‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 52 sur 157 · PRAGUE · texte numérisé non relu

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de justices municipales, et les cas dans lesquels il était permis d'en appeler de ses décisions au tribunal royal étaient très limités. Dans les diètes et dans les ambassades, son chancelier représentait tout l'Ordre des villes, parlait en leur nom. On choisissait parmi ses habitants le souschambellan, véritable ministre des affaires municipales et ecclésiastiques, qui siégeait au conseil du roi et y représentait les bourgeois au milieu des chevaliers et des seigneurs '. Grâce à ces chambellans et en particulier à Venceslas Valétchovsky de Kniézmost (1452-57) et à Samuel Hradek de Valétchov (1467-1485), elle retrouva assez vite sa prospérité matérielle et elle réussit à maintenir autour d'elle toutes les cités secondaires.

La grande majorité de la population de Prague était dévouée à rUtraquisme : lorsque divers symptômes avaient semblé trahir quelques hésitations de Georges, elle avait protesté hautement contre toute restauration catholique, et, dans^ la dernière partie de son règne, sa foi n'avait marchandé ni le dévouement ni les sacrifices. L'élection de Vladislas avait été accueillie par elle avec' une joie bruyante, parce qu'elle y avait vu la garantie d'une victoire prochaine et complète de la Réforme : Tirritation fut extrême quand le roi se tournaicontre ceux qui l'avaient choisi, et elle fut d'autant plus profonde que les Catholiques, reprenant la politique de Sigismond, voulurent forcer les Calixtins à travailler de leurs propres mains à la ruine du Hussitisme.

Ce qui manquait au moyen-âge, ce n'était pas la liberté, mais la possession paisible de cette liberté. Comme le droit public n'était que la réunion de privilèges divers et sauvent contradictoires, aucune condition n'était assurée ni aucune conquête définitive; la lutte de tous les jours était très favorable au développement des vertus civiques et rendait plus précieuses des franchises toujours contestées, mais elle créait un état permanent d'instabilité : dans ces con-

I. V. les chartes accordées aux Praguois par Sigismond (i435 et 1436), pa* Ladislas (1454), par Georges (1458 et 1460), par Vladislas (1472) : privilége| de la ville de Prague, p. 316 çt sq., 236, 243, 253, 263, etc.

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stîtutions qui s'étaient dcveloppées lentement» sous des efforts successifs, tous les partis trouvaient les armes dont ils avaient besoin pour accomplir leurs desseins. Prague avait eu Toccasion déjà de s*apercevoir que ses privilèges ne la mettaient past Tabri de toute déconvenue.

Avant la guerre hussite» les franchises municipales ne profitaient guère qu*à quelques grandes familles boui^eoises qui maintenaient dans une dépendance presque corn* plcte le reste de la population. Au moment de la révolution, la majorité tchèque se débarrassa de cette oligarchie étrangère qui détenait tous les offices en vertu de droits héréditaires et qui opprimait ou, plus exactement, supprimait le reste des habitants. Ce ne fut pas un simple changement de personnes. Les conseillers perdirent leur omnipotence et ne furent plus que les délégués responsables de la commune; leurs pouvoirs furent strictement limités; dans les affaires administratives^ ils furent assistés et surveillés par les anciefts, et ils furent tenus de soumettre aux assemblées générales toutes les questions importantes. On revit à Prague ce qui s*était passé dans les républiques anciennes : la foule n'abdiquait pas ses pouvoirs en les déléguant, mais les exerçait directement elle-même.

L'égalité absolue est un idéal, toujours poursuivi, toujours fuyant. L'ancienne oligarchie avait à peine disparu qu'une autre commençait à poindre. Toutes les vieilles familles n'avaient pas été chassées, et elles n'abdiquaient ni leurs .souvenirs ni leurs espérances. Quelques hommes nouveaux s'étaient enrichis pendant les troubles ; d'autres étaient désignés aux suffrages de la foule par leur éloquence, leurs talents ou leurs violences. Ils ne se contentèrent pas longtemps d'être des chefs de parti, mais cherchèrent peu à peu à s'élever audessus de leurs concitoyens et à augmenter aux dépens des assemblées l'autorité qu'ils tenaient de leur vote.

Lorsque la ville se soumit à Sigismond, il fallut bien qu'elle lui reconnût certains droits, au moins en principe. II avait renoncé à presque toute action sur la justice et l'administration communales; il conserva une surveillance gé-

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néralc, retint la nomination des conseillers. C'était la tradition, et personne ne s'était inquiété de cette intervention royale, tant elle était entourée de réserves et de restrictions : le droit du roi ne s'exc^rçait que lorsqu'il était présent dans le pays; les conseillers étaient choisis sur une liste dressée par les conseillers sortants^ pris exclusivement parmi les Utraquistes et renouvelés chaque année. Leur compétence était nettement déterminée, et, dans tous les cas, la surveillance des anciens et des assemblées' générales arrêterait toute velléité d'usurpation. Mais que valent les précautions ncôntre la force des choses? Sigismond, qui ne se faisait aucune illusion sur les sympathies des Praguois, chercha à tenir en échec leur mauvais vouloir en leur imposant des magistrats dont il fût sûr et en étendant la compétence de SCS représentants au détriment des pouvoirs démocratiques. Les catholiques et les ambitieux l'appuyèrent, les engagements pris furent tournés, et, de 1438 à 1448, la capitale du Hussitisme,soumiseàun bourgmestre catholique, devint la complice involontaire et frémissante de la réaction, jusqu'au moment où elle fut délivrée par Podiébrad.

Vladislas, quand il reprit la politique de Sigismond, reprit aussi ses errements, et il eut pour instruments à son tour les hommes qui espéraient fonder leur pouvoir sur la ruine des libertés communales. Les conseillers furent pris parmi les Utraquistes, pour écarter tout motif légal de réclamation, mais ils étaient prêts à l'apostasie; leur attitude paralysait tous les efforts des Hussitcs dans la ville et les condamnait au rôle de témoins inertes des événements, en attendant qu'ils en fussent les victimes. Il en était de même à Koutna-Hora, la deuxième ville du royaume ; au centre du district minier longtemps le plus prospère de la Bohême, Koutna-Hôra * avait dû un développen^ent rapide aux riches

\, Koutna-Hora (Kuttcnbcrg), à l'Est de la Bohcmc; des mines d'argent avaient été découvertes dans ces régions vers le milieu du xiii* siècle, et Ton y avait frappe, vers i3oo, les premiers' gr''OA\d'argeni. Les mines d'argent sont abandonnées depuis trois siècles, mais Ton exploite encore des mines de cuivre et de plomb.

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