UNE ERE NOUVELLE
s*clèvcnt : le clergé hussite est abandonne sans direction, les cures sont vacantes; les fidèles, indociles; n'essaîera-t-on pas démettre fin à cet état d'anarchie morale? — L'Université est ruinée, s;\ns élèves; comment lui rendra-t-on son ancienne prospérité? — Le mouvement humaniste pénètre peu à peu dans tous les pays voisins; ne conviendrait-il pas de lui emprunter certaines, idées, qui renouvelleraient la religion nationale, lui rendraient plus d'autorité et d'action? — L'opinion publique se détourne indifférente : le rideau est tombé; qui s'occupe encore de dogme, d'administration ecclésiastique, de progrès moral ! Quelques déclarations vagues, quelques bonnes paroles, ei l'on passe, emporté par d'autres intérèts.
tacite indifférence, très conforme à la nature de l'esprit humain et qui, si Ton va au fond des choses, n'était que le dernier terme et comme la caricature des théories de Geornés de Podiébrad sur la neutralité de l'Etat en matière de dogme, offrait de graves dangers : on s'en aperçut bientôt. Le mal cependant n'eût pas été sans compensation si Ton avait réussi à résoudre la question constitutionnelle, qui absorbait désormais l'attention. Malheureusement, les luttes politiques furent plus violentes que fécondes, cl elles n'aboutirent qu'à une sorte de chaos, dans lequel tous les pouvoirs étaient contestés et tous les droits menacés. C'est une époque décisive pour le développement futur de l'histoire bohème, et elle contient en germes tous les malheurs et toutes les fautes des siècles suivants.
Deux grands faits surtout se dégagent des événements : rasservissemcnt du peuple et rcffaccment de la royauté; le crime de Vladislas fut de n'avoir pas su protéger la masse de la nation contre les usurpations des nobles et de n'avoir
AFFAIBLISSEMENT DU POUVOIR ROYAL 2l3
pas maintenu le prestige du pouvoir central ; l'extension des institutions féodales, en enlevant toute influence à ceux qui n'appartenaient pas à la caste privilégiée, livra à quelques centaines d'hommes les destinées du pays, ruina l'esprit public, empêcha l'établissement d'un régime stable, — parce que les bases de l'autorité furent trop étroites, — et compromit l'exisience même de la patrie.
La .dépendance de la royauté la condamna, d'autre part, a devenir révolutionnaire, parce qu'il était impossible à la longue qu'elle se contentât de la situation qui lui était faite ; inutile, elle devint par cela même dangereuse, et l'oligarchie qui l'avait annulée fut toujours menacée par ses retours offensifs. L'inertie et l'imprévoyance de Vladislas condamnèrent ainsi le royaume à une série de crises violentes : la liitte des classes et des pouvoirs devint un mal endémique, les partis ne coniuirenv d'autres procédés de gouvernement que les coups de main, et, de fait, la situation une fois donnée n'en comportait guère d'autres.
L'excuse de Vladislas, c'est qu'il avait reçu la couronne dans des conditions très difficiles. « Quand tu es arrivé au trône, dit Bohuslas Hasistein de Lobkovits, tout était chancelant et incertain; il n'y avait rien de solide ni de sûr. Au dehors, la guerre menaçait ; au dedans, les intrigues; beaucoup t'abandonnaient, si leurs services n'étaient pas payés par des dons quotidiens '. » La ligue de Zéléna-Hora n'avait pas rétabli le Catholicisme, mais elle s'en consolait parce qu'elle avait réalisé l'autre partie de son programme, et non celle qui lui tenait le m'oins au cœur. Podiébrad avait été brusquement arrêté dans ses efforts pour relever la monarchie de la subordination où l'avait réduite la révolution hussite : non seulement la guerre avec Mathias avait absorbé son attention, et la révolte des ligueurs enlevé à sa domination une portion du royaume, mais la plus vulgaire prudence l'obligeait à abandonner des projets qui lui auraient aliéné la noblesse encore fidèle. Pour faire face aux