INTKKRKGNi
taire d'immenses domaines, tranche du soin erain, a ses ambassadeurs, entretient soigneusement Tanarchie dont profite son ambition. Le péril est d'autant plus sérieux que ces convt)itises féodales trouveront un appui intéressé chez les princes allemands voisins, heureux de TalVaiblissement d'un nnaume redouté. Ils comptent bien d'ailleurs avoir part à la curée. Déjà l'invasion étrangère a commencé, lente, insidieuse, vers le nord, par la Saxe qui met la main un il un sur les châteaux et les villes de l'Elbe et de la frontière de Alisnie, au sud par la Bavière. Les incursions des croisés, les rii/zias des bandes indisciplinées qui, sous prétexte de religion, rançonnent les populations limitrophes, entretiennent une agitation perpétuelle, grosse de complications. L'opinion, absorbée parles querelles de partis, fait abstraction des questions générales ; des confédérations particulières se forment, les factions se constituent géographiqueme^^t, et chacune d'elles exerce une sorte de souveraineté dans les rég.ions où elle est en majorité. Quelle résistance offrira à la conqu.ète ou i\ l'infiltration germanique un pays ainsi isolé, séparé de ses alliés naturels, divisé contre lui-même, perdu dans des luttes inexpiables?
La Bohème sortit victorieuse de cette crise redoutable parce qu'elle eut le bonheur de trouver un chef de premier ordre dans Georges de Podiébrad. Assez modéré pour contenir les passions, assez résolu pour ne pas reculer devant une lutte inégale, politiq*ue assez avisé et assez vaillant, soldat pour en sortir à sa gloire, son génie et son dévouement sauvèrent le pays d'une défaite qui semblait inévitable et dont les suites auraient probablement été mortelles. Les Tchèques ont voué à la mémoire du grand chef utraquiste une sorte de culte : quand on s'est bien pénétré de la situation, on ne trouve pas que leur reconnaissance dépasse ses service^.
Les années qui suivirent la mort de Sigismond montrèrent clairement -a gravité du péril. Albert d'Autriche était mort ,i43y , sans avoir recueilli réellement la succession que lui avait ménagée son beau-père. D'après le
28 L'iXTCUtGGXi:
droit public bohème, son fils, Ladislas le Posthume» héritait de la couronne, mais n'entrait en possession du pouvoir que sous certaines conditions; la ro}^uté tchèque n'était pas en effet purement héréditaire : le roi n'exerçait les droits qu*il tenait de sa naissance qu*après avoir été reconnu par la diète. Les Calixtins présen* tèrent à Ladislas, ou plutôt à son tuteur, l'empereur Fré* déric III, comme condition de sa proclamation, une double requête : les Compactats seraient confirmés et le jeune roi élevé en Bohème. Ils n'obtinrent que des promesses vagues et insuffisantes. Les chefs catholiques, titulaires des principales charges que leur avaient confiées Sigismond, travail* laîent sous main à prolonger rinterrègne qui servait à la fois leurs convoitises politiques et leurs haines religieuses. Malgré leur affectation de loyalisme, leur zèle pour la royauté n*était ni plus sincère ni moins égoïste que le dévouement à rÉglise dont ils faisaient profession ; ils détenaient, plus ou moins légalement, la plus grande partie des biens domaniaux et ecclésiastiques, et leur principal souci était de mettre leurs usurpations à Tabri de toute revendication. Leur chef, Ulrich de Rosenberg, qui prenait de plus en plus les allures d'un prince souverain, déployait toutes les ressources de sa politique pour prolonger l'anarchie qui facilitait ses desseins ; il péchait en eau trouble, et ses machinations sans scrupules étaient favorisées par l'inertie calculée de Frédéric III. Les Utraquistes étaient fort découragés. Prague, leur capitale et leur forteresse, languissait sous la domination de Menhart de Hradets qui n'attendait qu'un prétexte pour abandonner publiquement la Réforme qu'il avait déjà abjurée de cœur. Les Hussites disposaient sans doute encore d'une importante majorité parmi la population, mais leur scission en diverses factions, très acharnées les unes contre les autres, paralx'sait la supériorité de leurs forces.
Fatigues des diètes qui ne décidaient rien et des négociations qui n'aboutissaient pas, les Tchèques, desespérant de constituer une administration centrale, voulurent du moins
PTATCHKK DK IMRKSTKIN 20
apporter un rcmùde partiel aux maux dont soullVait le pajs en organisant une administration provinciale. Les diètes des divers cercles se réunirent et élurent des capitaines de districts, chargés de maintenir la paix publique. Les quatre cercles de la Bohême orientale, de tout temps les plus dévoués au Calice, se réunirent, formèrent une confédération et élurent un chef commun, Ptatchek de Pirkstein ;i440''. Nous le connaissons mal; il semble avoir possédé des qua-. lités remarquables, mais peut-être lui manquait-il un peu de cette étendue d'esprit et surtout de cette énergie et de cette décision qui font seules les grands chefs de parti et qui étaient alors nécessaires à la Bohème. Peut-être aussi le temps seul lui fit-il défaut. Quand il mourut, en 1444, les Tch-èques n'avaient encore ni roi ni gouvernement, mais des progrès sérieux avaient déjà été réalisés, et Ptatchek laissait à son successeur une situation beaucoup plus claire et de précieux éléments d'action.
Il avait compris qu'il importait avant tout de reconstituer le parti utraquiste et il s'y était consacré tout entier. A la diète de Tchaslav (1441 ), les provinces soumises à Ptatchek avaient de nouveau proclamé Rokytsana administrateur général du clergé Réformé, et leur exemple avait été bientôt suivi parle gros du parti calixtin. Peu de temps après, le synode de Koutna-Hora(Kuttenberg , auquel assistaient environ trois cents prêtres, fixait le credo et la discipline de l'Église utraquiste. Les modérés, satisfaits des preuves de bonne volonté que leur donnaient les ardents, très mécontents d'ailleurs des empiétements des Catholiques, se rap^ prochaientde la majorité réformiste, et la réconciliation sincère de leur chef le plus influent, Jean de Prjibram, avec Rokytsana, — Miélnik 1442 — , enlevait l'i la réaction une de ses meilleures chances. L'œuvre de concentration se poursuivit à la diète de Prague (1444I qui condamna solennellement les doctrines taboritcs ; les prêtres les plus avancés du groupe refusèrent, il est vrai, d'accepter cette condamnation, mais ils ne réussirent pas à maintenir leurs fidèles; un mouvement continu de désertion diminua rapidemert^
.>0 PODIKBRAI>. — SES ORIGINES
leur parti et prépara la perte de la fraction radicale dans Tarmée utraquiste. Ainsi se trouvèrent peu à peu réparées les conséquences les plus dangereuses des négociations avec l'Eglise; en face de l'ennemi parut de nouveau, au lieu d'un parti hésitant et divisé, un peuple uni et confiant.
Malheureusement les progrès accomplis, très réels, n'avaient qu'un caractère provisoire; obtenus par Ptatchek, ils dépendaient de lui, etsa mort pouvait tout remettre en question. Toutes les causes de discorde et de faiblesse subsistaient, voilées plutôt que supprimées. L'œuvre, à peine ébauchée par Ptatchek, fut continuée et accomplie par Georges de Podiébrad.
Dans le district de Tchaslav, sur la rive droite de l'Elbe, s'élève un gros bourg, Podiébrady, qui compte environ trois mille cinq cents habitants. La principale curiosité de cette petite ville est un vaste château, entouré d'un fossé profond, qui se dresse sur le côté méridional de la grande place. C'est un édifice fort imposant, avec quelques parties bien conservées ; on y montre aux voyageurs la chambre où naquit, le jour de la saint Georges 1420, le grand roi hussite.
Les domaines des seigneurs de Kunstatt et de Podiébrad n'étaient pas très étendus et leur influence était bornée, mais ils avaient d'illustres alliances. La sœur de la mère de Georges avait épousé Ulrich de Rosenberg ; la sœur de sa grand-mère était la mère de Menhart de Hradets. De toutes les familles seigneuriales tchèques aucune n'avait donné plus de gages à la Réforme; le grand-père de Georges avait protesté dès 1415 contre la condamnation de Hus, et son père, Botchek de Kunstatt, servait dans l'armée qui repoussa la première invasion de Sigismond. Une légende, trop piquante pour ne pas être suspecte, fait de Zizka le parrain de Georges; il est certain du moins que Botchek resta jusqu'au dernier jour l'ami très intime du terrible chef de bandes. Il combattit les Taborites à Lipan, et Georges y iît ses premières armes à ses côtés : il avait alors quatorze ans. Quatre ans plus tard (1438), il prenait une part active
SON cakactiVri: 3i
il la lutte contre Albert d'Autriche : il marchait sur Tabor pour rallier Ptatchek, quand il tomba dans un parti de cavalerie autrichienne, accepta le combat malgré l'infériorité de ses forces et resta maître du champ de bataille '. Ses succès, sa fermeté, sa prudence précoce, le dévouement éprouvé de sa famille à la cause nationale avaient attiré l'attention sur lui, et, en 1441, le cercle de Boleslav le choisit pour capitonne. Dans ces fonctions, il apporta à Ptatchek un appui sûr et très précieux. Petit, trapu, il avait dans toute sa personne quelque chose de solide et de résistant, et, en même temps, de réfléchi et de calme. Les yeux, étincelantau milieu de ce visage hàlé et pâle, trahissaient une intelligence vive et pénétrante. Formé aux affaires dès sa plus tendre jeunesse, comptant dans tous les partis des amis et des parents, il connaissait les hommes et savait les manier. L'influence qu'il avait rapidement acquise, sa modération, son bonheur, son activité infatigable, le désignaient à tous les suff'rages : tout le parti de Ptatchek itccepta sans hésitation ce chef de vingt-quatre ans. Jamais choix ne fut plus heureux et peuple ne confia ses destinées à un gardien plus vigilant et plus sûr.
Quelques historiens ont essayé, de nos jours, de contester ses services. Après tout, ont-ils dit, quels triomphes a-t-il remportés? A sa mort, l'Utraquisme n'avait pas plus de sanction légale, ofticielle, qu'au début de son règne, la rupture avec l'Église était irréparable, les papes avaient armé contre la Bohème un roi puissant, et les victoires de Georges ne préservaient pas son pays d'horribles dévastations; AMadislas, son successeur, fut obligé d'acheter le pain par le désastreux traité d'Olomouts qui démembra le royaume ; ce qui importe en histoire, ce sont les résultats, et ceux qu'a obtenus Podiébrad ne justifient guère une admiration sans mélange. — C'est oublier deux choses : Georges d'abord a reconstitué la Bohème, refait l'unité nationale. Il a triomphé de