‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 45 sur 157 · MATHIAS CORVIN · texte numérisé non relu

MATHIAS CORVIN

remords.Malgrésoninstruction et bien qu'il se piquât même de science et de théologie, il avait conservé quelque chose du chef de bande des invasions hunniques : le peuple magyar se reconnaissait en lui avec sa fougue, son éloquence, sa vivacité et sa finesse d'esprit, son indomptable énergie, son ignorance des scrupules et son mépris des ménagements, sa fierté nationale et i son dédain des autres races. Tout en lui révélait le soldat, son regard de lion^ ses grands yeux noirs, brillants, souvent injectés de sang, son nez droit, sa large poitrine, ses épaules puissantes. Passé maître dans tous les exercices physiques, cavalier incomparable, supportant sans se plaindre toutes les fatigues et toutes les privations, d'une audace presque folle, inébranlable dans les revers, insolent dans la prospérité, les combats étaient son élément et la guerre était pour lui plus qu'un goût, un besoin. Son âme exubérante méprisait une tâche ordinaire, et il se sentait à l'étroit dans un seul royaume, quelle qu'en fût l'étendue.

Comme Georges d'ailleurs, il était l'instrument d'une transformation dont il n'avait pas une claire conscience, et ses instincts de rapine préparaient l'œuvre de l'avenir. Le mouvement de concentration qui, vers la même époque, se traduisait dans l'Europe occidentale par la constitution des monarchies française, anglaise et espagnole, agitait aussi l'Europe orientale. La nécessité d'union était même ici d'autant plus évidente qu'il fallait faire face aux Turcs. On a quelque peine aujourd'hui à prendre fort au sérieux les dangers de l'invasion ottomane et on ne tient pas assez compte du rôle énorme qu'a joué la terreur musulmane dans toute l'histoire des populations exposées à leurs attaques. On oublie trop vite que jusqu'à la fin du xvii*^ siècle une moitié de la Hongrie appartient au sultan et qu'en 1 683 Vienne a été en grand danger. Comment les États que menaçait le même péril et qui, isolés, étaient trop faibles pour le con- JLurer, n'eussent-ils pas été tentés de mettre en commun leurs ressources et leurs destinées ? Cette question de la formation d'un grand empire oriental préoccupe plus ot '^ins

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tous les souverains de la Bohême» de la Hongrie et de TAu* triche» au xv« et au xvi* siècle. Bien que la solution fût indiquée» le problème était des plus délicats. Il s'agissait de rassembler dans une immense monarchie des peuples diffe* rents par la race» la langue» les goûts» les habitudes» les intérêts» qui avaient déjà derrière eux des siècles de souvenirs et que séparaient des haines invétérées et des torrents de sang. Dans ces conditions» Tunion devait presque fatalement prendre la forme de la conquête» et il était évident que les utiles conséquences générales qu'on pouvait en espérer, ne paraîtraient pas aux vaincus une compensation suffisante de la domination étrangère et de la perte de leur nationalité étroite. Elle ne fut ainsi jamais acceptée» mais imposée» et resta précaire jusqu'au moment où des défaites irrémédi^jbles brisèrent les forces de résistance et où ceux qu'avait trahis la fortune» s'abandonnèrent inertes à une fatalité maudite. L'union se fit plus tard au profit de l'Autriche» à l'époque de Ferdinand I*"^ et de Ferdinand II ; elle avait été réalisée un moment au profit de la Bohême» en droit sinon en fait» à l'époque de Ladislas ; Mathias voulut la faire au profit de la Hongrie» mais sans y réussir.

Depuis 1 464» il n'était pas très bien disposé pour Georges. Lorsque Marin i était venu lui proposer la main d'une autre fille du roi de Bohême» il avait refusé assez sèchement ^ Les grands projets de confédération européenne l'avaient laissé plus froid encore; il devinait que cette vaste ligue ne lui fournirait pas des secours bien réels contre les Turcs» et il était choqué de la place prépondérante que se réservait Podiébrad. Comment d'ailleurs son avidité inquiète et sa vigilance en quête d'occasions n'auraient-elles pas aperçu immédiatement les perspectives favorables que lui ouvrait la probabilité d'une rupture de la Bohême avec la papauté? Tandis que Georges comptait sur sa médiation» il avait déjà fait ses offres de service au Saint-Siège. « Très Saint-Père, ccrivait-il le 2 octobre 1465, je me suis voué une fois pour

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toutes et sans condition, moi et mon royaume, à la Sainte Église Romaine et à Votre Sainteté. Il n'y a pas de tâche, quelque difficile et dangereuse qu'elle soit, qui ne me trouve prêt à l'accomplir, surtout quand il s'agit de défendre la foi catholique et d'anéantir l'incrédulité des méchants. Les anciens traités, que m'a imposés la nécessité du moment et que, je ne l'ignore pas, l'autorité apostolique a le droit d'annuler, ne m'arrêteront pas, et la puissance de personne au monde ne m'effraiera. Aussi, qu'il s'agisse des Bohèmes ou des Turcs, Mathias et ses Hongrois sont prêts : toutes mes forces et celles de mon royaume demeurent dévouées pardessus tout à Votre Sainteté '. »

Les prétextes de plaintes ne manquaient pas. Les frontières nord et ouest de la Hongrie étaient infestées de hordes de pillards dont l'origine remontait aux bandes militaires hussites et que l'on appelait, d'un mot bohème, les Zébraques, les mendiants. Ils n'avaient plus de bohème quelle nom et étaient composés d'aventuriers de tous pays, attirés par l'espoir du butin et le charme d'une vie de hasards; Mathias s'obstinait à rendre Georges responsable de leurs incursions, bien que ce dernier n'eût en réalité ni pouvoir ni droit sur ces condottieri. En 1466, les récriminations magyares devinrent si aigres qu'on craignit une guerre immédiate : une invasion des Turcs en Transylvanie rappela Mathias vers le sud et lui conseilla la modération. La cour de Rome répondait assez froidement à ces invites. Était-ce souci des intérêts généraux de la chrétienté et regret d'épuiser dans une guerre privée des forces si nécessaires ailleurs? — Ce n'est pas impossible. — Il est plus probable qu'elle se défiait quelque peu de cet auxiliaire, dont elle connaissait la turbulence et la hauteur. Mais plus encore que le pape, les seigneurs tchèques hésitaient : ils étaient fort au courant des affaires de Hongrie, et le nouveau maître qui se proposait à eux, n'était pas de leur goût. L'événement se chargea de justifier leurs incertitudes, et les provinces qui devinrent

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