LES PROPRIÉTAIRES LIBRES
cial et hâtèrent une révolution qu'annonçaient depuis longtemps certains indices, mais qui, peut-être, sans cette crise, aurait été longtemps encore retardée par les résistances populaires. Elles donnèrent une sanction officielle aux changements déjà accomplis et créèrent une véritable noblesse, avec ses droits héréditaires, ses distinctions multipliées et rigoureuses, ses lois personnelles, ses tribunaux '.
La classe des petits propriétaires libres disparaît : beaucoup ont péri pendant la guerre, plus encore sont ruinés ; les discordes civiles favorisent les empiétements de leurs riches voisins : sans protection, ils sont obligés de vendre leurs biens, d'accepter la tutelle des principaux seigneurs. — Jadis, nous dit Vchehrd, avant que les nouvelles formes de droit se fussent introduites, le pays était bien peuplé de \emans; alors on n'achetait pas leurs terres, on ne détruisait pas leurs demeures, on ne renversait pas leurs châteaux, on ne transformait pas en étangs leurs domaines, comme les meilleures terres et les prairies. Il y en avait une foule presque innombrable ; mais depuis, par le feu, par la peste ou par répée, ces demeures ont été détruites ou abandonnées ^. — De cette foule presque innombrable quelques centaines subsistent à peine, et ils vont sans cesse en se réduisant, ruinés par les charges trop lourdes qui retombent sur eux de tout leur poids, ou fatigués d'une lutte inégale et acceptant leur déchéance pour obtenir le repos. L'existence de ces propriétaires n'a plus désormais qu'un intérêt historique, et, par suite de la destruction de cette classe moyenne, il n'y a plus en présence que des nobles et des vilains. Le signe distinctif de la noblesse, c'est la prédominance
1. n est bien évident qu'il ne s'agit ici que d'une tendance générale : sur bien des points, des coutumes diverses rappellent longtemps encore l'ancien ordre de choses. — Un des vestiges les plus curieux des institutions slaves primitives, dans lesquelles les biens sont la possession collective de la'fa^ mille et non de l'individu, est le nombre des domaines nobles indivis que l'on constate encore au xvi" siècle. (Cp. Votsel, L'ancien droit de propriété en Bohême^ p. 488).
2. Vchehrd, p. 434. Le sens du mot zeman n'est pas toujours très précis, mais il est évident ici qu'il faut entendre par là les svobodnitsi, les petits propriétaires libres. Cp. aussi Stransky, p. 241.
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de l'hérédité : le premier soin de la nouvelle aristocratie tchèque fut de se protéger contre les intrus. Aucun paysan ne peut être anobli qu'après avoir été d'abord affranchi par son seigneur* Le droit de paraître à la diète, et par conséquent de prendre rang parmi Jes privilégiés, était lié à la possession d'un bien libre inscrit dans les Tables du Paj's: les nobles prétendent être seuls autorisés à faire enregistrer leurs acquisitions dans les livres officiels ; pendant vingt ans, les protestations des bourgeois restent lettre morte, et lorsque les seigneurs finissent par céder à leurs réclamations, c'est que de nouvelles garanties les protègent contre tout envahissement. Personne n'est admis à l'avenir dans l'Ordre des Chevaliers et des Seigneurs que sur le libre vote des anciens membres de la curie; les conditions requises deviennent toujours plus rigoureuses; le chiffre des votants exigés, plus élevé ; l'enquête, plus minutieuse et plus longue. L'étiquette se fixe; les titres, assez flottants jusqu'alors, prennent un sens précis, et ceux qui s'avisent de les usurper, sont sévèrement punis. Une hiérarchie s'établit, et la distinction, longtemps vague, entre les Seigneurs et les Chevaliers, reçoit une consécration o£Bcielle parla répartition des nobles en deux collèges. Chacun des deux Ordres nobiliaires a ses droits particuliers et ses privilèges honorifiques; l'introduction de titres nouveaux est rigoureusement interdite, parce la valeur des anciens risquerait d'en être amoindrie. Chevaliers et Seigneurs se divisent en anciennes et nouvelles familles, et les nouveaux nobles ne prennenrrang parmi les anciens qu'aprèstrois générations. Les traditions ne permettent pas encore aux nobles ruinés de conserver leur voix à la diète, mais leur pauvreté n'entraîne pas leur déchéance de la noblesse, et ils restent en dehors et au-dessus du reste de la population. La langue même change : au vaillant chevalier^ qui rappelait le courage personnel, succède le vladyke de bonne naissance. Le tribunal du maréchal de Bohême connaît de tous les litiges relatifs à la possession de la noblesse et écarte tous ceux dont les titres ne sont pas consacrés par le temps. Dans la famille, la soumission plus complète de