PKRILS DE LA SITUATION I
demeurait debout, mais déjà elle subissait le châtiment de sa victoire, corrompue par ses usurpations, déchirée par les factions, livrée à toutes les tentations de la cupidité et de l'orgueil. En présence du désordre matériel et du désarroi moral, tous ceux dont l'esprit était capable de prévoyance et qui gardaient au cœur quelque générosité et quelque dévouement à la patrie, étaient saisis de sombres pressentiments que l'avenir devait encore dépasser.
Des fautes irréparables avaient été commises; mais, mêmv. alors cependant et malgré elles, si tout était compromis, rien n'était définitivement perdu. On a vu des gouvernements oligarchiques, fondés sur l'oppression des classes inférieures, assurer pendant longtemps à leur patrie l'ordre au-dedans et une place respectée dans le monde. Les villes d'ailleurs avaient conservé leur voix à la diète, elles représentaient dans une certaine mesure l'élément démocratique et pouvaient essayer d'adoucir la condition des serfs. L'autorité était passée du roi à la nation, et, quelque étroite que fût cette nation légale, les principes de liberté sont si féconds et l'action qu'elle exerce sur les âmes si salutaire qu'il était encore possible d'espérer l'établissement d'un gouvernement régulier et réparateur. Quelques symptômes heureux se manifestaient : l'habitude et la responsabilité, des affaires semblaient commencer à exercer une favorable influence sur la moralité de quelques seigneurs : beaucoup déjà s'effrayaient de l'anarchie, s'indignaient des dilapidations et formaient comme le noyau d'un parti national qui imposerait à tous le respect des intérêts supérieurs de la patrie; les asscinblées provinciales et la coutume qui tendait à s'introduire dans la petite noblesse de se faire représenter aux diètes par des délégués élus paraissaient devoir augmenter l'autorité des États, en rendant leur politique à la fois plus fixe et plus modérée. A défaut de désintéressement, la clairvoyance avertirait-elle les nobles qu'ils ne réconcilieraient la nation à leur autorité qu'en ne pas poussant leurs principes à l'extrême, et que, pour mettre leurs propres privilèges à l'abri de toute réaction, leur premier
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soin devait être de respecter ceux que consenraient encore les autres classes ? Comprendraient-ils qu*un gouTemement ne se légitime que par les services qu*il rend? Sentiraientils au moins quels étaient les (pndements véritables et les garanties des libenés publiques, et quelles institutions ils avaient avant tout à défendre et à développer? Leur fortune était dans leurs mains.
Malgré tous les souvenirs d*un passé récent autorisaient les plus sérieuses inquiétudes, et les événements ne les justifièrent que trop. L'imprévoyance des seigneurs abandonna sans combat les positions décisives et leur intolérance sacrifia tous leurs alliés; le jour vint bientôt ainsi où il ne resta plus en présence de la royauté, appuyée sur de redoutables forces extérieures, qu'une poignée de seigneurs discrédités et où les institutions, comme démantelées, furent à la merci d'un coup de main. Dans les luttes qui remplis* sent le règne de Louis Jagellon et des premiers Habsbourgs, la victoire appartient tour à tour à la royauté et à Toligarchie ; mais, quelle qu'en soit l'issue apparente, chaque épisode rend plus inévitable la ruine de la constitution et la chute de l'indépendance nationale.