‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 60 sur 157 · Le roi de Bohème était margrave de Moravie · texte numérisé non relu

Le roi de Bohème était margrave de Moravie

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de son sceau par lesquelles il contîrnie les libertés et les droits traditionnels* I.e chancelier les lit devant tous et on les compare aux anciennes chartes, pour s*assurer qu'elles sont bien conçues dans les mêmes termes. A la fin de la cérémonie, le Margrave prête serment à la constitution », les Etats lui promettent en retour obéissance et fidélité, et, à ce moment seulement, le prince fait son premier acte de souverain.

En Bohème, en dépit de ditïérences de pure forme. les su- Jets ne sont de même liés au souverain que par un libre contrat, et leurs rapports réciproques, déterminés par des engagements parallèles, n'ont ainsi absolument rien de commun avec ceux des serfs et de leurs maîtres. Les seigneurs, dit Vchehrd, achètent pour de l'argent des serfs, des serviteurs, des sujets, et ils ont sur leurs serviteurs et leurs gens droit absolu de vie et de mort, comme le déclarent les lois. Le pays, au contraire, élit son roi, Tappellc librement, n\*st pas acheté par lui, mais se donne volontairement à lui; le roi prête serment à la nation ^.

Si le roi viole ses promesses, les sujets ne sont plus tenus de lui obéir. Les faits et les textes prouvent avec une égale clarté que les Bohèmes ont nettement aperçu les conséquences dernières des pacia conrettia. Loi-squ'en Momvie les nobles s'engagent à sacrifier leurs biens et leur vie pour combattre tous ceux qui menaceraient leurs droits, ils ne font aucune exception pour le roi, et celui-ci sanctionne sans hésiter leur résolution vi 5 rV >^. En i5i i , quelques décisions de Vladislas mettaient en question intégrité du territoiix;

LU Le roî prend alors la charte, et la remet au capitaine en disant: Maintenant, vous avei votre contîrmaiion, faites votre devoir envers nous. »

a. Vchehrd, p, 1 5o. Nous reviendrons plus loin sur le rôle de Vchehrd et son importance» Sim\ livre, ies Seuf livrés du droit MiémCt est une des plus remarquables productions juridiques de cette époque. La meilleure édition est celle qu'a donnée M. H, Jiretchek, Prague 1874. Le témoignage de Vcherhd est d*autant plus significatif qu*il blâmait les usurpations de la noblesse.

3. D'Elvert, Zm- c«f«*»r. Vcrwaltitugs-Gesch,, p. 5i, dans le tome XXIV des Schriften der hist. statistischcn Sektion der m«r/ir-5C/»/«. Otseiischj^/t, Brno 18S0.

LA COURONNK l^.LF.CTIVE ilj

les régents tchèques lui rappellent avec une singulière précision la réciprocité de devoirs qui lie le souverain et ses sujets : « Votre Majesté doit savoir que le seigneur et le roi chrétien qui veut que ses sujets lui gardent leur foi est tenu, avant tout, de se conduire à leur égard suivant sa promesse... Nous ne sommes engagés envers personne à sacrifier les droits du Royaume, et nous n'avons pas promis de ne pas combattre, même par les armes, ceux qui essaieraient de lui nuire '. » L'avertissement parut sérieux à Vladislas, et plutôt que de braver le mécontentement des Tchèques, il renonça à obtenir des Silésiens la promesse de fidélité qu'il sollicitait pour son fils.

Au xv« siècle et au xvi% il se prépare et il s'accomplit ainsi dans une partie de l'Europe orientale une transformation absolument opposée à celle qui, dans l'Europe occidentale, aboutit à l'établissement des monarchies absolues. Des circonstances analogues à celles qui, au moyen âge, ont empêché la fondation en Allemagne d'une monarchie héréditaire, amènent en Bohême, en Hongrie, en Pologne, des résultats identiques : par la faute des événements et par celle des hommes, il ne s'y forme pas entre les souverains et les peuples cette communion étroite qui résulte du sentiment d'intérêts semblables, et cette indissoluble solidarité que créent les travaux partagés et les épreuves subies ensemble.. Les premiers souverains qui, depuis la dynastie nationale des Przémyslides, aient réussi, fort lentement et par l'action du temps plutôt que far leurs services et la prévoyance de leur politique, à réveiller dans la nation l'instinct dynastique, ce sont les Habsbourgs ^. Dans ces conditions, le dogme de l'hérédité n'avait plus de sens, et.

1. Palatsky, V, 2, p. 189. Il serait facile de multiplier les textes. En réalité, les précédents sont; si bien établis, les formules si rigoureuses, qu'aucune équivoque n*est possible : les princes les plus jaloux de leurs prérogatives reconnaissent que le pouvoir qu'ils tiennent du libre choix du pays dépend de leur propre fidélité à remplir leurs engagements.

2. II ne faut pas confondre l'instinct dynastique avec le dévouement à un prince particulier : Charles IV fut un roi populaire, mais la dynastie des Luxembourgs ne poussa jamais dans le sol de profondes racines.

ai8 LA coritONNC éLscrrrE

comme il était en contradiction manifeste avec les doctrines politiques qui prévalaient» on pensa à transformer la royauté en une présidence viagère. C'eût été le dernier mot de la révolution féodale et le moyen le plus sûr d*empêcher tout retour de fortune.

En dehors de la logique intime qui pousse les partis à aller jusqu^au bout de leurs théories, des considérations d*ordre moins général tirent de l'élection des rois un des principaux articles du programme oligarchique. Chaque élection était en effet une excellente affaire — pour les électeurs. Les candidats ne manquaient jamais» et» pour distancer leurs compétiteurs» ils n'épargnaient ni les faveurs ni Taisent. L'avidité» une fois éveillée par ces faciles bénéfices» étouffa sans peine les craintes et les scrupules qu'aurait dû éveiller un système qui érigeait on principe l'incertitude et la corruption» démoralisait la nation et ouvrait la porte à l'influence étrangère.

Les seigneurs tchèques ne réussirent pas sur ce point à faire sanctionner leurs désirs par la loi. Tandis qu^en Pologne les diètes s'arrogèrent régulièrement le droit de disposer de la couronne» en Bohême» les États n'élurent le prince que par occasion et comme par usurpation» mais ils ne désespéraient pas d'emporter les résistances qu'ils rencontraient» et» à plusieurs reprises» ils furent sur le point d'y réussir. Ils parurent» par exemple» avoir cause gagnée quand Viadislas» pour assurer le trône à son fils, reconnut à la diète le droit d'élire le souverain (21 mars i5o9\ Quelque temps plus tard» pour obtenir la promesse que» si Louis mourait sans enfant» la couronne passerait à sa fille Anne» il s'engagea à ne la marier qu'avec l'autorisation des États : il est évident que» dans ce cas» l'approbation de la diète était une véritable élection du prince-consort. Les prétentions des nobles étaient si conformes à la logique de la situation et à la vérité des faits» si anciennes aussi» que» pendant tout le premier siècle de la domination des Habsbourgs» malgré l'attitude des souverains et les progrès sensibles du pouvoir central» les diètes n'abandonnèrent jamais

LES TIMIDITl^.S DE. l'oligarchie 210

formellement leurs projets et ne laissèrent pas prescrire leurs revendications.

La principale cause de Tcchec relatif des seigneurs sur ce point fut une certaine irrésolution, qui se combine d'une façon singulière avec la plus insolente audace et dont les effets sont très sensibles pendant toute cette période historique. Cette irrésolution elle-même tient à certains traits permanents du caractère tchèque que fortifiaient ici les conditions spéciales de la lutte engagée contre la ro)'auté.

Les aristocraties ne sont ni moins ambitieuses ni plus timorées que les démocraties, elles en diffèrent moins par le but qu'elles se proposent que par les procédés qu'elles emploient; tandis que les démocraties, partant ordinairement de principes généraux, se réclament de la raison absolue et font volontiers table rase, les aristocraties, s'appuyant sur les traditions et l'histoire, sont, par définition, respectueuses des précédents; elles les torturent pour en tirer ce qu'elles veulent, mais, en les tournant, elles les respectent; même dans leurs révolutions, elles ne peuvent pas cesser d'être conservatrices, et leurs revendications perdent de leur force à leurs propres yeux si elles ne sont pas fondées sur l'histoire. En Bohème comme en Hongrie, les insurrections n'ont jamais éclaté que parce que la constitution avait été violée. Ces scrupules intermittents de légalité qui se mêlaient aux plus âpres ambitions, cette timidité qui n'arrêtait pas les empiétements, mais empêchait de les pousser jusqu'au bout, ne furent pas très heureux pour le pays : ils entravèrent l'affermissement d'un régime défini etdéfinitif, qui, quel qu'il fût, eût toujours été moins mauvais que la lutte permanente des pouvoirs. Sur ce point spécial de l'élection au trône, il était trop certain que, pendant les siècles qui avaient précédé les guerres hussites, la couronne avait régulièrement passé de père en fils, et la Bulle d'or de Charles IV en 1348, tout en réservant l'autorité souveraine du peuple, avait maintenu et précisé la coutume de l'hérédité. Les Etats, gênés par ces souvenirs, reculaient devant une proclamation révolutionnaire de leur droit, mais ne désespéraient pas d'ar-

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