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l'aiurchie, contraint les partis à reconnaître une autorité régulière, réveilir 4ans les caurs le sentiment 4'intérèts et de devoirs comni'ins; les révoltes de la an de son règne, pardelles et presque individuelles, ne mettent plus en question l'eustence nationale ; les passions religieuses, attéouécs par un régiine de tolérance, n'ont plus assez de violence pour étouffer la conscience slave. Puis, à ce peuple tchèque, ainsi rassemblé, refait matériellement et moralement, il a assuré une paix de vingt années; pendant cène trêve, le Hussiiismc a poussé dans le pays des racines vivaces, et des forces jeunes se sont développées qui, au moment du combat suprême, ont suffi aux Utraquistes, sinon pour vaincre, au moins pour nepasètrevaincus. Lorsque Georges disparaît, peut-être quelques années trop tôt, la Réforme était sauvée comme la nationalité tchèque elle-même. Sans doute la Bohême avait reçu de terribles blessures, mais aucune n'était monelle. Toutes les difficultés n'étaient pas écartées : le Hussitisme continuait à végéter, inconséquent et émasculé, le pouvoir de la royauté était mal établi et contesté ; il serait aussi puéril de le nier qu'injuste d'en rendre Georges responsable. II n'est donné i personne de débarrasser les générations futures de leurs devoirs et de leur tâche ; la seule chose qu'elles aient le droit de réclanier, c'est de n'être pas entravées par les fautes du passé. Le service de Podiébrad se réduit à avoir réservé l'avenir, en écartant de son peuple une catastrophe irréparable : cela suffit. Peu de titres de gloire sont plus clairs et plus authentiques.
Est-ce à dire qu'il faille voir en lui une sorte de héros révolutionnaire? On l'a prétendu quelquefois; on l'a représenté comme le chevalier de l'avenir, le martjrdu progrès, le champion mystique de deux des idées qui nous tiennent le plus au cœur, les droits de l'état laïque qu'il a opposés aux prétentions d'une théocratie envahissante, la liberté de conscience et la tolérance qu'il a défendues contre les anaiht;ines du dogmatisme persécuteur.
C'était le moment où l'on prêtait aux chefs d'empires les vastes idées, les claires vues sur l'avenir, où on leur de-
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mandait d'incarner les besoins incertains et les aspirations de leur temps '. La mode a changé et nous sommes devenus moins exigeants : nous croyons beaucoup moins aux plans combinés longtemps à l'avance, aux progrès poursuivis à des siècles de distance, aux volontés précises, beaucoup plus en revanche à l'enchaînement nécessaire des faits, à la pression des circonstances, aux expédients acceptés, à la collaboration inconsciente des hommes et des événements. Nous ne demandons plus aux souverains d'avoir des conceptions grandioses, mais de bien faire leur métier, de maintenir l'ordre au deîians et la sécurité en face de l'étranger. Ce devoir, le plus réel d'un prince, Georges l'a rempli tout entier. Ce ne fut pas un chef de parti audacieux et passionné, mais un grand roi, ce qui vaut mieux.
Il n'exerce plus ainsi sur les imaginations cette séduction romanesque qui n'appartient qu'aux mystiques et aux sectaires. Non pas qu'aucun héroïsme fût au-dessus de son courage : le cœur chez lui était à la hauteur de l'esprit, et, s'il eut quelquefois une hésitation sur la valeur de la cause qu'il défen-
I. Palatsky qui joignait à une conscience si attentive et à une si vaste érudition une âme ardente et un dévouement juvénile à toutes les grandes causes, avait mis dans Georges quelque chose de lui-môme, de sa propre foi et de son enthousiasme. Le portrait qu'il a iracé du roi hussite a quelque chose dMdéal et comme d'idyllique. Il a provoqué des protestations acerbes: supposer qu'un Tchèque ait eu des idées généreuses, voir dans un Slave un champion de la liberté, n'était-ce pas un outrage à la Culture allemande? — Ce qui est vrai, c'est que le récit de Palatsky se ressent dans une certaine mesure des iîéres et nobles passions qui animaie;nt l'historien, de l'époque où il écrivait et qui était encore une période d'orrge et d'assaut, et aussi des théories régnantes à ce moment du siècle. — Il restera toujours dans un portrait de Georges une part d'incertitude, parce que les documents ne nous font pas pénétrer dans Tintimité de ses pensées et que les. témoignages hostiles manquent de la contre-partie nécessaire, la déposition d'un ami et d'un auxiliaire du foi. Nou£ en sommes réduits le plus souvent à conclure du fait à la volonté, à deviner l'intention, ce qui est toujours dangereux, mais ce qui l'est surtout à une période de crise morale et intellectuelle comme le xv* siècle. Ce qui reste d'obscur dans cette destinée et d'éi\if:matique dans ce caractère explique en partie l'attrait que ce sujet a cxeiec sur les historiens. Les nouveaux travaux n'ont pas sensiblement modifie lc« divers trait^de la physionomie du roi, mais l'impression générale est tout autre v le roi est moins complètement en pleine lumière, plus divers, plus vivant. Il perd quelque chose du prestige romantique qui nous éblouissait, il nous intéresse davantage.
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dait, sa fidélité et son dévouement n>n paraissent que plus admirables; mais, arrivant à la fin de la lutte, il n^avait pas la confiance aveugle, Temportement des premiers rebelles et comme cette folie de la foi pour laquelle Thistoire garde malgré tout ses secrètes tendresses. On était arrivé à cette phase des révolutions qui suit toujours la période d'emportement et d'assaut. A Télan furieux succèdent la réflexion et une sourde fatigue. La simplicité de cœur confiante, les vastes espérances, les entraînements passionnés des premiers jours cèdent la place à de nouveaux facteurs, la révolte de rinstinct à la pensée que tant de sacrifices seraient perdus, le souvenir des récents combats, Torgueil national et l'entêtement à ne pas trahir la mission acceptée, l^s passions, non moins acharnées, sont moins spontanées ; le rôle de l'inspiration et de la crédulité naïve diminue, et celui du calcul augmente. I/obstination est la même, mais la violence moindre. Le fanatisme s'atténue,ou,chez les plus belliqueux, change de nature ; désormais, il vient moins du cœur que de la tète. Les sectaires sont remplacés par les politiques, et cet état d'àme de la génération qu'ils gouvernent imposerait aux chefs beaucoup de prudence et de réser\*e, alors même qu'ils ne seraient pas pénétrés par ce souffle subtil d'indifférence qui refroidit les cœurs les plus chauds. Les plus sincères apportent quelque mauvaise humeur à servir une cause dont ils aperçoivent les côtés faibles, ef leur désir réel est de la rendre acceptable même à ses adversaires, à force de ménagements et de restrictions. Leur but est modeste ; leurs défauts, la timidité, quelque excès d'habileté, des retours d'égoïsme, sont de ceux que frappe la réprobation la moins indulgente ; leurs vertus mêmes, la modération, la finesse, la persévérance, paraissent une limite et presque une trahison- Georges fut un de ces ouvriers de la deuxième heure. Personne ne ressemble moins à un théoricien ou à un fanatique. En face d'une situation qu'il n'avait pas créée et qu'il n'était pas libre de modifier, il a compris les dangers qui menaçaient son peuple, s'est rendu compte de ses besoins es-
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sentiels, et s'est attaché à écarter les uns et à satisfaire les autres. Les vastes combinaisons auxquelles il a eu quelquefois recours, le projet par exemple d'une confédération européenne, n'ont jamais été à ses yeux que des moyens secondaires et accessoires, dont il ne s'est pas exagéré l'imponance et auxquels il n'a sacrifié aucun intérêt immédiat. Il a appelé auprès de lui des hommes de principes et a pris très nettement position contre la papauté, mais malgré lui, pendant les dernières .années de son règne, après avoir épuisé tous les moyens de conciliation, et même alors toujours prêt à reprendre les négociations avec la Curie. Il ne s'est pas donné pour mission de propager l'Utraquisme, mais de permettre à la Bohême de disposer librement de ses destinées, en la sauvant de l'anarchie intérieure et de l'invasion étrangère. La tâche était assez grande et assez difficile, et on ne saurait trop admirer la fertilité de ressources, la souplesse d'imagination, la persévérance prudente, le patriotisme clairvoyant, l'audace mesurée et la fermeté tranquille qui lui permirent de la mener à bonne fin'.
I. Voici quelles sont, pour cette période, les principales collections de documents à consulter : Palatsky, Urkundliche Beitrcege :{ur Gesch, Bœhm. und seiner Sackbarlœnder im- Zeitalter G. v. Podiebrad (i 450-1 471), dans les Fontes rer. Austriac, 2* série, t. XX, Vienne, 1860; — Bachmann, Urkunden und Aktenstûcke \ur œsterr, Gesch, im Zeitalter K, Friedrichs 121 und K, G, von Bœhmen ( 1440- 1 471.), même collection, t. XUH, 1879; — la très belle collection des Fontes rer. SHesiacarum, surtout les tomes VII (Eschenloer, texte latin, avec une très remarquable introduction critique), t. VIIl et IX {Polit, Korresponden^ von Breslau, éditée par Markgraf)^ t. XII {Geschichtschreiber Sdilesiens des XV Jahr h., BrcûlsLUi i883, publiés par Franz Wachter.]; — le recueil de documents divers publiés sons le titre d'Archiv tchesky, surtout les volumes I, IV, Vct VI; — les Staré letopisy tcheskd (Anciennes chroniques tchèques), t. III, publiées par Palatsky.
Palatsky a le premier reconstitué cette grande figure de Georges de Podiebrad dans le volume IV de son admirable Histoire de Bohème, M. Saint-René Taillandier a donné un résumé intéressant et ^nimé des recherches du grand écrivain tchèque dans son volume : Bohème et Hongrie (Paris, 1863). — Depuis lors, deux tendances se marquent toujours plus nettement parmi les auteurs, fort nombreux, qui se sont occupés de Georges. Les écrivains tchèques, en général, et un certain éombre d*historiens allemands, chez lesquels les convierions libérales remportent sur les préjugés de race, sont favorables au roi. Les principales œuvres qui se rattachent à cette école, fort inégales.
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Ptatchek de Pirkstein avait montré le but : Georges continua sa politique, mais avec plus de résolution et de bonheur. La Bohême avait désommis un chef : amis et ennemis s'en aperçurent vite. Les négociations avec TEmpereur et la cour romaine se traînaient; sans illusion sur les dis*
mais intéressantes à des titres dÎTers, sont les snîrmntes : Jordan, Dos Ratmigthum Georg's wtm Podiebrad, Leipzig 1861 ; — Droysen, Gtsdkidtte der pretissischem Poiitik, t. II; — Tomek« Diefe kraiovstwi icheskeho {Histoire du rojroMwte tchèqtie, dernière édition, Pragae, i883) ; --- Ermisch, Stmdiem ptr Gesch. der Sachs.-Bœhwi. Bepehtmgem i'n dem Jahren 1464 bis 1471, Dresde 1881, etc. — En général les Allemands sont plutôt sérères pour le roi bussite, et la séTérité donnent de la malveî! lance chez la plupart des Allemands de Bohême. A cette seconde catégorie appartiennent, avec des tendances plus ou moins accusées, G. Voigt, dont Topinion parait un peu hésitante, plus bienveillant dans sa Biographie de Pie // '^Emea Siiyio de Piccoiomimi, Berlin i863) , que dans sa discussion des conclusions de Falatskr {Georg mm Bedamem der Hussitenkonig, dans la SrbeCs historische Zeitschrtft, t. IV, 1861 ; — Markgraf, Ueber Georgs won Podiebrad Pkm eines eurt^pteischem Firstenbundes {Histor. Zeitsch.. t. XXF : Dos Verhœltniss K. Georga vom Bœhmen pt Papst Pius II ,1458-1462'^; Z>i> Bildtmg der katoiischem Liga gegen K. Georg von Podiebrad 'Hist. Zeitsch,^ t. XXXVIII, 1^-;-;^ — Les recherches des deux écoles, apologétique et critique, ont abouti récemment à deux livres de tendances fort opposées et de valeur très inégale, mais en somme tous deux très remarquables : les deux auteurs, admirablement préparés par leurs travaux précédents et dont Tenquéte a été complète et fort bien conduite, résument et rectifient toutes le» études antérieures. M. Bachmann a pour Georges une haine personnelle : ennemi lovai, il recule devant toute accusation qui ne lui paraît pas fondée, mais ne cache pas tk dépit que lui cause Tiibsencc de preuves; il a consacré de longues années à Tétude de cette période. Ses monographies : Ein Jahr bœhm. Gesch, ; — Bœhmen und seine Sachbarlœnder untcr G. von Pod. Pr. 1H78, — étaient des réquisitoires très solides; il a public depuis, dans VAligemeine Deutsche Biographie, une biographie de Georges très intéressante ; il a enfin donné un récit très détaillé de la partie la plus importante du règne dans le premier volume de la grande histoire qu'il a entreprise, Deutsche Reichsgesch, tut Zeitalter Friedrich III und Max L l-cipz. 18K4. Dans cette oeuvre un peu longue et touffue, il nV a pas moins de science que de passion, et, ce qui témoigne en taveur de la conscience de Tccrivain, c'est que, en dépit de ses jugements très durs pour le roi, rimpression que Ton emporte de la lecture de ce livre, est loin d^étre défavorable à Georges. — M. Tomek a consacré à la fin de Thistoire du Hussitisme les G* et 7* parties de son Histoire de Prague (Prag. i885 et i88('t\ Par sa droiture et sa fermeté d'esprit, par sa Cf>nuaîssance complète des faits, par sa sincérité, M. Tomek, dont le nom serait célèbre dans l'Europe entière si, par un sentiment patriotique digne d*admiralion, il n'avait écrit tous ses ouvrages en tchèque, mérite sans contredit d'ctrc placé au premier rang des historiens contemporains. Bien qu*il soit toujf>urs imprudent en histoire de parler de travail définitif, il me parait bien peu probable que, d'ici longtemps, I'imi ajoute grand'chosc a son œuvre sur Podiebrad.
RKORGANISATION DU PARTI UTRAQVISTE Sj
positions réelles de ses adversaires, il comprit qu'il n'avait d'autre moyen d'obtenir la paix que de la conquérir : les papes ne traiteraient que s'ils n'avaient plus rien à attendre de l'anarchie. Les catholiques bohèmes s'agitaieni bruyamment, triomphaient .de quelques conversions éclatantes : pour arrêter ces défections qui, sans affaiblir beaucoup les Utraquistes, les irritaient fort et menaçaient à chaque instant de provoquer une nouvelle guerre civile, il importait de constituer un pouvoir solide et régulier. — Ce fut l'objet des préoccupations constantes de Georges. Elevé à son poste d'honneur et de combat par la confiance des Hussites, il ne pouvait ni ne voulait séparer sa cause de la leur, mais sa fidélité n'était pas intolérante, il appelait à lui tous les hommes de bonne volonté et s'efforçait d'unir tous les partis dans un effoft commun pour assurer à sa patrie la p^ix politique et religieuse dont elle avait un si pressant besoin.
Pour réconcilier les factions, il fallait les dominer. Chez les seigneurs catholiques, les passions ou les intérêts personnels avaient étouffé tout patriotisme. Podiébrad se heurtait partout au mauvais vouloir de Rosenberg et de ses amis, — en Bohême, où par leur faute aucune proposition n'aboutissait; à la cour de Frédéric, dont ils encouragaient l'inertie et la mauvaise volonté; à Rome, où ils suppliaient le pape de refuser toute concession. Ceux mêmes qui devaient plus tard accuser Georges d'égoïsme et d'ambition personnelle et lui reprocher avec le plus d'amertume ses coups de force, semblaient avoir à cœur de le pousser à bout, le condamnaient en quelque sorte aux résolutions violentes.
En même temps, ils perdaient du terrain dans le pays : leur habileté excessive les rendait suspects; leur tactique, percée à jour, ne trompait plus personne. L'attitude de l'Église rapprochait les divers groupes hussites; les plus timorés, en face de provocations incessantes, renonçaient à des espérances irréalisables et se rejetaient brusquement en arrrère : parmi les doc;eurs et les maîtres qui soUi-