APOGÉE DE L*ÉGLISE ROMAINE
d'immenses domaines, disposant de revenus qu'augmentait sans cesse la pictc des croyants, l'Eglise avait complète son organisation et donné à sa doctrine sa forme définitive. Le clergé, soumis au célibat et étroitement dépendant de la cour de Rome, formait une corporation sacrée qu'élevait au-dessus des fidèles le droit exclusif de communier sous les deux espèces. Des ordres monastiques nouveaux, les Dominicains et les Franciscains, mettaient au service du Saint-Siège leur enthousiasme juvénile et leur dévouement sansscrupules. Les cérémonies du culte se multipliaient, magnifiques et éclatantes; les sept sacrements rattachaient à l'Église la vie tout entière, du berceau à la tombe; la scolastique, avec saint Thomas d'Aquin, soumettait la science il la foi,, et l'art ogival couvrait le monde d'admirables cathédrales.
Par une loi fatale, le déclin suit toujours de près le triomphe, La victoire a pour conséquence nécessaire l'abus de la force, et pour suite inévitable la décadence. L'Église au moyen ûge représentait la civilisation et le progrès; son autorité devint dangereuse du jour où elle fut sans contrepoids. Au milieu de la division infinie elle avait maintenu l'idée de l'unité, mais les nationalités, qui prenaient peu à peu une plus claire conscience d'elles-mêmes, ne devaient pas supporter longtemps le joug sous lequel elle prétendait les plier. Ses dogmes oflraient aux âmes la doctrine la plus haute et la plus pure que comportât l'état des esprits à cette époque; mais toute règle inflexible devient bientôt insupportable à l'intelligence humaine, et le despotisme le plus éclairé ne saurait avoir d'autre eftet que de se rendre inutile, l'n demi-siècle après la défaite des Hohenstaufen, ils trouvaient un vengeur dans Philippe le Bel. Cent ans à peine après Innocent IV, le pouvoir de l'Église était battu en brèche de tous côtés. Résistances des princes, soulèvements populaires, hérésies, mysticisme, satires, l'insurrection revêt toute les formes, mais au fond de toutes ces asitations se retrouve la même impatience de l'autorité pontificale.