‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 54 sur 157 · DEFAITE DES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

DEFAITE DES CATHOLIQUES

champ. ^'l;ldisIas, indigne de Toutragc fait à son autorité, réunit une armée, demanda l'appui de la Pologne, de la Bavière, de Mathias même. Sixte IV l'approuvait, envoyait bulles sur bulles en Allemagne. Vaine dépense d'éloquence! Chaque souverain avait ses ambitions, ses ennemis; Vladislas ne reçut du dehors ni un homme ni un écu.

Ses troupes étaient assez nombreuses, mais que valait leur chef et que valaient-elles elles-mêmes! La plupart de ses soldats approuvaient la conduite des Praguois; une campagne sérieuse contre la ville insurgée eût suscité une insurrection générale. Le roi s'en aperçut bientôt. Il voulut entrer dans Koutna-Hora, où il redoutait un soulèvement : les habitants lui fermèrent leurs portes. Il n'osa pas entreprendre le siège de la ville et se résigna. Après de longues négociations, il consentit à pardonner aux Praguois, confirma leurs privilèges, permit à l'évèque de Santorin d'exercer librement son ministère, s'engagea à ne pas rappeler les moines sans le consentement de la commune et à choisir les conseillers, suivant l'usage, sur une liste dressée par les électeurs. Les Utraquistes,de leur côté, promirent de rendre aux Juifs et aux religieux les objets qu'on leur avait volés et de payer une indemnité aux bannis *.

Les concessions tardi ves affaiblissent et dégradent. Quand le roi rentra à Prague, il fut à diverses reprises l'objet de manifestations hostiles; sa vie même était en danger. Il abandonna l'ancien château royal et se retira à quelque distance de la cité, sur les hauteurs qui dominent la Petite-Ville; l'architecte Bénech de Louny y construisit pour lui un magnifique palais. Ce dé-part était une abdication, et, jusqu'à l'avènement de Ferdinand I, Prague jouit d'une indépenpendance à peu près complète.

La défection du roi enlevait aux Catholiques tchèques leurs dernières chances de succès : en réalité, ils ne désiraient pas une rupture, et des intérêts nouveaux sollicitaient leur ambition. Les derniers événements avaient inspiré à leurs prê-

I. Le traite a ctc puWic par Goll, Comptes-rendus j 187K. p. 9 et suiv.

208 PAIX DE KOL'TNA-HOKA

trCsS de salutaires reflexions : les chanoines avaient de nouveau été forces de se cacher et de s'enfuir ; Tadministrateur de rarchevèché, Hanouch de Kolovrat, était mon de peur. On le remplaça par un politique, fort modéré, Etienne Poutchok deTaImberg, après avoir servi fidèlement Podiébrad jusqu*à ses derniers jours, avait refusé même après sa mort, de reconnaître le protégé du pape, Mathia^ (-orvin, et s'était prononcé très courageusement en faveur de Vladislas. La piété chez lui n'excluait pas la prudence; il aimait son pays et le repos, connaissait bien ses compatriotes, et avait acquis dans les allai res auxquelles il était mêlé depuis longtemps la crainte des aventures et Thorreur des aventuriers. Il jugeait que le meilleur moyen d'amener les hérétiques à se soumettre n'était pas de les pousser à bout. L'expérience lui avait servi, et, après quatre-vingts ans d'échecs, il tiouvait inutile d'essayer encore des remèdes violents. Les laïques se rendirent sans peine à ces raisons. Les Tiraquistes ne désiraient pas moins vivement le relourde la sécurité et de la paix : les luttes de castes tendaient à primer les passions religieuses, et les nobles, des deux religions, commençaient à craindre que leurs divisions ne servissent qu'à alVaiblir leur autorité au grand avantage des villes. I)ans ces dispositions communes, la paix ne fut pas dillicile à conclure. Klle fut signée à Koutna-Hora en i 4X?.

Il y avait deux ans que Luther était né, on était au seuil delà période des guerres confessionnelles; au moment où s'ouvrait l'époque des convulsions religieuses, les partis en Bohème étaient conduits par la force des choses a proclamer un ré<îime de tolérance et de liberté de conscience. Kn \ertii de la convxMition de Koutna-Hora, les Utraquisies et les Catholiques jouissent des mêmes droits et des mêmes franchises : les deux partis restent en possession des cures qu'ils occupent régulièrement, mais tous les habitants du royaume sont libres de suivre le culte de leur choix; les prédicateurs s'abstiendront de toute polémique et de toute injure; les Compactais- sont reconnus comme une loi du royaume, et, s'il plaît aux Calixtins d'envoyer une ambassade au pape

Page 1