PAIX DE KOUTNA-HORA
pour en solliciter la confirmation, leurs demandes seront appuyées par le rai et les Catholiques. La paix était conclue pour une période de trente et un ans, mais, en 1 3 1 2, elle fut déclarée perpétuelle '.
L*on a relevé dans ce traité des lacunes et des obscurités : le droit des sujets, des paysans, n'était ni assez nettement formulé ni assez solidement garanti. Après comme avant, quelques seigneurs ne résistèrent pas à la tentation d'assurer le salut de leurs serfs en leur imposant leurs propres croyances ; les villes continuèrent à refuser le droit de bourgeoisie à ceux qui ne professaient pas la religion de la majorité. Malgré tout cependant, la paix de Koutna-Hora marquait un immense progrès et elle crée un très réel titre d'honneur aux hommes qui l'ont préparée et maintenue, bien qu'ils n'en aient d'ailleurs en général ni admis ni même aperçu les véritables conséquences. La politique de Podiébrad recevait des événements une éclatante confirmation : l'État moderne se constituait sur les ruines de la théocratie, la loi étendait- sa protection impartiale sur les hérétiques comme sur les orthodoxes. Après de redoutables épreuves, la Bohème, sous la pression des circonstances plutôt que par la volonté consciente des hommes, acceptait en fait l'indifférence du pouvoir en matière religieuse. Comme il arriva pour les autres pays deux ou trois siècles plus tard, les luttes confessionnelles avaient usé le fanatisme par ses excès mêmes ; les partis se résignaient à se supporter, puisqu'ils n'avaient pas réussi à s'exterminer. La Réforme n'avait pas atteint son but, supprimer les abus de l'Église; elle l'avait dépassé, supprimé l'Église elle-même, en tant que puissance temporelle et souveraine. Bien peu d'événements dans l'histoire ont une signification plus profonde et marquent un progrès aussi sérieux; bien peu aussi sont à la fois aussi instructifs, aussi humiliants pour l'orgueil humain et aussi pleins de promesses pour l'avenir de l'humanité, que cette
I. Les décisions de la diète de Koutnu-Hora ont été publiées dans les Archives Bohèmes, IV, 5i2-5i6, et V, 418-427.
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convention mal taillée, que la lassitude imposait aux actions. La rupture d*une partie de la nation avec Rome avait créé des besoins nouveaux, et de ces besoins sortait une constitution politique nouvelle. Remarquable exemple dans le monde moral de la loi de l'adaptation des organes au milieu : de Timpuissancè des sectes rivales naissait un des plus nobles sentiments de la conscience moderne, le respect d'autrui, la tolérance.
Le traité fut en somme assez bien observé. Vladislas, averti par les derniers incidents, avait renoncé à ses plans ambitieux de restauration catholique ; son inertie gagna les derniers partisans de la Curie. Les deux partis conservèrent leurs positions ei parurent renoncer à tout désir de conquêtes. Les papes avaient oublié la Bohème: après plus d'un dcmi-sièclc d'efforts stériles, ils ne s'occupaient plus de l'hérésie tchèque ; la période dos guerres hussitcs était terminée.
L'armistice se prolongea jusqu'au moment où les progrès de la Reforme allemande réveillèrent l'énergie de TÉglise, et où, menacée, non plus seulement sur un point secondaire et lointain, mais dans sa puissance tout entière et jusque dans son existence, elle rassembla ses forces dans un suprême élan pour rétablir son autorité. L'œuvre abandonnée par Vladislas fut reprise par Ferdinand I, mais avec de tout autres qualités de persévérance, de vigueur et de prudence»