‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 1 sur 289 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

. L'histoire de la Bohème se résume, pour les Français instruits, dans trois faits : le martyre du premier Réformateur à Constance, la bataille de la Montagne-Blanche et le bombardement de Prague à la suite de la révolution de 1848. Trois noms, Hus, Ferdinand IT et Palatsky, c'est tout ce qu'a retenu la postérité, et les souvenirs qu'elle rattache à chacun de ces noms, justes d’une facon générale, sont singulièrement vagues et incomplets. Il m'a semblé qu'il pouvait y avoir quelque intérêt à essayer de dire avec plus de précision ce que furent ces hommes et ce qu’ils voulurent, à rechercher les causes de leur influence, à déterminer Îles conséquences lointaines de leur œuvre. Il s'est trouvé que pour cela il fallait écrire une histoire presque complète de la Bohême. | Arrivée de très bonne heure à un état de civilisation fort avancée, la Bohême, par suite de causes intimes et profondes dont des incidents secondaires et fortuits provoquèrent l’action, a donné le signal de la révolte contre Île catholicisme romain et rompu la première l'unité chrétienne occidentale. Pendant deux siècles, elle a soutenu la lutte contre la papauté, et, à plusieurs reprises, les destinées de la Réforme, et par là l’avenir du monde moderne, ont paru dépendre de sa résistancé. Lorsqu'elle a succombé enfin, en 1620, sa défaite a failli entraîner la ruine du protestantisme tout entier.

Habitée par une population slave que les Germains pres-

sent ét menacent de tous côtés, la Bohème a étéle champ

de bataille que les deux racés se sont disputé avec le plus

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d’acharnement et de furie, l’acropole dont la possession

assurait la victoire définitive. Les Allemands se sont érus

maîtres du terrain jusqu'au commencement du xIx° siècle, | mais leur triomphe a été alors brusquement arrêté par une réaction inattendue. Les Tchèques se sont réveillés slaves d’un sommeil de deux cents ans, et, comme ils avaient jadis prononcé les premières paroles d’affranchissement religicux, ils ont les premiers prêché la croisade de l’affranchissement national. Ils ont été les promoteurs et ils sont encoré les plus ardents champions de cette renaissance slave qui demeurera sans doute un des plus grands faits de notre époque.

. Réforme religieuse, renaissance de la nationalité slave,

ces deux événements, si distincts, sont cependant intime=

ment uhis, et une observation attentive en montre 14,76

connexité. Li | Dans une étude antérieure, j'ai raconté les origines de la Réforme hussite et les premiers combats qu’elle soutint.

Je voudrais dire un jour les causes de la Renaissance contemporaine, montrer la persévérance et la foi héroïque de Palatsky, de ses collaborateurs et de ses successeurs,

les difficultés inouïes surmontées et les succès inespérés obtenus. ME La tâche que j'entréprends aujourd’hui est plus triste

la Réforme ot et protestante aboutit à un avortement

et à un désastre; quelles fürent les causes de cette banqueroute etles motifs lointains de cette défaite? Par quelles

fautes les Tchèques méritèrent- ils leur malheur? Quelle

fut la part de responsabilité des hommes et quelle, celle des événements? C’est ce que je me suis efforcé de déga- … ser de l’histoire de la Bohème au xv° et au xvr* siècle.

Peu d'histoires sont aussi obscures parce que peu sont

e se . F . . . ? 4 aussi complexes. j'ai cru devoir laisser au premier plan

les querelles religieuses, d'abord parce qu’il n’est guère douteux qu’elles ont exercé sur les événements une influence considérable, ensuite parce que les divers partisse

servaient de la théologie pour masquer de mots pompeux,

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et d'ambitions généreuses leurs passions les plus égoîïstes. Mais ici comme partout, au xvi* siècle comme à toutes les époques, les questions de dogme et de foi, les théories philosophiques et morales se mêlent avec une inconsciente hypocrisie aux préoccupations personnelles et mesquines. Il y a certainement quelque exagération à prétendre, comme Va fait un grand historien tchèque contemporain, qu’en Bohêmé, au xvr° siècle, il n’y a pas de question religieuse, mais seulement une question politique. Ce qui est vrai au moins, c'est que les luttes politiques et les rivalités sociales sont au fond de tous les conflits religieux. La vie est une. Un problème, quelque intéressante que nous en paraisse la solution, ne supprime pas les autres problèmes. Ce qu'il faut écrire, pour faire une œuvre à la fois exacte et juste, ce n’est pas l’histoire de la Réforme en Bohême, mais l’histoire de la nation bohème pendant la Réforme et de la transformation que subissent sous cette influence les caractères, les mœurs, la vié sociale et littéraire, en un mot les forces actives tout entières du peuple tchèque.

Cette histoire se subdivise en trois périodes nettement tranchées, bien que les mêmes causes générales ne cessent pas d’agir. Avant la mort de Georges de Podiébrad, le grand procès engagé par le supplice de Hus se poursuit entre la Bohême et le Saint-Siège, jusqu’au moment où la papauté, lassée de ses efforts impuissants et sollicitée par d’autres soucis, abandonne à elle-même l’hérésie hussite, attendant des circonstances ou de la fatigue même des ré voltés la soumission qu'elle a vainement cherché à forcer par les armes. — Ses espérances sont trompées, et la Bohême persiste dans son opposition, soutenue d’ailleurs plus encore par les souvenirs mêmes de la lutte que par son attachement aux doctrines nouvelles. Mais, impuissante à tirer de ces doctrines un dogme définitif, épuisée par des efforts trop prolongés et trop violents, elle achève de dépenser son énergie vitale dans des luttes intestines et des compétitions de castes, au milieu desquelles s'établit l'autorité d’une oligarchie médiocre et despotique. — A

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