‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 47 sur 157 · Cp. Grûnhagen, Gtsch, Schlnitns, K p. ??S et · texte numérisé non relu

Cp. Grûnhagen, Gtsch, Schlnitns, K p. ??S et

TCHEQUES ET MAGYARS l53

sinon un danger, au moins un embarras. Symptôme plus grave : les catholiques, qui étaient demeurés soumis au roi jusqu'alors, étaient de plus en plus troublés dans leur conscience, et la résolution des plus hardis n'allait qu'à ne pas prendre les armes contre lui, mais non à le secourir. Cette timidité s'emparait aussi des autres princes, et, si les mieux disposés risquaient encore quelques observations a Rome, il n'avait à compter sur aucun secours effectif.

Même dans ces conditions si inégales, Georges soutint sans désavantage l'assaut de la coalition catholique, et, à le voir ainsi balancer la fortune, on se prend à regretter qu'il n'ait pas cru devoir accepter plus tôt le combat et que ses lenteurs aient laissé à ses adversaires le temps de s'organiser et de se renforcer. Mais, d'autre part, ses tergiversations semblent naturelles et se justifient, dès que l'on pense à la violence des passions déchaînées et aux épouvantables souffrances du pays. Il ne lui était plus possible d'empêcher l'invasion de la Bohême, et les bandes hongroises, renouvelant les fureurs des croisés, ruinaient le pays pour se consoler de ne pas pouvoir le conquérir. Même à ce moment-là d'ailleurs, en dépit des justes colères provoquées par tant de dévastations et d'atrocités, il. songeait à un compromis, le désirait, l'attendait. Il ne croyait pas surtout à une guerre sérieuse avec Mathias, ne voyant dans son défi qu'une folie de jeune homme. Il gardait dans un coin de son cœur un peu de tendresse pour ce roi qu'il avait si longtemps appelé son fils. Pendant l'hiver de 1469, Mathias s'était imprudemment aventuré en Bohême : il fut surpris dans une position désavantageuse et cerné par l'armée hussite beaucoup plus nombreuse, près de Vilemov. Les Hongrois, affaiblis par les privations et le froid, étaient perdus; les Tchèques brûlaient d'impatience de venger leurs souffrances sur « l'ennemi de la patrie »; de toutes parts accouraient des paysans, armés de faux, de fléaux, de haches, de pieux. La désillusion et la tristesse furent extrêmes quand on apprit que le roi signait une trêve avec les Hongrois, leur accordait une libre retraite, sans même exiger un traité,

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sans garantie, sur une promesse vague. « Je n*ai jamais vu un homme aimer davantage la paix, » écrivait à cette occasion Grégoire Heimbourg S et cette générosité naïve, coupable presque à force de magnanimité, explique bien des actes de sa vie. Les négociations qui suivirent n^eurent naturellement aucun résultat, mais elles avaient beaucoup inquiété les rebelles tchèques. Mathias profita de leur anxiété pour exiger un plus haut prix de son alliance, et ils consentirent à rélire roi de Bohême (mai 1469.)

Georges fut bien obligé de s*avouer que toute espérance de paix devait être ajournée, et il ne songea plus qu'à prou* ver la supériorité des armées tchèques. La Bohême qui avait eu quelque peine, peut-être retenue par son roi, à se remettre à la guerre, retrouva toute sa puissance de résistance et tout son enthousiasme patriotique et religieux. Pen* dant les deux années qui suivent, la fortune, qui déjà auparavant semblait pencher vers Georges, se prononce de plus en plus en sa faveur. Peu s*en faut qu'une nouvelle invasion hongroise ne se termine par un désastre : Mathias n'échappe à une défaite honteuse qu'en se repliant à la hâte et avec de grandes pertes. A plusieurs reprises, les colonnes tchèques victorieuses parcourent la Silésie et y répandent l'épouvante et l'incendie. Les catholiques terrifiés voient revenir les jours sinistres où les bandes taborites de Procope promenaient la désolation et le calice dans toutes les contrées limitrophes de la Bohême. Leur courage et leur patience ne sont plus soutenus par un fanatisme bien vif i malgré les efforts de l'Église, le temps avait fait son oeuvre, ils s'étaient peu à peu habitués au voisinage de l'hérésie ; leur foi attiédie se fût contentée d'une condamnation platonique et jugeait excessifs les travaux que leur imposait leur dévouement au pape; surtout ils n'avaient jamais eu de griefs sérieux contre Georges. Dans toute la Silésie, ce n'était qu'un cri contre les démagogues de Breslau, sur qui retombait la plus lourde responsabilité. Le légat pontifical,

i.Tomck, VII, p. a:<K.

Srr.CKS DF. PODIKBRAI) I ."»

Rodolphe de Lavant, qui avait remplace Jost de Rosenberg comme évèque de Breslau, personnellement atteint par la ruine de ses domaines, se repentait ouvertement de ses conseils belliqueux : il n'aurait jamais poussé le pape à une rupture, s'il avait connu la force véritable des hérétiques. La terreur lui inspirait une mansuétude inattendue : Tl^vangile, disait-il, ne demande pas la mort du pécheur '. A Breslau même, le commerce arrêté, les relations interrompues, les alertes continuelles avaient singulièrement attiédi les premières ardeurs -.

En Bohème, le zèle de l'administrateur catholique était paralysé par l'indiflerence générale, et ses menaces provoquaient quelquefois une résistance ouverte : les nobles utraquistes chassaient de leurs domaines les prêtres qui s'entêtaient à exécuter les ordres d'Hilaire. Les seigneurs rebelles, très fatigués, se reposaient volontiers sur Mathias du soin de mener à bonne fin l'entreprise, regrettant déjà au fond de l'àme le roi qu'ils avaient trahi. Au dehors, l'opinion, un moment ébranlée, revenait a Podiébrad : son énergie et ses succès l'entouraient d'une sorte d'auréole. Une politique bien entendue n'ordonnait-elle pas de le sou-, tenir contre un adversaire dont on connaissait le peu Je scrupules et dont le triomphe, en réunissant la liohèjnu a la Hongrie, aurait compromis l'équilibre de TKurope orientale? Quelques princes de l'Kmpire avaient conservé avec Georges des relations très amicales : ils jugèrent le moment

1. Kschcnlocr, cd. latine, 217. Cp. (îrCinhagen, p. '.^2?. nausuiic rciiiii«>M à Trcbnitz, janvier i47r, on se lamentait, et un des conseillers ilcvl.ira iju'il taliait se soumettre à la volonté des dieux et aux planètes qui connnaïuiaienl à la destinée des hommes. >< Uaisse/.-moi don«^ tranquille avec vos planètes, répliqua le duc d'(Kls : ï»'il n'y avait pas eu seulement ces deux maudites planètes de lireslau, le prieur Jean Duster et le chantre Nie. Tempelfeld ! Voilà les planètes du diable qui ont empoisomié la patrie, u - (^'étaient lc^ deux démagogues qui avaient été les principaux instigateurs île la guerre civile.

2. Les ennemis les plus acharnés de Pculiébrail C(»mmen(;:iienl en\-mC-mes a èirc gagnés par le découragement gcnépal. « Ah ! seigneur, s'écriait 'renjpelfeld, qui eût pensé que la puissance Aca hêréticines tût si grande! >» Les préilicateurs qui, jusqu'ahirs, avaient lonjoiirs poussé an\ mesures cMicîuc>. recoiiiiiKiniienl dés<»rni;iis l:i UMulératioii cl le cahne.

ESPKB»VCES M- »01

venu de reprendre leurs projets d'inteirention. Les princes saxons cnvo}'èrent au pape une ambassade, et les dispositions de la Curie semblèrent beaucoup moins hostiles. Un des cardinaux avait même eu le courage de prendre en main ]a cause du réprouvé, et Paul II n'opposa pas aux médiateurs une tin de non-recevoir absolue ; il avait ctc évidemment étonné de la défense de Georges. Bien que son intelligence fùi trop courte pouri^u'il se rendît précisément compte du discrédit que causait à l'Église une lutte trop longtemps indécise ci dans laquelle le beau rolc était certainement du côté des hérétiques, il était tourmenté par une vague inquiétude. Quel serait son embarras si lessuccc.sdu roi de Bohême devenaient plus décisifs ou même si sa résistance se prolongeait ! Ne valail-il pas mieux essayer de traiter avant que la retraite prit l'apparence d'une déroute? Les nouvelles qui lui arrivaient de tous côtés l'y engageaient. Frédéric UI avait de nouveau rompu avec Mathias, qu'il accusait de l'avoir indignement trompe ; de Hongrie même, les renseignements étaient fâcheux : quelques-uns des mag* njis les plus influents, très irrités du despotisme du roi. préparaient un soulèvement. Enlîn Podiébrad, par un acte de génie diplomatique, venait d'enlever à la ligue toute chance sérieuse de succès.

Pour conjurer los périls dont la coalition hongroise et catholique menaçait la Bohème, il avait renoncé à lout espoir de fonder une d; nastie, et il avait fait élire pour son successeur par les Kiais tchèques le tils de Casimir de Pologne, Vladislas .,i4Ôii' '. C'était une de ces parades imprévues dans lesquelles se révélait la grandeur de son esprit ei de son âme. Il fermait sii carrière, comme il l'avait ouverte, par un coup d'écljt. véritable coup de théâtre, aussi inattendu ci aussi décisif que l'avait été jadis la prise de Prague. Il sacrifiait au biyn de son peuple ce qui tient le plus au cojur de l'homme, ^es espérances, l'avenir de s;i race, et cela, non pas sous la p^cs^illll de la nécessité et pour écaner une défaite iné-

BIFFICI'LTICS DE LA SITUATION iSj

^^table, mais par un libre exercice de sa volonté, de son ^^'n gré, sans autre but que de rendre le triomphe plus aisé p^l^oins sanglant. Il n'avait pas un besoin absolu de l'alliance r^^ïiaise; les faits le prouvèrent: jusqu'à sa mort, il ne ^'Vv^^ aucun secours de Casimir, et il n'en repoussa pas moins ^^\v ^rieusement toutes les attaques. Ému seulement des V. nranccs de la Bohême, il avait aperçu dans l'élection de ^ ^^dislas un moyen de lui procurer quelque répit, et il l'avait acceptée sans hésitation, sans donner un regret à ses projets personnels. Mathias, inquiet de la tournure que prenaient les événements, essaya aussi de gagner le roi de Pologne^ lui offrit à son tour la couronne tchèque. Vladislas, de son côté, n'avait pas accepté sur-le-champ l'élection des Etats, discutait certaines conditions. Malgré toutes les difficultés, tout le monde savait que l'union entre la Bohême et la Pologne était désormais assurée et que toutes les attaques contre l'Utraquisme étaient condamnées à un échec inévitable.

Non pas cependant que la victoire des Hfussites dût être considérée comme facile ou prochaine. Des années de combats auraient sans doute été nécessaires pour que le pape consentît à confirmer les Compactats. Il ne faudrait pas exagérçj. la valeur de quelques symptômes isolés : quelles ^'ent encore les dispositions intimes de la cour romaine, ^^ ^«xrdinaux venaient de le montrer, en repoussant les V>XC>positions des princes saxons, et ces demandes étaient cependant si modérées, si timides, qu'il est très probable que Georges n'aurait ni voulu ni pu les accepter (1471^ '• Les ligueurs bohèmes, malgré leurs échecs et leur abattement, n'étaient pas non plus encore sur le point de céder, et l'insurrection pouvait se traîner assez longtemps, avant d'être définitivement écrasée. Les Utraquistes devaient à leur exaltation religieuse et nationale plus encore qu'à leur supériorité numérique un incontestable avantage sur une coalition chancelante et un peu honteuse de son rôle; mais

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