TCHÈQUES ET MAGYARS
sinon un danger, au moins un embarras. Symptôme plus grave : les catholiques, qui étaient demeurés soumis au roi jusqu'alors, étaient de plus en plus troublés dans leur conscience, et la résolution des plus hardis n'allait qu'à ne pas prendre les armes contre lui, mais non à le secourir. Cette timidité s’emparait aussi des autres princes, et, si les mieux disposés risquaient encore quelques observations à Rome, il n'avait à compter sur aucun secours effectif.
Même dans ces conditions si inégales, Georges soutint sans désavantage l’assaut de la coalition catholique, et, à le voir ainsi balancer la fortune, on se prend à regretter qu’il n'ait pas cru devoir accepter plus tôt le combat et que ses lenteurs aient laissé à ses adversaires le temps de s’organiser et de se renforcer. Mais, d’autre part, ses tergiversations semblent naturelles et se justifient, dès que l’on pense à la violence des passions déchaïnées et aux épouvantables souffrances du pays. Il ne lui était plus possible d'empêcher l'invasion de la Bohême, et les bandes hongroises, renouvelant les fureurs des croisés, ruinaient le pays pour se consoler de ne pas pouvoir le conquérir. Même à ce moment-là d’ailleurs, en dépit des justes colères provoquées par tant de dévastations et d’atrocités, il songeait à un compromis, le désirait, attendait. Il ne croyait pas surtout à une guerre sérieuse avec Mathias, ne voyant dans son défi qu’une folie de jeune homme. Il gardait dans un coin de son cœur un peu de tendresse pour ce roi qu'il avait si longtemps appelé son fils. Pendant l'hiver de 1460, Mathias s'était imprudemment aventuré en Bohême : il fut surpris dans une position désavantageuse et cerné par l’armée hussite beaucoup plus nombreuse, près de Vilemov, Les Hongrois, affaiblis par les privations et le froid, étaient perdus; les Tchèques brûlaient d’impatience de venger leurs souffrances sur « l'ennemi de la patrie »; de toutes parts accouraient des paysans, armés de faux, de fléaux, de haches, de pieux. La désillusion et la tristesse furent extrêmes quand on apprit que le roi signait une trève avec les Hongrois, leur accordait une libre retraite, sans même exiger un traité,
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sans garantie, sur une promesse vague. « Je n’ai jamais vu un homme aimer davantage la paix, » écrivait à cette occasion Grégoire Heimbourg !, et cette générosité naïve, coupable presque à force de magnanimité, explique bien des actes de sa vie. Les négociations qui suivirent n’eurent naturellement aucun résultat, mais elles avaient beaucoup inquiété les rebelles tchèques. Mathias profita de leur anxiété pour exiger un plus haut prix de son alliance, et ils con- . sentirent à l’élire roi de Bohème (mai 1460.)
Georges fut bien obligé de s’avouer que toute espérance de paix devait être ajournée, et il ne songea plus qu’à prouver la supériorité des armées tchèques. La Bohême qui avait eu quelque peine, peut-être retenue par son roi, à se remettre à la guerre, retrouva toute sa puissance de résistance et tout son enthousiasme patriotique et religieux. Pendant les deux années qui suivent, la fortune, qui déjà auparavant semblait pencher vers Georges, se prononce de plus en plus en sa faveur. Peu s’en faut qu’une nouvelle invasion hongroise ne se termine par un désastre : Mathias n'échappe à une défaite honteuse qu’en se repliant à la hâte et avec de grandes pertes. A plusieurs reprises, les colonnes tchèques victorieuses parcourent la Silésie et y répandent l’épouvante et l'incendie. Les catholiques terrifiés voient revenir les jours sinistres où les bandes taborites de Procope promenaient la désolation et le calice dans toutes les contrées limitrophes de la Bohême. Leur courage et leur patience ne sont plus soutenus par un fanatisme bien vif; malgré les efforts de l'Église, le temps avait fait son œuvre, ils s'étaient peu à peu habitués au voisinage de l’hérésie; leur foi attiédie se fût contentée d’une condamnation platonique et jugeait excessifs les travaux que leur imposait leur dévouement au pape; surtout ils n'avaient jamais eu de griefs sérieux contre Georges. Dans toute la Silésie, ce n'était qu'un cri contre les démagogues de Breslau, sur qui retombait la plus lourde responsabilité. Le légat pontifical,