‹ Fin de l'ind�ependance boh�eme (volume 2)Chapitre 98 sur 157 · Au S.-O. de la Bohême · texte numérisé non relu

Au S.-O. de la Bohême

2^6 LE SSRVAGE

tant des peines plus rigoureuses. Ceux qui se soûlèrent et ameutent le peuple sont punis de mort '• — D*ailleurs ces troubles agraires ne sont pas en eux-mêmes très redoutables. Comme la justice, la force est entre les mains de Toligar* chie: aussi, depuis Vchehrd, les changements qui se produi* sent, ne sont certes pas en faveur des cultivateurs.

Quand il suffit d'un ordre pour accroître ses revenus, il faut de rhcroïsme pour résister à la tentation. — Est<e toujours possible ? Les dépenses augmentent sans cesse, Fargent perd de sa valeur, les diètes multipliées obligent à des déplacements constants; les séjours à Prague sont ruineux : il faut bien tenir son rang ; les habitudes de luxe se répandent, les vêtements de velours et de soie sont très chers, les banquets, plus raffinés et plus fréquents : où trouver des ressources? Les mœurs et les lois interdisent aux gentilshommes d*cssavcr du commerce ou de Tindustrie : ils s'adressent à leurs sujets,

Leshabiranis des villes seigneuriales doivent consentir à des emprunts plus ou moins volontaires ou prêter leur eaution pour faciliter de nouvelles dettes au dehors; on leur mppclle de temps en temps qu'il est convenable d*oftnr des dons graïuiis* Cependant vis-à-vis d*eux on garde encore une certaine mesure, leurs privilèges sont plus anciens et plus précis, ils sont plus serrés les uns contre les autres, et leur résistance est plus hardie et plus sérieuse.

Le fardeau retombe sur les pa}*sans. Contre les scrfe tous les moyens sont bons.

1-es nobles rejettent sur eux tout le poids des charges publiques, perijoivent plus que Tétat ne réclame *, multiplient les ordonnances, pour élever le produit des amendes, exigent le paiement de redevances depuis longtemps oubliées, imposent des corvées ou des impôts nouveaux. Pour s*assurer des ouvriers à bon marché, ils fixent un maximum pour les salaires, et ceux qui paient plus que k

i. Cou>îli. Je VLui,» art. 41?: orvionn. Uc |54»> et 1MX4. 2, Hmvnjk le Juriste » iS-S, p. 7,^7»

tarif sont passibles d'une amende '. Ces règlements s'expliquent sans doute en grande partie par les théories scientifiques alors universellement acceptées ', mais la situation des paysans n'en est pas moins aggravée.

Ils subissent les détestables conditions d'un régime économique déplorable qui repose tout entier sur les privilèges et les monopoles; condamnés à acheter à la ville les objets dont ils ont besoin, à ne vendre leurs produits que sur le marché que leur désigne le maître, à ne boire que la bière qu'il fabrique et au prix qu'il fixe ^, à moudre le blé à son moulin, dérangés dans leurs travaux par les chasses et les corvées *, obligés de subir les dévastations du gibier qui ruine leurs récoltes, ils végètent dans une demi-misère; les règlements semblent calculés pour les empêcher de s'élever à une trop grande aisance : trop riches, ils seraient moins soumis ^. Les nobles n'atteignent que trop bien le but qu'ils se proposât. Il suffit de jeter les yeux sur les registres du Tribunal de la Chambre, dit M; Tchélakpvsky, pour s'a-

1. Cp. Rleger, radminlstration des cercles en Bohôme, p. 186. — Notons cependant que la loi protège le journalier contre le patron qui retient «on salaire.

2. Des ordonnances analogues sont fréquentes dans les villes.

3. Dans les villages il ne doit y avoir d'autres artisans que des forgerons, des tisserands et des ouvriers pour raccommoder les habits et les souliers; s'il y en a d'autres, les corporations de la ville peuvent se plaindre. Défense de tenir dans les. villages des marchés ou des foires. Défense de fabriquer de la bière à moins d'une autorisation régulière; Dans les villages où on ne récolte pas de vin, le seigneur seul a le droit d'en vendre. Livre de Tovatchov, p. 107; archives bohômes, IV, p. 436, 499, etc.

4. Les corvées restent relativement modérées. Elles ne paraissent guère avoir dépassé quinze jours par an et sont souvent beaucoup moindres. ^- Âu XVIII* siècle, elles dépassent quelquefois cent cinquante jours. ^Certains villages voisins de Tabor devaient, outre les redevances, de quatre à trentesix jours de corvées (Slavik, Le domaine de Tabor)\ mais c'est un maximum. Gindely pense que les corvées ne dépassent pas alors- quatre ou cinq jours par an : « les paysans tchèques avant la guerre de trente ans payent en argent ou en denrées, non en travail : . » Die Finanzyerhœltnisse, dans les Comptes-rendus de VAcad. de Vienne^ t. 59, p. 337; cp. Gesch, des dreissigjœhr. K., î. p. 145. Le tableau que trace Gindely de la situation des paysans me parait en général trop favorable. — N'est-ce pas aussi une corvée indirecte que les travaux que le seigneur a le droit d'imposer à ses sujets moyennant un faible salaire ?

5. Il est en général interdit aux paysans de posséder plusieurs domaines ; les règlements fixent le prix du bétail et réservent au seigneur le droit d'acheter en premier lieu et au prix qu'il tixc.

^/& FÈKIL5 DF. l.\ SITIATION

percevoir que la situation générale est très peu favorable. Sans recours, sans espérance, les paysans perdent avec la contiance dans Tavenir le goût du travail et de Têpargne, et une mélancolique torpeur s*cmparc de leurs ànies.

Tout travail honnête, remarque Vchehrd ', est entrepris en vue du gain et du salaire. Nous desirons tous notre profit ; c^est lui qui nous sollicite à Taction. Si seulement nous savions reconnaître ce qui est utile! I^'s sages ont prouve que rien de ce qui n'est pas bien ne saurait être utile, et rien ne peut être bien sans être utile* — Graves et profondes paroles que les nobles ne comprirent pas; aveuglés parla soif du gain, ils sacrifièrent Pavenir et la force du royaume à leur profit immédiat. Quand revinrent les jours d*épreuves, ils cherchèrent à réveiller cet enthousiasme qui avait fait la Bohème invincible à Tépoque de Sigismond ; mais les serfs n*ont pas de patrie, et ils ne se levèrent pas pour défendre leurs oppresseurs. Malheureusement, les coupables ne furent pas les seuls punis. Ce royaume, écrivait tristement Vchehrd, contre lequel ont échoué tous les efforts des ennemis, contre lequel n*ont prévalu ni le fer ni la flamme, périra par Tinjustice.

L'oppression des paysans était le dernier terme de la vie* toire de roligarchie et la conclusion de la révolution qui s*était accomplie sous le règne de Vladislas. Pendant ces années confuses et troublées, un changement profond s'était produit, et le règne du premier des Jagellons est à ce point de vue un des plus importants de Phistoirc tchèque, un des plus désastreux aussi. Que restait-il désormais de Tancienne Bohème, du rovaume de Charles IV ou de la démocratie taborite? La royauté était impuissante et humiliée, les villes affaiblies, le paysan asservi. Seule la noblesse

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