‹ Fin de l'indépendance Bohême (volume 3)Chapitre 2 sur 289 · Ÿ PRÉFACE · texte numérisé non relu

Ÿ PRÉFACE

lPanarchie des Jagellons succède alors le pouvoir des Habsbourgs. Ferdinand I d’abord, ses successeurs ensuite, avec moins d'énergie et d’habileté, essaient de réagir contre la confusion et le désordre; mais la sécurité qu'ils offrent, il faudrait l'acheter par l'abandon de toutes les libertés, le sacrifice de l'indépendance nationale et la soumission à la religion catholique. De là des conflits incessants, des luttes permanentes, dont la masse du peuple se désintéresse peu à peu, également hostile à une noblesse avide et à des maîtres étrangers et fanatiques, incapable désormais de tout autre courage que celui de la résignation. Une catastrophe était ainsi fatale. Le peuple, n'ayant que des craintes et plus d'enthousiasme, des antipathies et plus de foi, était livré à tous les hasards des événements. La défaite de la Montagne-Blanche et l’épouvantable servitude qui en fut la suite ne sont que les résultats désastreux, mais inévitables, d’une série de fatalités et de fautes.

Dans un sujet aussi difficile et aussi vaste, alors surtout que les travaux spéciaux sont encore fort incomplets et rares, les erreurs sont inévitables. Elles sont sans doute nombreuses dans mon livre. Je ne m’en inquiète pas trop. Personne moins que moi n’est disposé à se plaindre des exigences nouvelles de l’érudition et à contester les progrès que doit l’histoire aux méthodes rigoureuses de la science contemporaine. La conscience historique est devenue plus délicate et plus sérupuleuse. On se défie des généralisations imprudentes et hàtives. C’est une réaction heureuse, mais qui deviendrait vite excessive et dangereuse. L'histoire, prise dans son sens le plus élevé, reste un art; le document doit être interprété et animé. Il n’est que le moyen d'arriver à la vérité, et la vérité elle-même nous ne l'obtenons que par l'intuition, je dirai presque la divination. Ici, comme partout, tout est affaire de mesure. L'écrivain qui ne se préoccupe pas assez de la recherche du détail tombe dans la divagation; mais celui qui se laisse dominer par lui, tombe dans le bavardage. L’érudition est la condition de l’histoire, mais elle en est aussi la néga-

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tion. Une hypothèse est souvent plus utile qu'un fait. Si M. Renan est un grand historien, ce n’est pas surtout parce qu'il est un chercheur très appliqué. Une certaine école est toujours prête à écraser les tentatives de généralisation sous l'exemple des Allemands; elle oublie quele chef de cette école a entrepris d'écrire une histoire du monde, ce quin’est certes pas la pensée d’un érudit. Notre siècle estle siècle de lhistoire.— Pourquoi? Parce qu'on a imprimé des montagnes de documents inédits?—Non, mais parce que nous avons une idée absolument différente de celle qu'avaient nos pères de la nature de l’esprit humain et du développement des sociétés. Pour la connaissance et l'intelligence du passé, Herder a fait plus que tous les Oratoriens. Ce sont de bien grands noms à propos d’une fort modeste étude, et ceci n’est pas un manifeste. [1 m'a semblé nécessaire seulement de pro-

tester contre des théories trop exclusives, dont les résultats

inévitables, et déjà si nettement visibles, sont de rétrécir la

curiosité et de restreindre l'étendue de l'esprit.

L'idéal ne me parait pas être un régime intellectuel où chacun des travailleurs ne s'intéresse qu'aux vingt-cinq années qu'il étudie et où le public ne s'intéresse à rien du tout. Si l’histoire devait jamais, comme le désirent quelques-uns, être rangée dans la catégorie des sciences exactes, ce ne serait qu'à la condition de renoncer à ce qui est sa tâche la plus haute, la reproduction de la vie et l'explication des faits.

L’impartialité est aussi fort à la mode — dans les préfaces. Le devoir de l’écrivain est strict, ne dissimuler aucune des pièces du procès qu'ilinstruit et ne dire que ce qu’il a vu dans les documents. Mais, ces pièces et ces documents, lui est-1l possible de les interpréter autrement qu'avec son propre esprit, ses passions, ses préjugés? Je suis historien avant d'être protestant, disait Ranke. Soit. Est-ce à dire que le nom de Luther n’éveillàt pas chez lui des sentiments tout autres que chez un catholique? Il y a eu des rois de France qui ont violé des traités et le même malheur est arrivé à des souverains allemands; mais, suivant les cas et les hommes, la violation de la loi morale provoque l’indignation où des

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