelque temps le change à la papauté» finirent par aboutir à un résultat absolument opposé à celui qu'il se proposait. A force de désirer la paix» il la compromit par une série de déclarations et de démarches qui surexcitèrent les ambitions de la Curie et lui rendirent plus amère la désillusion inévitable qui suivit.

Y avàit-il quelque moyen d'obtenirde Pie II la confirmation des Compactais? Il serait plus que téméraire de l'affirmer. Il était arrivé au pouvoir avec de grandes espérances» voulait rétablir l'autorité pontificale» ramener les jours glorieux du Saint-Siège. Il fut sans pitié pour tous ceux qui osèrent résister à ses ordres» prit à tache d'efface^ par l'inflexibilité de ses principes et la raideur de sa conduite les souvenirs qu'avait laissés sa jeunesse. Les grands succès qu'il obtint» le silence qui avait succédé dans l'Europe au tumulte révolutionnaire de la période précédente» la complaisante facilité avec laquelle le roi de France, Louis XI» abolit la Pragmatique Sanction» malgré l'opposition du Parlement et de l'Eglise gallicane» étaient de nature à produire une impression profonde sur cette àme excessive» passionnée», que l'imagi^ nation dominait et qui mêlait à une rare finesse une étrange impétuosité. Dans ces conditions, ilétait à prévoir que Pie II ne se souviendrait pas longtemps des conseils d'*EneasS\ 1vius et quû se proposerait pour unique but la soumission d'un pays qu'il avait jadis jugé indomptable.

Il n'en est pas moins vrai» sans vouloir exagérer en rien

Le PONTiViCAT DE PIE 11 ^1

l'imprudence du roi, que l'incertitude apparente de ses allures, ses déclarations obséquieuses, tout cet ensemble de faits qui ont permis de supposer qu'il avait un moment sérieusement pensé à une abjuration, tendaient à fortifier les espérances du pape et, en quelque sorte, exaspéraient ses désirs. Depuis l'entrevue de Benechov, sa conviction n'avait pas varié, et l'attitude de Georges, jugée par un esprit prévenu, entretenait ses illusions. Tandis que Podiébrad prétendait, à force de témoignages de soumission et de respect, lui arracher certaines concessions, et, dans tous les cas, écartertoute, mesure irréparable. Pie se plaisait à voir dans ces'protestations les hésitations d'une conscience inquiète, qui n'attend pour se soumettre qu'une dernière sommation. Il se persuadait que Georges, déjà revenu au fond de sa conscience à la doctrine catholique, n'était plus retenu que par une sorte de respect humain et qu'il lui saurait presque gré de lui forcer la main, de lui fournir un prétexte. La situation générale et ses dispositions intimes auraient suffi sans doute malgré tout à décider Pie II à l'abolition des Conipactats ; mais, par un choc en retour imprévu, les efforts mêmes de Podiébrad pour l'apaiser, en le confirmant dans son' opinion que le roi de Bohême était mûr pour la conversion, le poussaient toujours plus avant dans la voie des rigueurs. Il pressait l'ennemi î'épée dans les reins, d'autant plus qu'il le croyait près de capituler. Quand celui-ci- s'arrêta d'ans sn retraite et que le pape, s'apercevant de son erreur, comprit qu'on marchait à une guerre redoutable, il était trop tard pour reculer, son âme en fut attristée, sa conscience n'en fut pas troublée. On lui avait confié les destinées de la papauté : elles ne péricliteraient pas entre ses mains. Un courant de réaction emportait l'Église : les derniers témoins d'une époque détestée, les Compactats, devaient disparaître; il les supprima, et les embarras et les douleurs que devait entraîner son décret n'affaiblirent pas sa résolution d'aller jusqu'au bout de son devoir. Singulière puissance de la fatalité: des deux hommes qui engagent la Iut;e, l'un la précipite par son désir même de l'éviter, l'autre la rend nécessaire par les mesures dont il

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attend l*apaiscment. Cela donne à cette histoire quelque chose de mystérieux et de tragique. Les deux adversaires sont les victimes d'une force supérieure à leur volonté et qui déjoue tous leurs calculs. Pie II ne désirait pas la guerre, Georges l'avait en épouvante et en horreur; les passions religieuses de la foule même étaient singulièrement refroidies. Comme leurs chefs, les partis sont emportés par les événements plus qu'ils ne les dirigent. La deuxième génération hussite est entraînée ainsi presque malgré elle, par une sorte de vitesse acquise, sans conscience bien claire de l'objet du combat; elle remplit sa- mission, défendre un héritage dont elle ne comprend plus très clairement le prix, mais qui sera la fortune des générations futures.

Le premier pas dans cette voie de concessions équivoques où se compromit Georges, ce fut son serment de couronnement. Lesévèques hongrois, auxquels il s'était adressé pour se faire sacrer, exigeaient une abjuration solennelle : il refusa. Des négociations s'engagèrent, assez longues : on tomba d'accord sur une sorte de moj'en terme. Le roi, en présence de quelques personnes, prêta serment de fidélité à l'Église; le texte écrit du serment fut remis aux évéques, il dut être tenu secret. Le roi promettait à l'avenir obéissance et fidélité à la sainte Église romaine et apostolique, au pape et à ses successeurs ; il observerait fidèlement les lois et la doctrine de cette Église à l'exemple des autres arois catholiques et vivrait dans l'unité de la foi chrétienne; il défendrait cette foi catholique et orthodoxe, détournerait le peuple qui lui était confié de toutes les erreurs, sectes et hérésies et de tous les autres articles contraires à la sainte Eglise romaine et à la foi catholique, ramènerait et rétablirait l'obéissance, la conformité, l'union, le zèle et le culte de la sainte Eglise romaine «.

K Ce sicnucni dont on voit assez rimfHinance, a été publié plusieurs fois. En voici les passages Icis plus signiAcatîfs d*après le texte que donne Frind, Die Kirchcngeschtchte BirhwufHS^ IV, 465 : « Ego Georgius... spondeo polliceor atquc junx.. quod ab hinc in antea et deinceps Adelis et oSediens ero ^acrosanctae roman» et apostolicK Ecclesîc ac Sanctissîmo Domino nostro Calixio dîviiij provideniia pap« tertio ejusque successoribus canonicc intran-

Le serment dl sacre 9?

A ia première lecture, cet «engagement semble ne pouvoir donner lieu à aucune discussion : Georges se soumet purement et simplement à l'Église et promet d'amener ses sujets à la même soumission. Mais, si l'on étudie le texte de plus près, on s'aperçoit sans peine que cet amas de mots et ces effusions dissimulent en réalité beaucoup de vague. La communion sous les deux espèces était le principal objet du litige : pçurquoi n'en est-il pas fait clairement mention ? Que Signifie cette déclaration générale d'obéissance et de conformité qu'à aucune époque les Hussites n'auraient hésité à signer? Les Compactats, dans l'opinion des Tchèques et du roi lui-même, ne constituaient certainement ni une hérésie ni même une séparation de l'Eglise romaine '. Promettre par conséquent d'être un fidèle catholique, ce n'était pas le moins du monde renoncer aux privilèges qu*on tenait régulièrement du Coacile ^. Cela est si vrai que Georges ne paraît pas avoir caché aux évêques qu'il avait l'intention de poursuivre auprès de là Curie les négociations relatives aux Compactats et qu'il écrivit même à Carvajal pour l'en avertir. Les promesses orales qu'il avait faites aux évêques hongrois n'avaient pas de signification plus précise, et il avait parfaitement le droit de prétendre plus

tibus, et eis obedientiam et conformitatem ad morcm aliorum catholicoruttl et christ ianorum Regum in unitate orthodoxœ fidci, quam ipsaRotnanacatholica et apostolica Ecclesia confitetur prsedicat et tenet, fidcliter observabo i|>samqueorthodoxamet catholicam fiçiem protegcrc tueri et defendere volo toto possc populumque mihi subjectum secundum prudentiatn a Dco datam ab omnibus erroribus sectis et hsrcsibus et ab aliis articulis Sancts Ro« manae Ecclesiœ et fidci catholicœ contrariis revocareetavertere, catholicieet orthodoxae Hdci ôbscrvantiam et obedientiam conformitatemque etunionetn ac vitam cultumque Sancts quoque Romans Ecclesis reducere et restituere volo et laborcm quoque dabo et adhibebo omnem diligentiam, ut otnnia pnescripta compleantur toto meo posse et conamine ad laudcm et-gloriam et honorçm Dei et exaliationem sâncts catholicœ fidei. » Amas d*épithètes, mauvaise injure, amas de synonymes, promesse équivoque. Cp. Bachmann, qui regarde ce serment comme une abjuration sans réserve de VUtraquisme et Tabandon des Compactats. {Deutsche Reichsgesch,, I. p. 88.)

1. « Communioncm utriusque specici nunquam putuvimus haercsim saper: » fait dire Pie II à Georges, Comment., X.

2. Supposc-t-on que Louis XIV eût hésité un seul instant à prêter le serment de Georges et se serait-il cru tenu par là de ne pas maintenir les articles de la déclaration du clcri;c en 1682:

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tard que son intention avait toujours ctc de défendre les Conipactats et le calice. Il semble incontestable que les évèques qui ont re^u son serment savaient à quoi s'en tenir et qu'ils s'étaient» après réflexion, contentes d'une formule qui réservait Taxenir '.

Malgré tout, en se prêtant à cette équivoque, Podiébrad avait commis une grave imprudence que n'excusent pas complètement les avantages immédiats qu'il en retira. Il reconnaissait lui-même que son serment prêtait à de fâcheuses interprétations, puisqu'il avait craint qu'il n'inquiétât les Utraquistcs et avait exigé qu'il restât secret ; or, comment admettre que le pape ne l'expliquerait pas dans le sens le plus étroit et ne l'exploiterait pas contre lui *? — Quelle que fût Topinion personnelle de Pie II sur le sens de cette déclaration, il eût été plus que maladroit de ne pas se servir de l'arme qu'on lui offrait. Tout pape eût agi de même, à plus forte raison un diplomate aussi habile à tirer parti de toutes les fautes de son adversaire.

II s'etforça d'abord dt compromettre encore plus Podiébrad en affectant une confiance entière : désormais tout était oublié, l'union était complète ; il restait encore des dissidents dans le rovaume, mais il ne fallait en accuser que le malheur des temps, non la volonté du roi qui était un roi catholique comme les autres et mettrait tous ses? soins ù triompher de l'erreur. Aussi il le traitait comme les autres souverains, le convoquait au Congrès qu'il se proposait de présider à Mantoue, l'appelait son très cher fils, le louait de sa piété, de l'honneur qu'il rendait h la religion. Les formules dont il se servait en lui écrivant

I. C'est ropinîon de Tomek, Vil, Inh^HCtion^ p. 4- ^} deux parties étaient tombées d'accord sur un texte que chacun s'attribuait le droit d'expliquer à sa guise. On ne voulait pas rompre, on ne pouvait s'entendre ; on s'arrêta à une êquivi^ue.

a. M, Ooll, dans la critique si bienveillante qu'il a consacrée à mon travail, semble dispose à admettre que Podiébrad espérait pouvoir tenir son serment. Ce n'est pas impossible, et il est, en somme, asseï vraisembla» ble qu'il n'était pas fanatique du Calice. Mais cela ne modifie guère les choses : quelle qu'ait été son intention, il n'en reste pas moins qu'il a donné prise sur lui en taisant ou en paraissant faire une promesse qu'il n'était

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