‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 37 sur 157 · LA LIGUE DES SEIGNEURS ET MATHIAS CORVIN · texte numérisé non relu

LA LIGUE DES SEIGNEURS ET MATHIAS CORVIN

Paul II ; QOUTelles mesures du Saint-Siège contre Podiébrad. — État de la Bohême : les lettres et les arts; triomphe de la nationalité slave;, restauration de Tautorité royale. — Les sçigneurs : Zdeniek de Stcrnberg et la ligue de Zéléna-Hora. — L*excommunicatioii (1466). — Mathias Corvin et la lutte aTec la Hongrie. — Mort de Podiébrad .(1471); résultats de son règne.

Les dernières paroles de Pie II avaient été pour demander que Ton continuât son entreprise. La croisade , qui n'avait jamais beaucoup passionné les esprits , fut bientôt oubliée et on s'en remit du soin de défendre la Chrétienté à ceux que menaçaient directement les Turcs. En revanche, le nouveau pape, Paul II (i 464-1 471), fit de la répression de rhérésie le principal but de son pontificat.

La plus éminente qualité du successeur de Pie II, c'était sa beauté : il en était très vain, et on avait eu quelque peine à le décider à ne pas prendre le nom de Formose. Borné et violent, il n'avait hérité de son prédécesseur ni la finesse d'esprit ni la profonde connaissance de la politique européenne. Élu à l'unanimité par un de ces caprices de conclave qui ont si souvent étonné le monde, il avait été grisé par son élévation subite, mais son ambition n'était ni justifiée ni soutenue par de grandes conceptions, et son entêtement, qu'il prenait pour de la fermeté, était incapable de calcul. Aux rêveries théocratiques, contestables en principe, inapplicables en fait, mais nobles et hautes, succédait l'orgueil mesquin qui se complaît dans une étiquette rigoureuse et l'étalage d'un luxe criard. Paul II est le premier de ces pontifes médiocres ou pervers qui, à la fin du xv« siècle et au début du xvi«, réduisent la papauté à n'être plus

qu'une puissance temporelle, et, en dédaignant son véritable rôle» préparent par leurs excès ou leurs maladresses son irrémédiable décadence : pour le moment, le plus dangereux adversaire que pût rencontrer Podiébrad. Que signitiaient contre un tel homme les parades ingénieuses et les inventions subtiles? C'était pis qu'un sectaire, un esprit imprévoyant, sans portée, qui foncerait toujours en avant, sans s'inquiéter le moins du monde des résultats probables de ses actes. Cette simplicité d'àme devait arriver en somme aux mêmes conclusions que le fanatisme le plus ardent, et par une de ces contradictions dont l'histoire est coutumicrc, cette absenced'habileté fut la suprême habileté. En accablant Georges sans réflexion et sans mesure de condamnations et d'anathèmes, le pape prenait devant la Chrétienté l'engagement de ne consentir h aucune transaction et de ne s*ari^ter que quand il aurait écrasé l'hérésie ; su résolution, ainsi hautement atKrmée, devait entraîner les tièdes, rassurer les timides» surexciter les convoitises et pousser au combat tous ceux qui avaient une raison ou un prétexte d'en vouloir au roi de Bohème.

La bulle par laquelle Pie II citait Georges à comparaître devant lui , n'avait piis été publiée. L'Kmpereur, Tévèque de Breslau s'étaient interposés, avaient sollicité un nouveau délai; Paul II n'avait p^is cru pouvoir inaugurer son règne par une preuve d'inflexibilité et le leur avait accordé. Mais ce n'était là qu'un répit et non le prélude d'un changement de politique. Les ennemis du roi tchèque» les délégués de Breslau» quelques-uns des cardinaux les plus respectés» Canajal» Bessarion» pouss;ùent aux mesures de rigueur. Georges, du reste» ne paraît pas avoir conservé beaucoup d'illusions sur les probabilités d'une entente dîix-cte avec l'Église. Les relations ortïcicUes qu'il essuie de nouer avec Rome ne semblent a\oir d'autre but que Je ptxniver s;i bonne volonté et de cv>ntenter ses alliés. Kn revanche» il déploie beaucoup d'activité» d'une part» pv>ur obtenir la médiation des divers princes dont la voix a quelque chvince d'être éctmtée iX Rome» et de l'vUitre* pour tran'ilornur Ki quetvlle de laB(.>hèinc et

PODI^BRAft ET PAUL H t2l

du Saint-Siège en une question européenne, en éclairant les autres souverains sur la portée d'une lutte où il s'agit bien moins du dogme que de la dignité et de l'indépendance du pouvoir laïque. Dans cette pensée, il demande que ses démêlés avec le pape soient jugés non par un tribunal pontifical, mais par une conférence internationale qui prononcera entre les deux parties.

Il s'est fait à cette heure en Europe une sorte de silence, à la suite du tumulte et des agitations précédentes. Les guerres qui ont désolé la Prusse, la Pologne, l'Allemagne, ritalie, sont finies ou sur le point de finir. On dirait une sorte de recueillement avant la crise que l'on prévoit et que l'on pressent terrible. A ce moment, la situation de Georges est sensiblement meilleure que lors de la rupture avec Pie II : il a très habilement déplacé les débats, réussi par le tour nouveau imprimé îi la discussion à sortir de la position d'isolement où le condamnait sa fidélité au calice. Bien qu'à la suite des dernières secousses les préjugés religieux eussent été quelque peu ébranlés et que les légats pontificaux aient eu grand'peine dans la suite à réunir quelques milliers de croisés contre les Hussites, l'accusation d'hérésie était toujours fort dangereuse : Georges finissait presque par faire oublier qu'il était le chef d'une secte qui, sur quelques points essentiels, se séparait de l'Eglise; il appelait auprès de lui Grégoire Heimbourg dont la vie entière n'avait été qu'une protestation contre les prétentions pontificales et que le duc de Saxe lui avait retommandé comme l'homme le plus capable de défendre sa prérogative royale (1466) Ml se plaçait ainsi sur le terrain du droit constitutionnel européen. La question du calice disparaissait devant une autre, bien plus favorable : les souverains ac-

I. Grégdirc Heimbourg est certainement un personnage Intéressant et il serait tout à fait injuste- de le confondre avec les diplomates aventuriers de cette époque, mais mi exaj»ùrc quelque peu son importance et Ton en trace un portrait par trop éclatant. Prétendre que Georges l'appelle, parce qu'il n'y avait perscmnc en Bohcmc que l'on pût lui comparer, c'est dénaturer les laits. Seulcnicni, les Tchèques auraient été suspects d'hérésie, Grégoire ne rcprûbcniaii que lu icsisiance dans les limites de la foi.

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cordaient-ils au pape le droit de disposer des couronnes et de déposer un roi?

Les manifestes de Heimbourg et les manœuvres de Podiébrad n*étaient pas sans effet. A plusieurs reprises, TEmpcrcur, le duc de Bavière, les princes saxons étaient intervenus, avaient pressé le pape de consentir à la réunion de cenc conférence internationale, à Texamen de laquelle le roi s*cngageait à soumettre sa conduite. A la diète de Nurembci^ \jiox. 1466^ malgré toutes les protestations du légat, Tennemi personnel de Georges, Pantin de Valle, les princes allemands décidaient d'envoyer une ambassade à Paul II, pour lui représenter les inconvénientsd'unc rupture ouverte, le devoir, en présence du péril turc, de ne pas diviser les forces chrétiennes. Les objurgations réitérées de la Curie échouaient devant Tinertie de Casimir de Pologne, qui refusait la couronne de Bohème. Louis XI accueillait avec distinction les.ambassadeurs tchèques et montrait les meilleures dispositions pour Georges, au grand dépit de ses conseillers ecclésiastiques '. Ces succès bien réels expliquent la confiance du roi, qui était à la vérité assez optimiste. « Tout va bien, grâce ù Dieu, écrivait-il à son fils Victorin ^. » Ses ennemis en étaient réduits à compter sur un miracle. « Pourquoi, s*écrîait Carvajal, tout mesurer suivant la raison humaine? Ne devons-nous laisser aucune part à Dieu dans les choses importantes? Si nous ne sommes aidés ni par TEmpereur, ni par la Hongrie, ni par la Pologne, eh bien. Yen réponds, le seigneur nous aidera et frappera la tète impie. Faisons notre devoir, il fera le reste -^. »

I. Ea 1464* ctait arrivée en France une gr nJc «nibu&saJe ichô)ae à U tète dû Usuelle se trouvaient Marini et Albert Kotska Je IS uoupitse. Un se» crêtnire de raml>as5iide« laro$lav« nous a Jjissè un ioumal i-uneux «le cette mission. Elle aN>utît à un traite d'alliance, assez vague d^aïUcurs, mais qui ciait tout ce que pouvait cspcrer Ge^>rgcs. En !4t»7> lor^îu'il s'occupe de la rcuuu>u d'un cinicilc, il cuvv>tc à Louis, un unibutssadeur pi»ur resserrer et préciser Tailiance : cet envvnè est ro;u par le roi ic 2*» avril 141*7, et Louis XI lui fait un accueil bienveillant» — M. Kjl«>usck .1 publie le journal de Jar>»ïiîa\ dans le tosne VII de TArchiv tchesk\« p. 127-445.

;. ^ Hmi I4»V>; Pîiîa?sk\\ IL 2* ?*K'.

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