SEIGNEURS ET CHEVALIERS
la femme, les privilèges accordés aux frères au détriment des sœurs ', marquent le progrès des institutions féodales et le recul des coutumes primitives, dans lesquelles l'égalité absolue était la loi ^.
Les nobles prétendent constituer à eux seuls la nation légale, et, en réalité, toute l'histoire de la Bohême au xvi* siècle n'est que l'histoire de leurs ambitions, de leurs rivalités, de leurs luttes contre ceux qui refusent d'accepter leur domination, de leur chute définitive. Les Seigneurs, maîtres de la Chambre Haute, étaient les véritables directeurs du parti; assez peu nombreux, — ils ne comprenaient guère que deux cent cinquante familles, — disposant d'immenses richesses, ils espérèrent un moment s'assurer une influence absolument prépondérante en se réservant la possession exclusive des grandes charges et du tribunal suprême. Les Chevaliers protestèrent hautement : il y avait là quelques milliers de hobereaux^, souvent faméliques, turbulents, très jaloux de leurs droits : menacés par les Seigneurs, ils firent mine de se rapprocher des villes; c'est d'une alliance pareille de la gentry et des communes qu'est sortie la Chambre Basse en Angleterre, et l'union des bourgeois et des Chevaliers eût formé un utile contre-poids à la domination des
1. La femme est sous la dépendance absolue de son mari. Elle ne peut ni léguer ni engager une partie de sa fortune personnelle sans son autorisation. Si le mari meurt et que tous les enfants soient mineurs, la tutelle appartient à la personne qu'a désignée le mari : s*il n*a désigné personne, c*est le capitaine du pays qui règle la tutelle. A ta mort du père, les sœurs dépendent des frères, épousent les maris qu'ils choisissent. On retrouve souvent l'expression de jeunes filles données au cloître, ce qui est caractéristique. Pour échapper à cette tyrannie, il arrivait qu'elles se faisaient enlever, souvent avec le consentement de leur mère : dans ce cas, elles perdaient tout droit à la fortune paternelle. — Livre de Tovatchov, chap. i65, p. 90.
2. Sur la constitution de la noblesse à cette époque, cp., outre les travaux cités- plus haut, Brandi, les Chevaliers et les Seigneurs, dans le Tchasopis matitsé morawské, 1869, et Gindcly, Die Entwickelung des bœhm. Adels nnd der Inkolatsverheeltnisse seit dem XVI*" Jahrh., d. les Dissertât, de VAcadémie des sciences de Bohême, VII* Folge, 1" vol., p. 886. — Il faut prendre garde de ne rien pousser à l'extrême; la victoire des institutions féodales ne sera complète et définitive qu'après 1620 : jusque-là, des traits nombreux rappellent l'ancien droit slave, qui, ne connaissant ni propriété individuelle ni testament, n'admettait par conséquent ni le droit d'aînesse ni les substitutions (cp. Votsel, p. 496).